Rémunération des dirigeants tech : le fixe n'a pas bougé, c'est ce que le conseil achète qui a changé
Rémunération des dirigeants tech : le fixe n'a pas bougé, c'est ce que le conseil achète qui a changé
Rémunération des dirigeants tech : le fixe n'a pas bougé, c'est ce que le conseil achète qui a changé
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Le 28 août 2026, C3.ai a déposé son document annuel sur la rémunération de ses dirigeants. On y lit que son fondateur, Thomas Siebel, a demandé à ne plus percevoir de salaire à compter du 1er février 2026. On y lit aussi que Stephen Ehikian, arrivé en cours d'exercice et présenté comme président et ancien directeur général, y déclare 36,2 millions de dollars, dont 35 millions en actions et en options. Un même exercice, deux signaux opposés sur ce que vaut la partie fixe d'une rémunération de dirigeant.
Quatre mois plus tôt, le 24 avril, Palantir avait publié le sien. Son directeur financier y déclare 28,0 millions de dollars pour 2025, contre 0,47 million deux ans plus tôt. Son directeur général déclare 8,6 millions, sans aucune attribution d'actions nouvelle cette année-là.
Ces deux documents disent ce que les récits sur la rémunération dans l'IA ne disent pas. Comparée à celle de l'ère SaaS, en dollars constants, la rémunération des dirigeants d'IA cotés n'est pas hors norme. Ce qui a changé, c'est ce qu'un conseil achète avec elle. Pour un dirigeant, un conseil ou un fonds engagé dans la tech, la question n'est plus de savoir combien paie le marché, mais ce que l'on cherche à obtenir en payant.
Les chiffres à connaître
Toutes les valeurs sont en dollars américains, pour des sociétés cotées aux États-Unis. Les montants "constants" sont ramenés en dollars 2025 par l'indice des prix à la consommation américain. La rémunération "totale" est celle que les documents publient : le cash versé plus la valeur, à la date d'attribution, des actions et options accordées. Ce n'est pas ce que le dirigeant a encaissé.
Indicateur | Valeur | Source |
|---|---|---|
Directeur général de Salesforce, exercice clos en janvier 2012 | 17,7 M$ nominaux, soit 25,3 M$ constants | Salesforce, proxy 2012 |
Directeur général de C3.ai, exercice clos en avril 2025 | 25,5 M$ nominaux, soit 26,0 M$ constants, à 2,7 % du précédent | C3.ai, proxy 2026 |
Co-directeur général de Workday, exercice clos en janvier 2014 | 9,8 M$ nominaux, soit 13,5 M$ constants | Workday, proxy 2014 |
Directeur général de Palantir, 2025 | 8,6 M$, dont 7,5 M$ d'autres rémunérations et aucune attribution d'actions | Palantir, proxy 2026 |
Directeur financier de Palantir, 2023, 2024, 2025 | 0,47 M$, puis 11,8 M$, puis 28,0 M$ | Palantir, proxy 2026 |
Directeurs financiers, exercices 2012 à 2014 (Salesforce, Workday) | 5,0 M$ et 8,8 M$ constants | Salesforce, Workday |
Directeur financier de C3.ai, exercice clos en avril 2025 | 10,0 M$ nominaux, soit 10,2 M$ constants | C3.ai, proxy 2026 |
Salaire de base d'un directeur financier, dollars constants 2025 | 685 000 $ (Salesforce), 368 000 $ (Workday), 404 000 $ (C3.ai), 450 200 $ (Palantir) | Proxys |
Part de l'equity dans le total, sept dirigeants sur huit du graphique | De 76 % à 100 % | Calcul Laroze Partners sur les proxys |
Administrateurs de Salesforce, exercice clos en janvier 2012 | 666 303 à 723 803 $, soit environ 1 M$ constants, dont 612 553 $ en actions | Salesforce, proxy 2012 |
Administrateurs de C3.ai, exercice clos en avril 2026 | 349 989 à 394 990 $ en options, sans cash, 899 991 $ pour l'un d'eux | C3.ai, proxy 2026 |
Arrivée d'un dirigeant chez C3.ai, exercice clos en avril 2026 | 36,2 M$, dont 35,0 M$ en actions et options | C3.ai, proxy 2026 |
Première fonction IA d'une entreprise, États-Unis, 2025 | Médiane du total de 1,6 M$ | Equilar, Top 50 Survey 2025 |
Dirigeants de l'IA et des données, États-Unis, été 2025 | Environ 878 000 $, dont 380 000 $ de cash (compte rendu de presse) | Heidrick & Struggles, via AI Magazine |
Inflation américaine, 2011 à 2025 | Environ 43 % (coefficient de 1,43 sur Salesforce 2012) | BLS, série CPI-U |

Sources : proxy statements déposés auprès de la SEC par Salesforce (2012), Workday (2014), C3.ai (2026) et Palantir (2026). Conversion en dollars constants 2025 : CPI-U, BLS via FRED. Quatre sociétés cotées américaines : échantillon réduit.
Données du graphique, en dollars américains :
Fonction, société | Période | Cash nominal | Equity nominal | Autres nominal | Total nominal | Total constants 2025 |
|---|---|---|---|---|---|---|
DG, Salesforce (Benioff) | Exercice clos janv. 2012 | 2 530 000 | 14 535 850 | 648 456 | 17 714 306 | 25,29 M |
Co-DG, Workday (Bhusri) | Exercice clos janv. 2014 | 35 420 | 9 730 842 | 3 335 | 9 769 597 | 13,48 M |
DG, C3.ai (Siebel) | Exercice clos avr. 2025 | 1 900 000 | 23 012 029 | 604 847 | 25 516 876 | 25,96 M |
DG, Palantir (Karp) | 2025 | 1 101 637 | 0 | 7 521 363 | 8 623 000 | 8,62 M |
DF, Salesforce (Smith) | Exercice clos janv. 2012 | 847 200 | 2 625 087 | 0 | 3 472 287 | 4,96 M |
DF, Workday (Peek) | Exercice clos janv. 2014 | 392 205 | 5 946 662 | 7 525 | 6 346 392 | 8,76 M |
DF, C3.ai (Lath) | Exercice clos avr. 2025 | 834 750 | 9 164 000 | 1 156 | 9 999 906 | 10,18 M |
DF, Palantir (Glazer) | 2025 | 450 200 | 27 485 141 | 36 535 | 27 971 876 | 27,97 M |
Pourquoi ce sujet s'impose maintenant
Trois séries de faits se sont superposées depuis un an, et c'est leur combinaison qui rend le sujet urgent.
Les documents de 2026 sont sortis, et ils sont lisibles. Palantir a publié le sien le 24 avril, C3.ai le 28 août. Ils détaillent, pour chaque dirigeant, ce qui a été versé en cash et ce qui a été attribué en actions, sur trois exercices. On dispose ainsi de deux sociétés d'IA cotées sur plusieurs années, à comparer avec des sociétés de logiciel dont les mêmes documents remontent à 2012 et 2014. L'écart est de douze à quatorze ans, et l'inflation américaine y a ajouté environ 40 %.
Le poste de dirigeant de l'IA a maintenant un prix, ou plutôt deux. Equilar a publié le 11 septembre 2025 une médiane de 1,6 million de dollars pour la première fonction IA des entreprises qui l'ont déclarée. Heidrick & Struggles a mené à l'été 2025 une enquête auprès de 318 dirigeants de l'IA et des données, dont un compte rendu de presse donne, pour les États-Unis, environ 878 000 dollars au total. Les deux chiffres coexistent depuis un an sans que personne ne les rapproche.
Les conseils redécouvrent que la rémunération est un acte de gouvernance. Un fondateur qui ramène son salaire à zéro, un directeur financier dont la rémunération est multipliée par près de soixante en deux ans, un dirigeant arrivé avec 36 millions de dollars d'attributions : ces décisions engagent la stratégie, l'actionnariat et l'organisation.
Deux lectures fausses circulent. La première affirme que l'IA a fait exploser la rémunération de ses dirigeants. Sur le directeur général, l'écart entre Salesforce en 2012 et C3.ai en 2025 est de 2,7 % en dollars constants. La seconde affirme que rien n'a changé. Or la hiérarchie des rémunérations, le rôle du conseil et le prix d'une arrivée se sont déplacés. Ce n'est ni une explosion ni un statu quo. C'est un déplacement de ce que la rémunération achète.
Le salaire de base n'a pas bougé
Le fixe est la partie la plus stable et la plus comparable de la rémunération. Ramené en dollars constants 2025, il ne montre aucune envolée entre les deux périodes.
Dirigeant | Période | Salaire nominal | Salaire constants 2025 |
|---|---|---|---|
DG, Salesforce (Benioff) | Exercice clos janv. 2012 | 1 000 000 $ | 1 427 837 $ |
DG, ServiceNow (Slootman) | 2012 | 300 000 $ | 420 668 $ |
DG, C3.ai (Siebel) | Exercice clos avr. 2025 | 1 000 000 $ | 1 017 467 $ |
DG, Palantir (Karp) | 2025 | 1 101 637 $ | 1 101 637 $ |
DF, Salesforce (Smith) | Exercice clos janv. 2012 | 480 000 $ | 685 361 $ |
DF, ServiceNow (Scarpelli) | 2012 | 275 000 $ | 385 612 $ |
DF, Workday (Peek) | Exercice clos janv. 2014 | 266 667 $ | 368 050 $ |
DF, C3.ai (Lath) | Exercices clos avr. 2025 et 2026 | 397 500 $ et 500 000 $ | 404 443 $ et 494 701 $ |
DF, Palantir (Glazer) | 2025 | 450 200 $ | 450 200 $ |
Trois lectures s'imposent.
Le fixe d'un directeur financier oscille entre 370 000 et 685 000 dollars d'aujourd'hui, dans les deux périodes. Salesforce, la plus grande des sociétés de la période SaaS, est en haut de la fourchette. Workday et ServiceNow, alors jeunes en Bourse, sont en bas. Les sociétés d'IA se placent entre les deux. Rien n'indique, sur cet échantillon, que le marché de l'IA paie davantage la partie fixe.
Le fixe d'un directeur général se tient autour d'un million. 1,43 million pour Salesforce en 2012 en dollars d'aujourd'hui, 1,02 million pour C3.ai, 1,10 million pour Palantir. La taille de l'entreprise pèse plus que l'époque : ServiceNow, à 300 000 dollars, était alors à un stade très différent.
Le fixe peut être un choix, pas un prix. Thomas Siebel a fait ramener le sien de 1 000 000 dollars à zéro à partir du 1er février 2026, à sa demande, selon le document de C3.ai. Un fixe se négocie, se réduit ou se supprime selon ce que le dirigeant veut signifier à l'organisation. Sa valeur est autant symbolique qu'économique.
L'equity fait le total, et elle arrive par à-coups
Dans les huit rémunérations du graphique, l'equity représente 76 % à 100 % du total pour sept d'entre elles : 82 % pour le directeur général de Salesforce, 90 % pour celui de C3.ai, 76 % et 98 % pour les directeurs financiers de Salesforce et de Palantir. Seul le directeur général de Palantir fait exception, sans attribution nouvelle en 2025. La structure est la même dans les deux périodes. Le total, lui, se lit mal d'une année sur l'autre.
Dirigeant | Année 1 | Année 2 | Année 3 |
|---|---|---|---|
DG, ServiceNow (Slootman) | 8,6 M$ (six mois clos en déc. 2011) | 0,57 M$ (2012) | |
Directeur produit, ServiceNow (Luddy) | 0,27 M$ (six mois clos en déc. 2011) | 10,96 M$ (2012) | |
DF, Palantir (Glazer) | 0,47 M$ (2023) | 11,8 M$ (2024) | 28,0 M$ (2025) |
DT, C3.ai (Abbo) | 29,9 M$ (exercice 2023) | 1,1 M$ (exercice 2024) | 4,1 M$ (exercice 2025) |
DF, C3.ai (Lath) | 5,4 M$ (exercice 2024) | 10,0 M$ (exercice 2025) | 5,5 M$ (exercice 2026) |
Ces séries appellent une remarque de méthode. Le directeur général de ServiceNow affiche 8,6 millions de dollars sur le second semestre 2011, dont 8,5 millions d'options, puis 0,57 million sur 2012, sans nouvelle attribution. Son directeur produit fait l'inverse : 0,27 million sur le second semestre 2011, puis 10,96 millions en 2012, dont une attribution de rétention de 10,35 millions en actions, à acquisition sur quatre ans. La ligne 2011 de ce document couvre six mois, la société ayant changé de date de clôture en février 2012.
Comparer une année à une autre, ou un dirigeant à un autre, sur un seul exercice, revient à comparer des décisions de conseil. Le directeur technique de C3.ai passe de 29,9 millions de dollars à 1,1 million, sans que son rôle change. Ce qui a changé, c'est l'année où le conseil a décidé d'attribuer. Toute comparaison de "niveaux" de rémunération dans la tech qui ne regarde qu'un exercice est fragile, et l'est dans les deux ères.
L'equity est une valeur d'attribution, pas un gain. Les documents le précisent eux-mêmes : les montants reportés sont des valeurs comptables à la date d'octroi, qui ne correspondent pas à ce que le dirigeant encaisse. Ce qu'il touche dépend du cours de l'action des années plus tard, et rien dans ces tableaux ne permet de le savoir.
Ce que le conseil achète : une arrivée, une rétention, un résultat
Ce que ces chiffres disent le mieux, c'est la logique de chaque attribution. Les documents ne l'énoncent pas toujours, mais ils la laissent lire.
Ce que la rémunération achetait en 2012 à 2014 | Ce qu'elle achète en 2025 et 2026 |
|---|---|
Un fixe modeste et un variable annuel limité : 1,53 M$ pour le directeur général de Salesforce, 273 548 $ pour celui de ServiceNow | Un fixe qui peut tomber à zéro à la demande du dirigeant (Siebel), et un variable versé en actions plutôt qu'en cash chez C3.ai |
Des attributions d'options au moment de l'introduction en Bourse, ou de la première année du dirigeant | Des attributions d'actions et d'options à l'arrivée, qui peuvent atteindre 35 M$ (Ehikian, exercice 2026) |
Une rétention dans un rôle technique ou produit (Luddy, 10,35 M$ d'actions en 2012) | Une rétention plus large, qui touche le directeur financier et le directeur commercial et juridique (Palantir, 21,2 M$ d'actions chacun en 2025) |
Un directeur financier entre 20 % et 65 % de la rémunération du directeur général | Un directeur financier à 39 % du directeur général (C3.ai), ou à trois fois son niveau (Palantir) |
Un conseil payé environ 1 M$ constants, pour l'essentiel en actions | Un conseil payé environ 350 000 $ en options seulement (C3.ai) |
Trois enseignements se dégagent. Ils relèvent de notre lecture, pas d'une donnée publiée.
Une arrivée se paie d'abord en actions, à un prix qui exprime l'incertitude du conseil. Le document de C3.ai montre 35,0 millions de dollars d'attributions sur 36,2 pour un dirigeant dont l'offre est datée du 29 août 2025, sur une partie seulement de l'exercice. Un conseil qui accepte ce prix ne paie pas seulement un dirigeant : il paie la réduction d'un risque qu'il ne sait pas réduire autrement.
Une rétention se paie par à-coups, au moment où le conseil craint un départ. Les attributions de 10,35 millions chez ServiceNow en 2012, de 21,2 millions chez Palantir en 2025, de 28,8 millions chez C3.ai à l'exercice 2023 ont la même forme : un montant unique, attribué une fois, à acquisition pluriannuelle. Elles disent plus sur la crainte du conseil que sur la valeur du poste.
Un résultat se paie rarement en cash. Le variable annuel est resté limité dans les deux périodes, et il est versé en actions chez C3.ai. Les rémunérations les plus élevées sont celles qui paient un pari sur la valeur future, pas une performance de l'année écoulée.
Chez Palantir, le directeur financier touche trois fois le directeur général
Le rapport de la rémunération du directeur financier à celle du directeur général a une histoire dans l'échantillon. Il est de 20 % chez Salesforce en 2012, de 65 % chez Workday en 2014, de 39 % chez C3.ai en 2025. Chez Palantir en 2025, il est de 324 % : 28,0 millions de dollars pour le directeur financier, 27,96 millions pour le directeur commercial et juridique, 8,6 millions pour le directeur général, dont 7,5 millions relèvent d'autres rémunérations.
C'est un cas unique dans notre échantillon, et nous ne l'érigeons pas en tendance. Le directeur général de Palantir n'a pas reçu d'attribution en 2025, et rien n'indique que cette situation soit durable. Mais ce cas montre une chose : la rémunération ne suit plus le rang. Elle suit la contribution que le conseil juge critique à un moment donné.
Une partie des "autres rémunérations" du directeur général de Palantir relève de la protection et de la conformité : environ 2,5 millions de dollars de sécurité personnelle, 2,4 millions de frais de dépôt réglementaire pris en charge par la société. Chez C3.ai, la sécurité personnelle de Thomas Siebel représente environ 600 000 dollars sur l'exercice 2025, soit 99 % de ses autres rémunérations. Ces montants sont légitimes, et leur publication est obligatoire. Ils font du dirigeant et de la société une seule exposition, ce qui se traite en conseil.
Le conseil de C3.ai est payé près de trois fois moins que celui de Salesforce en 2012, et uniquement en options
Les administrateurs de Salesforce ont déclaré, pour l'exercice clos en janvier 2012, entre 666 303 et 723 803 dollars chacun, dont 612 553 dollars en actions attribuées le même jour à tous et 53 750 à 111 250 dollars de cash. En dollars d'aujourd'hui, cela représente environ 950 000 à 1 030 000 dollars.
Ceux de C3.ai déclarent, pour l'exercice clos en avril 2026, entre 349 989 et 394 990 dollars, entièrement en options, sans aucun cash, avec une exception : 899 991 dollars pour l'un d'eux. Deux administrateurs n'ont aucune rémunération déclarée. En dollars d'aujourd'hui, les montants les plus courants se situent autour de 350 000 à 390 000 dollars.
Nous ne tirons pas de loi de ce seul exemple : la politique de C3.ai est atypique, et Salesforce était en 2012 une société bien plus grande. Mais l'écart pose une question que peu de comités des rémunérations se posent : que doit-on payer à un administrateur dans une entreprise dont la technologie change en douze mois ? Un administrateur payé uniquement en options, dont l'acquisition est suspendue s'il manque une réunion, est aligné sur l'action. Il n'est pas nécessairement disponible pour la gouvernance.
Un poste de dirigeant de l'IA n'a pas de prix, faute de définition
L'étude d'Equilar sur les entreprises ayant déclaré une première fonction IA donne, pour 2025, une médiane de rémunération totale de 1,6 million de dollars. La médiane du salaire est de 439 375 dollars, celle des primes annuelles de 191 307 dollars, celle des actions à acquisition dans le temps de 242 997 dollars. Ces médianes sont calculées composante par composante : elles ne s'additionnent pas pour reconstituer le total. Le 10e percentile du total est à 567 235 dollars, le 90e à 3,5 millions.
L'enquête de Heidrick & Struggles, menée à l'été 2025 auprès de 318 dirigeants de l'IA et des données, donne d'après un compte rendu de presse, pour les États-Unis, environ 380 000 dollars de cash et 498 000 dollars d'equity, soit environ 878 000 dollars. Pour le Royaume-Uni, 217 000 livres de cash et 249 000 livres d'equity. Nous n'avons pas pu vérifier ces chiffres dans le rapport lui-même, et le compte rendu ne précise pas s'il s'agit de moyennes ou de médianes.
Ces deux séries ne se contredisent pas. Elles ne mesurent probablement pas la même chose : l'une porte sur la première fonction IA d'entreprises qui la déclarent parmi leurs dirigeants les mieux payés, l'autre sur un ensemble plus large de dirigeants de l'IA et des données. Le titre est le même, la fonction ne l'est pas. Nous n'avons trouvé aucune donnée publique comparable en Europe continentale.
C'est le vrai sujet. Un poste dont personne n'a écrit la définition ne se paie pas, ne se mesure pas et ne se défend pas devant un conseil. Payer 1,6 million ou 878 000 dollars un dirigeant qui n'a pas de périmètre reconnu revient à payer un titre.
Ce que cela exige des fonctions de direction
Un fixe stable, une equity qui arrive par à-coups, un conseil payé autrement et un poste d'IA sans définition déplacent le contenu de six fonctions.
Fonction | Ce qu'elle savait faire | Ce qu'on lui demande désormais |
|---|---|---|
Directeur général | Négocier un package d'arrivée et un plan d'attribution périodique | Justifier devant le conseil ce que son equity vise (cap, rétention ou résultat), et accepter que son fixe soit un signal autant qu'un prix |
Directeur financier | Piloter la trésorerie, la levée et le reporting | Être lui-même l'objet d'une attribution massive possible, et modéliser le coût de l'equity comme un coût de personnel à long terme |
Direction technique et produit | Livrer une feuille de route | Se positionner sur un marché où l'attribution de rétention peut dépasser dix millions de dollars sur une année |
Direction de l'IA | Cadrer des usages et des risques | Obtenir un périmètre écrit, avant de discuter d'un prix qui, sans lui, varie presque du simple au double selon l'étude |
Comité des rémunérations et conseil d'administration | Valider des barèmes de marché | Décider ce qu'il achète (arrivée, rétention ou résultat) avant de comparer, et réviser la rémunération des administrateurs à la lumière de la vitesse du secteur |
Direction des ressources humaines | Documenter les grilles | Construire la lisibilité entre les fonctions, notamment les écarts entre le directeur général, le directeur financier et le directeur commercial |
Deux de ces fonctions méritent un développement.
Le comité des rémunérations devient un organe de stratégie. Dans les deux périodes, l'essentiel de la rémunération est de l'equity attribuée à des moments choisis. Ces moments sont des décisions de gouvernance : une arrivée, un risque de départ, un pari sur la croissance. Un comité qui compare seulement le niveau aux barèmes ne voit pas ce qu'il finance. La lecture utile est celle du calendrier : quand a-t-on attribué, à qui, pour quel horizon, et quel risque cette attribution vient-elle couvrir ?
La direction financière est devenue une fonction qui se négocie autant qu'elle négocie. Chez Palantir et C3.ai, elle est rémunérée dans des ordres de grandeur que le rang seul n'explique pas : 28,0 millions de dollars en 2025 pour l'une, 10,0 puis 5,5 millions sur deux exercices pour l'autre. Le directeur financier qui modélise le coût de l'equity du comité exécutif modélise aussi le sien. Le conseil a intérêt à rendre cette position lisible.
Le cas de C3.ai : un exercice, trois rémunérations, 66 millions de dollars
Le document de C3.ai pour l'exercice clos en avril 2026 réunit, dans un même tableau, trois configurations. Thomas Siebel, fondateur, présenté comme directeur général et président du conseil, déclare 24,3 millions de dollars, dont 23,0 millions d'actions et d'options, et un salaire qui tombe à zéro à sa demande le 1er février 2026. Hitesh Lath, directeur financier et directeur administratif, déclare 5,5 millions, contre 10,0 millions l'exercice précédent. Stephen Ehikian, dont l'offre est datée du 29 août 2025, déclare 36,2 millions, dont un salaire de 666 667 dollars, un bonus de 500 000 dollars, 20,0 millions d'actions et 15,0 millions d'options. Au total, 65,9 millions de dollars nominaux pour trois dirigeants.
Nous ne connaissons de cette situation que ce que le document en dit, et nous ne portons aucun jugement sur les personnes. Deux faits sont utiles à un conseil.
Le premier : les trois rémunérations ne relèvent pas de la même logique. Un fondateur qui se retire du fixe pour s'aligner sur le cours, un directeur financier dont l'attribution retombe après un exercice de rétention, un dirigeant dont l'arrivée est payée pour l'essentiel en actions. Comparer ces trois montants comme des niveaux de marché n'a pas de sens.
Le deuxième : ce que l'on ne sait pas. Aucune donnée publique fiable ne permet de refaire cet exercice pour la France ni pour l'Europe continentale. Nous n'avons pas retrouvé de documents comparables pour les premières sociétés françaises de SaaS de 2008 à 2015 ni pour les acteurs français de l'IA, et les grands laboratoires d'IA non cotés ne publient pas la rémunération de leurs dirigeants. Pour un fonds européen, cela signifie que le prix d'un dirigeant se construit sans comparaison publique, et qu'il faut savoir dire à son conseil ce que l'on ne mesure pas.
Les erreurs fréquentes
Comparer un exercice à un autre. L'equity arrive par à-coups. Le directeur financier de Palantir passe de 0,47 à 28,0 millions de dollars en deux ans, sans que son rôle ait été multiplié par soixante. Il faut regarder trois exercices au minimum.
Lire une valeur d'attribution comme un gain. Les documents précisent que les montants ne reflètent pas ce que le dirigeant encaisse. Le gain dépend du cours, plusieurs années plus tard.
Comparer en dollars courants. L'inflation américaine entre 2011 et 2025 représente environ 43 %. Un million de dollars de Salesforce en 2012 vaut environ 1,43 million aujourd'hui. Sans cette correction, on croit à une envolée qui n'existe pas.
Aligner un dirigeant sur le cours de l'action quand on attend de lui un cap de cinq ans. Une attribution massive à l'arrivée paie le risque du conseil, pas la performance du dirigeant. Elle ne dit rien de la durée que l'on attend de lui.
Payer un poste dont on n'a pas écrit la définition. Entre 878 000 dollars et 1,6 million, selon l'étude, le poste de dirigeant de l'IA n'a pas de prix parce qu'il n'a pas de périmètre. Le conseil doit écrire ce que ce dirigeant décide, pas seulement ce qu'il coûte.
Traiter les avantages personnels comme un détail. Sécurité, frais réglementaires, assurances : 7,5 millions de dollars pour un dirigeant de Palantir, 600 000 pour un autre chez C3.ai. La ligne est publiée, et le régulateur, les actionnaires et les salariés la lisent.
Comment évaluer un dirigeant de la tech et de l'IA pour ce cycle
Sait-il distinguer, sur sa propre rémunération, ce qui est attribué de ce qui est acquis, puis de ce qui est encaissé ? La réponse dit s'il a déjà porté un plan d'equity sur plusieurs années, ou seulement reçu une offre.
Qu'a-t-il demandé, et qu'a-t-il refusé, à son arrivée ? Un dirigeant qui a négocié un fixe plus bas contre une exposition plus forte à la valeur, ou l'inverse, sait ce qu'il veut signifier. Celui qui a tout accepté n'a peut-être pas mesuré ce qu'il engageait.
À quel horizon accepte-t-il que son equity soit acquise ? Une acquisition sur quatre ans, comme l'attribution de rétention chez ServiceNow en 2012, ne dit pas la même chose qu'une attribution sans horizon précis. Ce qu'il en dit révèle sa vision de la durée de sa mission.
Comment décrit-il les écarts de rémunération au sein de son comité exécutif ? Un dirigeant qui présente ces écarts comme une contrainte subie ne les maîtrise pas. Celui qui sait les expliquer par des choix de conseil sait les défendre.
A-t-il déjà décidé du périmètre d'un poste avant de discuter de son prix ? Sur un poste comme celui de dirigeant de l'IA, dont le prix varie presque du simple au double selon l'étude, la réponse distingue celui qui a écrit un mandat de celui qui a hérité d'un titre.
Questions fréquentes
Un directeur général d'IA est-il mieux payé qu'un directeur général de SaaS ?
Pas sur cet échantillon. En dollars constants 2025, le directeur général de Salesforce (exercice clos en janvier 2012) déclare 25,3 millions et celui de C3.ai (exercice clos en avril 2025) 26,0 millions, à 2,7 % d'écart. Celui de Palantir déclare 8,6 millions en 2025, sans attribution d'actions cette année-là. L'échantillon est de quatre sociétés cotées américaines, et il ne prouve rien en dehors d'elles.
Combien gagne un directeur financier d'une société d'IA cotée ?
Chez C3.ai, 10,0 millions de dollars sur l'exercice clos en avril 2025 puis 5,5 millions sur l'exercice suivant. Chez Palantir, 27,97 millions en 2025, contre 11,8 millions en 2024 et 0,47 million en 2023. Le salaire de base reste entre 397 500 et 500 000 dollars. Tout le reste est de l'equity, attribuée par à-coups.
Combien gagne un Chief AI Officer ?
Cela dépend de la définition du poste. Selon Equilar, la médiane du total est de 1,6 million de dollars pour la première fonction IA des entreprises qui la déclarent, avec un salaire médian de 439 375 dollars. Selon un compte rendu de presse de l'enquête Heidrick & Struggles, environ 878 000 dollars aux États-Unis. Les deux ne mesurent probablement pas la même population, et nous n'avons pas pu vérifier la seconde dans le rapport source.
Pourquoi convertir les montants en dollars constants ?
L'inflation américaine entre 2011 et 2025 représente environ 43 %. Sans conversion, 17,7 millions de dollars en 2012 paraissent très inférieurs à 25,5 millions en 2025. En dollars constants, ils valent 25,3 millions.
Combien sont payés les administrateurs d'une société tech cotée ?
Chez Salesforce, 666 303 à 723 803 dollars pour l'exercice clos en janvier 2012, soit environ un million de dollars constants, dont l'essentiel en actions. Chez C3.ai, 349 989 à 394 990 dollars pour l'exercice clos en avril 2026, en options seulement, sans cash. Deux sociétés ne font pas un marché, et la politique de C3.ai est atypique.
Existe-t-il des données publiques pour la France ?
Nous n'en avons pas trouvé de fiables, ni pour les premières sociétés françaises de SaaS de 2008 à 2015, ni pour les acteurs français de l'IA. Les principaux ne sont pas cotés et ne publient pas la rémunération de leurs dirigeants. Toute estimation serait une hypothèse, et cet article n'en formule aucune.
Ce qu'il faut retenir
En dollars constants, la rémunération d'un directeur général d'IA cotée (26,0 M$, C3.ai 2025) est à 2,7 % de celle d'un directeur général de logiciel de l'ère SaaS (25,3 M$, Salesforce 2012).
Le salaire de base est stable dans les deux périodes : un directeur financier entre 368 000 et 685 000 dollars constants, un directeur général autour d'un million.
L'equity représente 76 % à 100 % du total pour sept dirigeants sur huit, et elle arrive par à-coups : le directeur financier de Palantir passe de 0,47 à 28,0 millions de dollars en deux ans.
Le conseil de C3.ai est payé près de trois fois moins que celui de Salesforce en 2012, et en options seulement : environ 350 000 dollars contre environ un million constants.
Le poste de dirigeant de l'IA n'a pas de prix (1,6 million de dollars ou 878 000 selon l'étude) parce qu'il n'a pas de définition. Écrire le mandat précède la discussion du prix.
Le point de vue de Laroze Partners
La rémunération des dirigeants de l'IA fait l'objet de beaucoup de commentaires sur le niveau. Les documents publics montrent que le niveau n'est pas le sujet. Un directeur général de logiciel coté valait 25 millions de dollars en 2012, un directeur général d'IA cotée en vaut 26 millions en 2025, en dollars constants. Le fixe n'a pas bougé. Ce qui bouge, c'est le moment où le conseil décide d'attribuer, et la raison pour laquelle il le fait.
Un conseil qui verse 36 millions de dollars à l'arrivée d'un dirigeant, ou 28 millions à son directeur financier l'année où le directeur général ne reçoit rien, dit ce qu'il pense acheter avant de dire ce que vaut le marché : une arrivée, une rétention ou un résultat. Ces trois logiques n'appellent ni la même structure, ni le même horizon, ni les mêmes garde-fous. La difficulté n'est pas de trouver le montant. C'est de savoir, avant de chercher un dirigeant, ce que l'on attend de lui à cinq ans, et de le traduire dans une rémunération que l'on saura défendre devant son propre conseil. Le Laroze Pattern®, notre méthode de lecture stratégique des trajectoires, des comportements de leadership et des dynamiques de performance, sert précisément à distinguer, dans un parcours, ce qui prouve la capacité à tenir un cap de ce qui la laisse seulement supposer.
Les entreprises qui traverseront la décennie ne seront pas celles qui auront payé le plus. Ce seront celles dont le conseil aura su dire, avant de fixer un montant, ce qu'il achetait.
Sources
Salesforce, Definitive Proxy Statement (DEF 14A), 2012 · ServiceNow, Definitive Proxy Statement (DEF 14A), 2013 · Workday, Definitive Proxy Statement (DEF 14A), 18 avril 2014 · C3.ai, Definitive Proxy Statements (DEF 14A), 21 août 2025 et 28 août 2026 · Palantir Technologies, Definitive Proxy Statement (DEF 14A), 24 avril 2026 · Equilar, "Compensation for AI Executives Nears $2 Million", 11 septembre 2025 (2025 Top 50 Survey) · Heidrick & Struggles, 2025 Data, Analytics, and Artificial Intelligence Officers Compensation Survey, et AI Magazine · U.S. Bureau of Labor Statistics, CPI-U (série CPIAUCNS), via FRED, Federal Reserve Bank of St. Louis.
Le 28 août 2026, C3.ai a déposé son document annuel sur la rémunération de ses dirigeants. On y lit que son fondateur, Thomas Siebel, a demandé à ne plus percevoir de salaire à compter du 1er février 2026. On y lit aussi que Stephen Ehikian, arrivé en cours d'exercice et présenté comme président et ancien directeur général, y déclare 36,2 millions de dollars, dont 35 millions en actions et en options. Un même exercice, deux signaux opposés sur ce que vaut la partie fixe d'une rémunération de dirigeant.
Quatre mois plus tôt, le 24 avril, Palantir avait publié le sien. Son directeur financier y déclare 28,0 millions de dollars pour 2025, contre 0,47 million deux ans plus tôt. Son directeur général déclare 8,6 millions, sans aucune attribution d'actions nouvelle cette année-là.
Ces deux documents disent ce que les récits sur la rémunération dans l'IA ne disent pas. Comparée à celle de l'ère SaaS, en dollars constants, la rémunération des dirigeants d'IA cotés n'est pas hors norme. Ce qui a changé, c'est ce qu'un conseil achète avec elle. Pour un dirigeant, un conseil ou un fonds engagé dans la tech, la question n'est plus de savoir combien paie le marché, mais ce que l'on cherche à obtenir en payant.
Les chiffres à connaître
Toutes les valeurs sont en dollars américains, pour des sociétés cotées aux États-Unis. Les montants "constants" sont ramenés en dollars 2025 par l'indice des prix à la consommation américain. La rémunération "totale" est celle que les documents publient : le cash versé plus la valeur, à la date d'attribution, des actions et options accordées. Ce n'est pas ce que le dirigeant a encaissé.
Indicateur | Valeur | Source |
|---|---|---|
Directeur général de Salesforce, exercice clos en janvier 2012 | 17,7 M$ nominaux, soit 25,3 M$ constants | Salesforce, proxy 2012 |
Directeur général de C3.ai, exercice clos en avril 2025 | 25,5 M$ nominaux, soit 26,0 M$ constants, à 2,7 % du précédent | C3.ai, proxy 2026 |
Co-directeur général de Workday, exercice clos en janvier 2014 | 9,8 M$ nominaux, soit 13,5 M$ constants | Workday, proxy 2014 |
Directeur général de Palantir, 2025 | 8,6 M$, dont 7,5 M$ d'autres rémunérations et aucune attribution d'actions | Palantir, proxy 2026 |
Directeur financier de Palantir, 2023, 2024, 2025 | 0,47 M$, puis 11,8 M$, puis 28,0 M$ | Palantir, proxy 2026 |
Directeurs financiers, exercices 2012 à 2014 (Salesforce, Workday) | 5,0 M$ et 8,8 M$ constants | Salesforce, Workday |
Directeur financier de C3.ai, exercice clos en avril 2025 | 10,0 M$ nominaux, soit 10,2 M$ constants | C3.ai, proxy 2026 |
Salaire de base d'un directeur financier, dollars constants 2025 | 685 000 $ (Salesforce), 368 000 $ (Workday), 404 000 $ (C3.ai), 450 200 $ (Palantir) | Proxys |
Part de l'equity dans le total, sept dirigeants sur huit du graphique | De 76 % à 100 % | Calcul Laroze Partners sur les proxys |
Administrateurs de Salesforce, exercice clos en janvier 2012 | 666 303 à 723 803 $, soit environ 1 M$ constants, dont 612 553 $ en actions | Salesforce, proxy 2012 |
Administrateurs de C3.ai, exercice clos en avril 2026 | 349 989 à 394 990 $ en options, sans cash, 899 991 $ pour l'un d'eux | C3.ai, proxy 2026 |
Arrivée d'un dirigeant chez C3.ai, exercice clos en avril 2026 | 36,2 M$, dont 35,0 M$ en actions et options | C3.ai, proxy 2026 |
Première fonction IA d'une entreprise, États-Unis, 2025 | Médiane du total de 1,6 M$ | Equilar, Top 50 Survey 2025 |
Dirigeants de l'IA et des données, États-Unis, été 2025 | Environ 878 000 $, dont 380 000 $ de cash (compte rendu de presse) | Heidrick & Struggles, via AI Magazine |
Inflation américaine, 2011 à 2025 | Environ 43 % (coefficient de 1,43 sur Salesforce 2012) | BLS, série CPI-U |

Sources : proxy statements déposés auprès de la SEC par Salesforce (2012), Workday (2014), C3.ai (2026) et Palantir (2026). Conversion en dollars constants 2025 : CPI-U, BLS via FRED. Quatre sociétés cotées américaines : échantillon réduit.
Données du graphique, en dollars américains :
Fonction, société | Période | Cash nominal | Equity nominal | Autres nominal | Total nominal | Total constants 2025 |
|---|---|---|---|---|---|---|
DG, Salesforce (Benioff) | Exercice clos janv. 2012 | 2 530 000 | 14 535 850 | 648 456 | 17 714 306 | 25,29 M |
Co-DG, Workday (Bhusri) | Exercice clos janv. 2014 | 35 420 | 9 730 842 | 3 335 | 9 769 597 | 13,48 M |
DG, C3.ai (Siebel) | Exercice clos avr. 2025 | 1 900 000 | 23 012 029 | 604 847 | 25 516 876 | 25,96 M |
DG, Palantir (Karp) | 2025 | 1 101 637 | 0 | 7 521 363 | 8 623 000 | 8,62 M |
DF, Salesforce (Smith) | Exercice clos janv. 2012 | 847 200 | 2 625 087 | 0 | 3 472 287 | 4,96 M |
DF, Workday (Peek) | Exercice clos janv. 2014 | 392 205 | 5 946 662 | 7 525 | 6 346 392 | 8,76 M |
DF, C3.ai (Lath) | Exercice clos avr. 2025 | 834 750 | 9 164 000 | 1 156 | 9 999 906 | 10,18 M |
DF, Palantir (Glazer) | 2025 | 450 200 | 27 485 141 | 36 535 | 27 971 876 | 27,97 M |
Pourquoi ce sujet s'impose maintenant
Trois séries de faits se sont superposées depuis un an, et c'est leur combinaison qui rend le sujet urgent.
Les documents de 2026 sont sortis, et ils sont lisibles. Palantir a publié le sien le 24 avril, C3.ai le 28 août. Ils détaillent, pour chaque dirigeant, ce qui a été versé en cash et ce qui a été attribué en actions, sur trois exercices. On dispose ainsi de deux sociétés d'IA cotées sur plusieurs années, à comparer avec des sociétés de logiciel dont les mêmes documents remontent à 2012 et 2014. L'écart est de douze à quatorze ans, et l'inflation américaine y a ajouté environ 40 %.
Le poste de dirigeant de l'IA a maintenant un prix, ou plutôt deux. Equilar a publié le 11 septembre 2025 une médiane de 1,6 million de dollars pour la première fonction IA des entreprises qui l'ont déclarée. Heidrick & Struggles a mené à l'été 2025 une enquête auprès de 318 dirigeants de l'IA et des données, dont un compte rendu de presse donne, pour les États-Unis, environ 878 000 dollars au total. Les deux chiffres coexistent depuis un an sans que personne ne les rapproche.
Les conseils redécouvrent que la rémunération est un acte de gouvernance. Un fondateur qui ramène son salaire à zéro, un directeur financier dont la rémunération est multipliée par près de soixante en deux ans, un dirigeant arrivé avec 36 millions de dollars d'attributions : ces décisions engagent la stratégie, l'actionnariat et l'organisation.
Deux lectures fausses circulent. La première affirme que l'IA a fait exploser la rémunération de ses dirigeants. Sur le directeur général, l'écart entre Salesforce en 2012 et C3.ai en 2025 est de 2,7 % en dollars constants. La seconde affirme que rien n'a changé. Or la hiérarchie des rémunérations, le rôle du conseil et le prix d'une arrivée se sont déplacés. Ce n'est ni une explosion ni un statu quo. C'est un déplacement de ce que la rémunération achète.
Le salaire de base n'a pas bougé
Le fixe est la partie la plus stable et la plus comparable de la rémunération. Ramené en dollars constants 2025, il ne montre aucune envolée entre les deux périodes.
Dirigeant | Période | Salaire nominal | Salaire constants 2025 |
|---|---|---|---|
DG, Salesforce (Benioff) | Exercice clos janv. 2012 | 1 000 000 $ | 1 427 837 $ |
DG, ServiceNow (Slootman) | 2012 | 300 000 $ | 420 668 $ |
DG, C3.ai (Siebel) | Exercice clos avr. 2025 | 1 000 000 $ | 1 017 467 $ |
DG, Palantir (Karp) | 2025 | 1 101 637 $ | 1 101 637 $ |
DF, Salesforce (Smith) | Exercice clos janv. 2012 | 480 000 $ | 685 361 $ |
DF, ServiceNow (Scarpelli) | 2012 | 275 000 $ | 385 612 $ |
DF, Workday (Peek) | Exercice clos janv. 2014 | 266 667 $ | 368 050 $ |
DF, C3.ai (Lath) | Exercices clos avr. 2025 et 2026 | 397 500 $ et 500 000 $ | 404 443 $ et 494 701 $ |
DF, Palantir (Glazer) | 2025 | 450 200 $ | 450 200 $ |
Trois lectures s'imposent.
Le fixe d'un directeur financier oscille entre 370 000 et 685 000 dollars d'aujourd'hui, dans les deux périodes. Salesforce, la plus grande des sociétés de la période SaaS, est en haut de la fourchette. Workday et ServiceNow, alors jeunes en Bourse, sont en bas. Les sociétés d'IA se placent entre les deux. Rien n'indique, sur cet échantillon, que le marché de l'IA paie davantage la partie fixe.
Le fixe d'un directeur général se tient autour d'un million. 1,43 million pour Salesforce en 2012 en dollars d'aujourd'hui, 1,02 million pour C3.ai, 1,10 million pour Palantir. La taille de l'entreprise pèse plus que l'époque : ServiceNow, à 300 000 dollars, était alors à un stade très différent.
Le fixe peut être un choix, pas un prix. Thomas Siebel a fait ramener le sien de 1 000 000 dollars à zéro à partir du 1er février 2026, à sa demande, selon le document de C3.ai. Un fixe se négocie, se réduit ou se supprime selon ce que le dirigeant veut signifier à l'organisation. Sa valeur est autant symbolique qu'économique.
L'equity fait le total, et elle arrive par à-coups
Dans les huit rémunérations du graphique, l'equity représente 76 % à 100 % du total pour sept d'entre elles : 82 % pour le directeur général de Salesforce, 90 % pour celui de C3.ai, 76 % et 98 % pour les directeurs financiers de Salesforce et de Palantir. Seul le directeur général de Palantir fait exception, sans attribution nouvelle en 2025. La structure est la même dans les deux périodes. Le total, lui, se lit mal d'une année sur l'autre.
Dirigeant | Année 1 | Année 2 | Année 3 |
|---|---|---|---|
DG, ServiceNow (Slootman) | 8,6 M$ (six mois clos en déc. 2011) | 0,57 M$ (2012) | |
Directeur produit, ServiceNow (Luddy) | 0,27 M$ (six mois clos en déc. 2011) | 10,96 M$ (2012) | |
DF, Palantir (Glazer) | 0,47 M$ (2023) | 11,8 M$ (2024) | 28,0 M$ (2025) |
DT, C3.ai (Abbo) | 29,9 M$ (exercice 2023) | 1,1 M$ (exercice 2024) | 4,1 M$ (exercice 2025) |
DF, C3.ai (Lath) | 5,4 M$ (exercice 2024) | 10,0 M$ (exercice 2025) | 5,5 M$ (exercice 2026) |
Ces séries appellent une remarque de méthode. Le directeur général de ServiceNow affiche 8,6 millions de dollars sur le second semestre 2011, dont 8,5 millions d'options, puis 0,57 million sur 2012, sans nouvelle attribution. Son directeur produit fait l'inverse : 0,27 million sur le second semestre 2011, puis 10,96 millions en 2012, dont une attribution de rétention de 10,35 millions en actions, à acquisition sur quatre ans. La ligne 2011 de ce document couvre six mois, la société ayant changé de date de clôture en février 2012.
Comparer une année à une autre, ou un dirigeant à un autre, sur un seul exercice, revient à comparer des décisions de conseil. Le directeur technique de C3.ai passe de 29,9 millions de dollars à 1,1 million, sans que son rôle change. Ce qui a changé, c'est l'année où le conseil a décidé d'attribuer. Toute comparaison de "niveaux" de rémunération dans la tech qui ne regarde qu'un exercice est fragile, et l'est dans les deux ères.
L'equity est une valeur d'attribution, pas un gain. Les documents le précisent eux-mêmes : les montants reportés sont des valeurs comptables à la date d'octroi, qui ne correspondent pas à ce que le dirigeant encaisse. Ce qu'il touche dépend du cours de l'action des années plus tard, et rien dans ces tableaux ne permet de le savoir.
Ce que le conseil achète : une arrivée, une rétention, un résultat
Ce que ces chiffres disent le mieux, c'est la logique de chaque attribution. Les documents ne l'énoncent pas toujours, mais ils la laissent lire.
Ce que la rémunération achetait en 2012 à 2014 | Ce qu'elle achète en 2025 et 2026 |
|---|---|
Un fixe modeste et un variable annuel limité : 1,53 M$ pour le directeur général de Salesforce, 273 548 $ pour celui de ServiceNow | Un fixe qui peut tomber à zéro à la demande du dirigeant (Siebel), et un variable versé en actions plutôt qu'en cash chez C3.ai |
Des attributions d'options au moment de l'introduction en Bourse, ou de la première année du dirigeant | Des attributions d'actions et d'options à l'arrivée, qui peuvent atteindre 35 M$ (Ehikian, exercice 2026) |
Une rétention dans un rôle technique ou produit (Luddy, 10,35 M$ d'actions en 2012) | Une rétention plus large, qui touche le directeur financier et le directeur commercial et juridique (Palantir, 21,2 M$ d'actions chacun en 2025) |
Un directeur financier entre 20 % et 65 % de la rémunération du directeur général | Un directeur financier à 39 % du directeur général (C3.ai), ou à trois fois son niveau (Palantir) |
Un conseil payé environ 1 M$ constants, pour l'essentiel en actions | Un conseil payé environ 350 000 $ en options seulement (C3.ai) |
Trois enseignements se dégagent. Ils relèvent de notre lecture, pas d'une donnée publiée.
Une arrivée se paie d'abord en actions, à un prix qui exprime l'incertitude du conseil. Le document de C3.ai montre 35,0 millions de dollars d'attributions sur 36,2 pour un dirigeant dont l'offre est datée du 29 août 2025, sur une partie seulement de l'exercice. Un conseil qui accepte ce prix ne paie pas seulement un dirigeant : il paie la réduction d'un risque qu'il ne sait pas réduire autrement.
Une rétention se paie par à-coups, au moment où le conseil craint un départ. Les attributions de 10,35 millions chez ServiceNow en 2012, de 21,2 millions chez Palantir en 2025, de 28,8 millions chez C3.ai à l'exercice 2023 ont la même forme : un montant unique, attribué une fois, à acquisition pluriannuelle. Elles disent plus sur la crainte du conseil que sur la valeur du poste.
Un résultat se paie rarement en cash. Le variable annuel est resté limité dans les deux périodes, et il est versé en actions chez C3.ai. Les rémunérations les plus élevées sont celles qui paient un pari sur la valeur future, pas une performance de l'année écoulée.
Chez Palantir, le directeur financier touche trois fois le directeur général
Le rapport de la rémunération du directeur financier à celle du directeur général a une histoire dans l'échantillon. Il est de 20 % chez Salesforce en 2012, de 65 % chez Workday en 2014, de 39 % chez C3.ai en 2025. Chez Palantir en 2025, il est de 324 % : 28,0 millions de dollars pour le directeur financier, 27,96 millions pour le directeur commercial et juridique, 8,6 millions pour le directeur général, dont 7,5 millions relèvent d'autres rémunérations.
C'est un cas unique dans notre échantillon, et nous ne l'érigeons pas en tendance. Le directeur général de Palantir n'a pas reçu d'attribution en 2025, et rien n'indique que cette situation soit durable. Mais ce cas montre une chose : la rémunération ne suit plus le rang. Elle suit la contribution que le conseil juge critique à un moment donné.
Une partie des "autres rémunérations" du directeur général de Palantir relève de la protection et de la conformité : environ 2,5 millions de dollars de sécurité personnelle, 2,4 millions de frais de dépôt réglementaire pris en charge par la société. Chez C3.ai, la sécurité personnelle de Thomas Siebel représente environ 600 000 dollars sur l'exercice 2025, soit 99 % de ses autres rémunérations. Ces montants sont légitimes, et leur publication est obligatoire. Ils font du dirigeant et de la société une seule exposition, ce qui se traite en conseil.
Le conseil de C3.ai est payé près de trois fois moins que celui de Salesforce en 2012, et uniquement en options
Les administrateurs de Salesforce ont déclaré, pour l'exercice clos en janvier 2012, entre 666 303 et 723 803 dollars chacun, dont 612 553 dollars en actions attribuées le même jour à tous et 53 750 à 111 250 dollars de cash. En dollars d'aujourd'hui, cela représente environ 950 000 à 1 030 000 dollars.
Ceux de C3.ai déclarent, pour l'exercice clos en avril 2026, entre 349 989 et 394 990 dollars, entièrement en options, sans aucun cash, avec une exception : 899 991 dollars pour l'un d'eux. Deux administrateurs n'ont aucune rémunération déclarée. En dollars d'aujourd'hui, les montants les plus courants se situent autour de 350 000 à 390 000 dollars.
Nous ne tirons pas de loi de ce seul exemple : la politique de C3.ai est atypique, et Salesforce était en 2012 une société bien plus grande. Mais l'écart pose une question que peu de comités des rémunérations se posent : que doit-on payer à un administrateur dans une entreprise dont la technologie change en douze mois ? Un administrateur payé uniquement en options, dont l'acquisition est suspendue s'il manque une réunion, est aligné sur l'action. Il n'est pas nécessairement disponible pour la gouvernance.
Un poste de dirigeant de l'IA n'a pas de prix, faute de définition
L'étude d'Equilar sur les entreprises ayant déclaré une première fonction IA donne, pour 2025, une médiane de rémunération totale de 1,6 million de dollars. La médiane du salaire est de 439 375 dollars, celle des primes annuelles de 191 307 dollars, celle des actions à acquisition dans le temps de 242 997 dollars. Ces médianes sont calculées composante par composante : elles ne s'additionnent pas pour reconstituer le total. Le 10e percentile du total est à 567 235 dollars, le 90e à 3,5 millions.
L'enquête de Heidrick & Struggles, menée à l'été 2025 auprès de 318 dirigeants de l'IA et des données, donne d'après un compte rendu de presse, pour les États-Unis, environ 380 000 dollars de cash et 498 000 dollars d'equity, soit environ 878 000 dollars. Pour le Royaume-Uni, 217 000 livres de cash et 249 000 livres d'equity. Nous n'avons pas pu vérifier ces chiffres dans le rapport lui-même, et le compte rendu ne précise pas s'il s'agit de moyennes ou de médianes.
Ces deux séries ne se contredisent pas. Elles ne mesurent probablement pas la même chose : l'une porte sur la première fonction IA d'entreprises qui la déclarent parmi leurs dirigeants les mieux payés, l'autre sur un ensemble plus large de dirigeants de l'IA et des données. Le titre est le même, la fonction ne l'est pas. Nous n'avons trouvé aucune donnée publique comparable en Europe continentale.
C'est le vrai sujet. Un poste dont personne n'a écrit la définition ne se paie pas, ne se mesure pas et ne se défend pas devant un conseil. Payer 1,6 million ou 878 000 dollars un dirigeant qui n'a pas de périmètre reconnu revient à payer un titre.
Ce que cela exige des fonctions de direction
Un fixe stable, une equity qui arrive par à-coups, un conseil payé autrement et un poste d'IA sans définition déplacent le contenu de six fonctions.
Fonction | Ce qu'elle savait faire | Ce qu'on lui demande désormais |
|---|---|---|
Directeur général | Négocier un package d'arrivée et un plan d'attribution périodique | Justifier devant le conseil ce que son equity vise (cap, rétention ou résultat), et accepter que son fixe soit un signal autant qu'un prix |
Directeur financier | Piloter la trésorerie, la levée et le reporting | Être lui-même l'objet d'une attribution massive possible, et modéliser le coût de l'equity comme un coût de personnel à long terme |
Direction technique et produit | Livrer une feuille de route | Se positionner sur un marché où l'attribution de rétention peut dépasser dix millions de dollars sur une année |
Direction de l'IA | Cadrer des usages et des risques | Obtenir un périmètre écrit, avant de discuter d'un prix qui, sans lui, varie presque du simple au double selon l'étude |
Comité des rémunérations et conseil d'administration | Valider des barèmes de marché | Décider ce qu'il achète (arrivée, rétention ou résultat) avant de comparer, et réviser la rémunération des administrateurs à la lumière de la vitesse du secteur |
Direction des ressources humaines | Documenter les grilles | Construire la lisibilité entre les fonctions, notamment les écarts entre le directeur général, le directeur financier et le directeur commercial |
Deux de ces fonctions méritent un développement.
Le comité des rémunérations devient un organe de stratégie. Dans les deux périodes, l'essentiel de la rémunération est de l'equity attribuée à des moments choisis. Ces moments sont des décisions de gouvernance : une arrivée, un risque de départ, un pari sur la croissance. Un comité qui compare seulement le niveau aux barèmes ne voit pas ce qu'il finance. La lecture utile est celle du calendrier : quand a-t-on attribué, à qui, pour quel horizon, et quel risque cette attribution vient-elle couvrir ?
La direction financière est devenue une fonction qui se négocie autant qu'elle négocie. Chez Palantir et C3.ai, elle est rémunérée dans des ordres de grandeur que le rang seul n'explique pas : 28,0 millions de dollars en 2025 pour l'une, 10,0 puis 5,5 millions sur deux exercices pour l'autre. Le directeur financier qui modélise le coût de l'equity du comité exécutif modélise aussi le sien. Le conseil a intérêt à rendre cette position lisible.
Le cas de C3.ai : un exercice, trois rémunérations, 66 millions de dollars
Le document de C3.ai pour l'exercice clos en avril 2026 réunit, dans un même tableau, trois configurations. Thomas Siebel, fondateur, présenté comme directeur général et président du conseil, déclare 24,3 millions de dollars, dont 23,0 millions d'actions et d'options, et un salaire qui tombe à zéro à sa demande le 1er février 2026. Hitesh Lath, directeur financier et directeur administratif, déclare 5,5 millions, contre 10,0 millions l'exercice précédent. Stephen Ehikian, dont l'offre est datée du 29 août 2025, déclare 36,2 millions, dont un salaire de 666 667 dollars, un bonus de 500 000 dollars, 20,0 millions d'actions et 15,0 millions d'options. Au total, 65,9 millions de dollars nominaux pour trois dirigeants.
Nous ne connaissons de cette situation que ce que le document en dit, et nous ne portons aucun jugement sur les personnes. Deux faits sont utiles à un conseil.
Le premier : les trois rémunérations ne relèvent pas de la même logique. Un fondateur qui se retire du fixe pour s'aligner sur le cours, un directeur financier dont l'attribution retombe après un exercice de rétention, un dirigeant dont l'arrivée est payée pour l'essentiel en actions. Comparer ces trois montants comme des niveaux de marché n'a pas de sens.
Le deuxième : ce que l'on ne sait pas. Aucune donnée publique fiable ne permet de refaire cet exercice pour la France ni pour l'Europe continentale. Nous n'avons pas retrouvé de documents comparables pour les premières sociétés françaises de SaaS de 2008 à 2015 ni pour les acteurs français de l'IA, et les grands laboratoires d'IA non cotés ne publient pas la rémunération de leurs dirigeants. Pour un fonds européen, cela signifie que le prix d'un dirigeant se construit sans comparaison publique, et qu'il faut savoir dire à son conseil ce que l'on ne mesure pas.
Les erreurs fréquentes
Comparer un exercice à un autre. L'equity arrive par à-coups. Le directeur financier de Palantir passe de 0,47 à 28,0 millions de dollars en deux ans, sans que son rôle ait été multiplié par soixante. Il faut regarder trois exercices au minimum.
Lire une valeur d'attribution comme un gain. Les documents précisent que les montants ne reflètent pas ce que le dirigeant encaisse. Le gain dépend du cours, plusieurs années plus tard.
Comparer en dollars courants. L'inflation américaine entre 2011 et 2025 représente environ 43 %. Un million de dollars de Salesforce en 2012 vaut environ 1,43 million aujourd'hui. Sans cette correction, on croit à une envolée qui n'existe pas.
Aligner un dirigeant sur le cours de l'action quand on attend de lui un cap de cinq ans. Une attribution massive à l'arrivée paie le risque du conseil, pas la performance du dirigeant. Elle ne dit rien de la durée que l'on attend de lui.
Payer un poste dont on n'a pas écrit la définition. Entre 878 000 dollars et 1,6 million, selon l'étude, le poste de dirigeant de l'IA n'a pas de prix parce qu'il n'a pas de périmètre. Le conseil doit écrire ce que ce dirigeant décide, pas seulement ce qu'il coûte.
Traiter les avantages personnels comme un détail. Sécurité, frais réglementaires, assurances : 7,5 millions de dollars pour un dirigeant de Palantir, 600 000 pour un autre chez C3.ai. La ligne est publiée, et le régulateur, les actionnaires et les salariés la lisent.
Comment évaluer un dirigeant de la tech et de l'IA pour ce cycle
Sait-il distinguer, sur sa propre rémunération, ce qui est attribué de ce qui est acquis, puis de ce qui est encaissé ? La réponse dit s'il a déjà porté un plan d'equity sur plusieurs années, ou seulement reçu une offre.
Qu'a-t-il demandé, et qu'a-t-il refusé, à son arrivée ? Un dirigeant qui a négocié un fixe plus bas contre une exposition plus forte à la valeur, ou l'inverse, sait ce qu'il veut signifier. Celui qui a tout accepté n'a peut-être pas mesuré ce qu'il engageait.
À quel horizon accepte-t-il que son equity soit acquise ? Une acquisition sur quatre ans, comme l'attribution de rétention chez ServiceNow en 2012, ne dit pas la même chose qu'une attribution sans horizon précis. Ce qu'il en dit révèle sa vision de la durée de sa mission.
Comment décrit-il les écarts de rémunération au sein de son comité exécutif ? Un dirigeant qui présente ces écarts comme une contrainte subie ne les maîtrise pas. Celui qui sait les expliquer par des choix de conseil sait les défendre.
A-t-il déjà décidé du périmètre d'un poste avant de discuter de son prix ? Sur un poste comme celui de dirigeant de l'IA, dont le prix varie presque du simple au double selon l'étude, la réponse distingue celui qui a écrit un mandat de celui qui a hérité d'un titre.
Questions fréquentes
Un directeur général d'IA est-il mieux payé qu'un directeur général de SaaS ?
Pas sur cet échantillon. En dollars constants 2025, le directeur général de Salesforce (exercice clos en janvier 2012) déclare 25,3 millions et celui de C3.ai (exercice clos en avril 2025) 26,0 millions, à 2,7 % d'écart. Celui de Palantir déclare 8,6 millions en 2025, sans attribution d'actions cette année-là. L'échantillon est de quatre sociétés cotées américaines, et il ne prouve rien en dehors d'elles.
Combien gagne un directeur financier d'une société d'IA cotée ?
Chez C3.ai, 10,0 millions de dollars sur l'exercice clos en avril 2025 puis 5,5 millions sur l'exercice suivant. Chez Palantir, 27,97 millions en 2025, contre 11,8 millions en 2024 et 0,47 million en 2023. Le salaire de base reste entre 397 500 et 500 000 dollars. Tout le reste est de l'equity, attribuée par à-coups.
Combien gagne un Chief AI Officer ?
Cela dépend de la définition du poste. Selon Equilar, la médiane du total est de 1,6 million de dollars pour la première fonction IA des entreprises qui la déclarent, avec un salaire médian de 439 375 dollars. Selon un compte rendu de presse de l'enquête Heidrick & Struggles, environ 878 000 dollars aux États-Unis. Les deux ne mesurent probablement pas la même population, et nous n'avons pas pu vérifier la seconde dans le rapport source.
Pourquoi convertir les montants en dollars constants ?
L'inflation américaine entre 2011 et 2025 représente environ 43 %. Sans conversion, 17,7 millions de dollars en 2012 paraissent très inférieurs à 25,5 millions en 2025. En dollars constants, ils valent 25,3 millions.
Combien sont payés les administrateurs d'une société tech cotée ?
Chez Salesforce, 666 303 à 723 803 dollars pour l'exercice clos en janvier 2012, soit environ un million de dollars constants, dont l'essentiel en actions. Chez C3.ai, 349 989 à 394 990 dollars pour l'exercice clos en avril 2026, en options seulement, sans cash. Deux sociétés ne font pas un marché, et la politique de C3.ai est atypique.
Existe-t-il des données publiques pour la France ?
Nous n'en avons pas trouvé de fiables, ni pour les premières sociétés françaises de SaaS de 2008 à 2015, ni pour les acteurs français de l'IA. Les principaux ne sont pas cotés et ne publient pas la rémunération de leurs dirigeants. Toute estimation serait une hypothèse, et cet article n'en formule aucune.
Ce qu'il faut retenir
En dollars constants, la rémunération d'un directeur général d'IA cotée (26,0 M$, C3.ai 2025) est à 2,7 % de celle d'un directeur général de logiciel de l'ère SaaS (25,3 M$, Salesforce 2012).
Le salaire de base est stable dans les deux périodes : un directeur financier entre 368 000 et 685 000 dollars constants, un directeur général autour d'un million.
L'equity représente 76 % à 100 % du total pour sept dirigeants sur huit, et elle arrive par à-coups : le directeur financier de Palantir passe de 0,47 à 28,0 millions de dollars en deux ans.
Le conseil de C3.ai est payé près de trois fois moins que celui de Salesforce en 2012, et en options seulement : environ 350 000 dollars contre environ un million constants.
Le poste de dirigeant de l'IA n'a pas de prix (1,6 million de dollars ou 878 000 selon l'étude) parce qu'il n'a pas de définition. Écrire le mandat précède la discussion du prix.
Le point de vue de Laroze Partners
La rémunération des dirigeants de l'IA fait l'objet de beaucoup de commentaires sur le niveau. Les documents publics montrent que le niveau n'est pas le sujet. Un directeur général de logiciel coté valait 25 millions de dollars en 2012, un directeur général d'IA cotée en vaut 26 millions en 2025, en dollars constants. Le fixe n'a pas bougé. Ce qui bouge, c'est le moment où le conseil décide d'attribuer, et la raison pour laquelle il le fait.
Un conseil qui verse 36 millions de dollars à l'arrivée d'un dirigeant, ou 28 millions à son directeur financier l'année où le directeur général ne reçoit rien, dit ce qu'il pense acheter avant de dire ce que vaut le marché : une arrivée, une rétention ou un résultat. Ces trois logiques n'appellent ni la même structure, ni le même horizon, ni les mêmes garde-fous. La difficulté n'est pas de trouver le montant. C'est de savoir, avant de chercher un dirigeant, ce que l'on attend de lui à cinq ans, et de le traduire dans une rémunération que l'on saura défendre devant son propre conseil. Le Laroze Pattern®, notre méthode de lecture stratégique des trajectoires, des comportements de leadership et des dynamiques de performance, sert précisément à distinguer, dans un parcours, ce qui prouve la capacité à tenir un cap de ce qui la laisse seulement supposer.
Les entreprises qui traverseront la décennie ne seront pas celles qui auront payé le plus. Ce seront celles dont le conseil aura su dire, avant de fixer un montant, ce qu'il achetait.
Sources
Salesforce, Definitive Proxy Statement (DEF 14A), 2012 · ServiceNow, Definitive Proxy Statement (DEF 14A), 2013 · Workday, Definitive Proxy Statement (DEF 14A), 18 avril 2014 · C3.ai, Definitive Proxy Statements (DEF 14A), 21 août 2025 et 28 août 2026 · Palantir Technologies, Definitive Proxy Statement (DEF 14A), 24 avril 2026 · Equilar, "Compensation for AI Executives Nears $2 Million", 11 septembre 2025 (2025 Top 50 Survey) · Heidrick & Struggles, 2025 Data, Analytics, and Artificial Intelligence Officers Compensation Survey, et AI Magazine · U.S. Bureau of Labor Statistics, CPI-U (série CPIAUCNS), via FRED, Federal Reserve Bank of St. Louis.
Le 28 août 2026, C3.ai a déposé son document annuel sur la rémunération de ses dirigeants. On y lit que son fondateur, Thomas Siebel, a demandé à ne plus percevoir de salaire à compter du 1er février 2026. On y lit aussi que Stephen Ehikian, arrivé en cours d'exercice et présenté comme président et ancien directeur général, y déclare 36,2 millions de dollars, dont 35 millions en actions et en options. Un même exercice, deux signaux opposés sur ce que vaut la partie fixe d'une rémunération de dirigeant.
Quatre mois plus tôt, le 24 avril, Palantir avait publié le sien. Son directeur financier y déclare 28,0 millions de dollars pour 2025, contre 0,47 million deux ans plus tôt. Son directeur général déclare 8,6 millions, sans aucune attribution d'actions nouvelle cette année-là.
Ces deux documents disent ce que les récits sur la rémunération dans l'IA ne disent pas. Comparée à celle de l'ère SaaS, en dollars constants, la rémunération des dirigeants d'IA cotés n'est pas hors norme. Ce qui a changé, c'est ce qu'un conseil achète avec elle. Pour un dirigeant, un conseil ou un fonds engagé dans la tech, la question n'est plus de savoir combien paie le marché, mais ce que l'on cherche à obtenir en payant.
Les chiffres à connaître
Toutes les valeurs sont en dollars américains, pour des sociétés cotées aux États-Unis. Les montants "constants" sont ramenés en dollars 2025 par l'indice des prix à la consommation américain. La rémunération "totale" est celle que les documents publient : le cash versé plus la valeur, à la date d'attribution, des actions et options accordées. Ce n'est pas ce que le dirigeant a encaissé.
Indicateur | Valeur | Source |
|---|---|---|
Directeur général de Salesforce, exercice clos en janvier 2012 | 17,7 M$ nominaux, soit 25,3 M$ constants | Salesforce, proxy 2012 |
Directeur général de C3.ai, exercice clos en avril 2025 | 25,5 M$ nominaux, soit 26,0 M$ constants, à 2,7 % du précédent | C3.ai, proxy 2026 |
Co-directeur général de Workday, exercice clos en janvier 2014 | 9,8 M$ nominaux, soit 13,5 M$ constants | Workday, proxy 2014 |
Directeur général de Palantir, 2025 | 8,6 M$, dont 7,5 M$ d'autres rémunérations et aucune attribution d'actions | Palantir, proxy 2026 |
Directeur financier de Palantir, 2023, 2024, 2025 | 0,47 M$, puis 11,8 M$, puis 28,0 M$ | Palantir, proxy 2026 |
Directeurs financiers, exercices 2012 à 2014 (Salesforce, Workday) | 5,0 M$ et 8,8 M$ constants | Salesforce, Workday |
Directeur financier de C3.ai, exercice clos en avril 2025 | 10,0 M$ nominaux, soit 10,2 M$ constants | C3.ai, proxy 2026 |
Salaire de base d'un directeur financier, dollars constants 2025 | 685 000 $ (Salesforce), 368 000 $ (Workday), 404 000 $ (C3.ai), 450 200 $ (Palantir) | Proxys |
Part de l'equity dans le total, sept dirigeants sur huit du graphique | De 76 % à 100 % | Calcul Laroze Partners sur les proxys |
Administrateurs de Salesforce, exercice clos en janvier 2012 | 666 303 à 723 803 $, soit environ 1 M$ constants, dont 612 553 $ en actions | Salesforce, proxy 2012 |
Administrateurs de C3.ai, exercice clos en avril 2026 | 349 989 à 394 990 $ en options, sans cash, 899 991 $ pour l'un d'eux | C3.ai, proxy 2026 |
Arrivée d'un dirigeant chez C3.ai, exercice clos en avril 2026 | 36,2 M$, dont 35,0 M$ en actions et options | C3.ai, proxy 2026 |
Première fonction IA d'une entreprise, États-Unis, 2025 | Médiane du total de 1,6 M$ | Equilar, Top 50 Survey 2025 |
Dirigeants de l'IA et des données, États-Unis, été 2025 | Environ 878 000 $, dont 380 000 $ de cash (compte rendu de presse) | Heidrick & Struggles, via AI Magazine |
Inflation américaine, 2011 à 2025 | Environ 43 % (coefficient de 1,43 sur Salesforce 2012) | BLS, série CPI-U |

Sources : proxy statements déposés auprès de la SEC par Salesforce (2012), Workday (2014), C3.ai (2026) et Palantir (2026). Conversion en dollars constants 2025 : CPI-U, BLS via FRED. Quatre sociétés cotées américaines : échantillon réduit.
Données du graphique, en dollars américains :
Fonction, société | Période | Cash nominal | Equity nominal | Autres nominal | Total nominal | Total constants 2025 |
|---|---|---|---|---|---|---|
DG, Salesforce (Benioff) | Exercice clos janv. 2012 | 2 530 000 | 14 535 850 | 648 456 | 17 714 306 | 25,29 M |
Co-DG, Workday (Bhusri) | Exercice clos janv. 2014 | 35 420 | 9 730 842 | 3 335 | 9 769 597 | 13,48 M |
DG, C3.ai (Siebel) | Exercice clos avr. 2025 | 1 900 000 | 23 012 029 | 604 847 | 25 516 876 | 25,96 M |
DG, Palantir (Karp) | 2025 | 1 101 637 | 0 | 7 521 363 | 8 623 000 | 8,62 M |
DF, Salesforce (Smith) | Exercice clos janv. 2012 | 847 200 | 2 625 087 | 0 | 3 472 287 | 4,96 M |
DF, Workday (Peek) | Exercice clos janv. 2014 | 392 205 | 5 946 662 | 7 525 | 6 346 392 | 8,76 M |
DF, C3.ai (Lath) | Exercice clos avr. 2025 | 834 750 | 9 164 000 | 1 156 | 9 999 906 | 10,18 M |
DF, Palantir (Glazer) | 2025 | 450 200 | 27 485 141 | 36 535 | 27 971 876 | 27,97 M |
Pourquoi ce sujet s'impose maintenant
Trois séries de faits se sont superposées depuis un an, et c'est leur combinaison qui rend le sujet urgent.
Les documents de 2026 sont sortis, et ils sont lisibles. Palantir a publié le sien le 24 avril, C3.ai le 28 août. Ils détaillent, pour chaque dirigeant, ce qui a été versé en cash et ce qui a été attribué en actions, sur trois exercices. On dispose ainsi de deux sociétés d'IA cotées sur plusieurs années, à comparer avec des sociétés de logiciel dont les mêmes documents remontent à 2012 et 2014. L'écart est de douze à quatorze ans, et l'inflation américaine y a ajouté environ 40 %.
Le poste de dirigeant de l'IA a maintenant un prix, ou plutôt deux. Equilar a publié le 11 septembre 2025 une médiane de 1,6 million de dollars pour la première fonction IA des entreprises qui l'ont déclarée. Heidrick & Struggles a mené à l'été 2025 une enquête auprès de 318 dirigeants de l'IA et des données, dont un compte rendu de presse donne, pour les États-Unis, environ 878 000 dollars au total. Les deux chiffres coexistent depuis un an sans que personne ne les rapproche.
Les conseils redécouvrent que la rémunération est un acte de gouvernance. Un fondateur qui ramène son salaire à zéro, un directeur financier dont la rémunération est multipliée par près de soixante en deux ans, un dirigeant arrivé avec 36 millions de dollars d'attributions : ces décisions engagent la stratégie, l'actionnariat et l'organisation.
Deux lectures fausses circulent. La première affirme que l'IA a fait exploser la rémunération de ses dirigeants. Sur le directeur général, l'écart entre Salesforce en 2012 et C3.ai en 2025 est de 2,7 % en dollars constants. La seconde affirme que rien n'a changé. Or la hiérarchie des rémunérations, le rôle du conseil et le prix d'une arrivée se sont déplacés. Ce n'est ni une explosion ni un statu quo. C'est un déplacement de ce que la rémunération achète.
Le salaire de base n'a pas bougé
Le fixe est la partie la plus stable et la plus comparable de la rémunération. Ramené en dollars constants 2025, il ne montre aucune envolée entre les deux périodes.
Dirigeant | Période | Salaire nominal | Salaire constants 2025 |
|---|---|---|---|
DG, Salesforce (Benioff) | Exercice clos janv. 2012 | 1 000 000 $ | 1 427 837 $ |
DG, ServiceNow (Slootman) | 2012 | 300 000 $ | 420 668 $ |
DG, C3.ai (Siebel) | Exercice clos avr. 2025 | 1 000 000 $ | 1 017 467 $ |
DG, Palantir (Karp) | 2025 | 1 101 637 $ | 1 101 637 $ |
DF, Salesforce (Smith) | Exercice clos janv. 2012 | 480 000 $ | 685 361 $ |
DF, ServiceNow (Scarpelli) | 2012 | 275 000 $ | 385 612 $ |
DF, Workday (Peek) | Exercice clos janv. 2014 | 266 667 $ | 368 050 $ |
DF, C3.ai (Lath) | Exercices clos avr. 2025 et 2026 | 397 500 $ et 500 000 $ | 404 443 $ et 494 701 $ |
DF, Palantir (Glazer) | 2025 | 450 200 $ | 450 200 $ |
Trois lectures s'imposent.
Le fixe d'un directeur financier oscille entre 370 000 et 685 000 dollars d'aujourd'hui, dans les deux périodes. Salesforce, la plus grande des sociétés de la période SaaS, est en haut de la fourchette. Workday et ServiceNow, alors jeunes en Bourse, sont en bas. Les sociétés d'IA se placent entre les deux. Rien n'indique, sur cet échantillon, que le marché de l'IA paie davantage la partie fixe.
Le fixe d'un directeur général se tient autour d'un million. 1,43 million pour Salesforce en 2012 en dollars d'aujourd'hui, 1,02 million pour C3.ai, 1,10 million pour Palantir. La taille de l'entreprise pèse plus que l'époque : ServiceNow, à 300 000 dollars, était alors à un stade très différent.
Le fixe peut être un choix, pas un prix. Thomas Siebel a fait ramener le sien de 1 000 000 dollars à zéro à partir du 1er février 2026, à sa demande, selon le document de C3.ai. Un fixe se négocie, se réduit ou se supprime selon ce que le dirigeant veut signifier à l'organisation. Sa valeur est autant symbolique qu'économique.
L'equity fait le total, et elle arrive par à-coups
Dans les huit rémunérations du graphique, l'equity représente 76 % à 100 % du total pour sept d'entre elles : 82 % pour le directeur général de Salesforce, 90 % pour celui de C3.ai, 76 % et 98 % pour les directeurs financiers de Salesforce et de Palantir. Seul le directeur général de Palantir fait exception, sans attribution nouvelle en 2025. La structure est la même dans les deux périodes. Le total, lui, se lit mal d'une année sur l'autre.
Dirigeant | Année 1 | Année 2 | Année 3 |
|---|---|---|---|
DG, ServiceNow (Slootman) | 8,6 M$ (six mois clos en déc. 2011) | 0,57 M$ (2012) | |
Directeur produit, ServiceNow (Luddy) | 0,27 M$ (six mois clos en déc. 2011) | 10,96 M$ (2012) | |
DF, Palantir (Glazer) | 0,47 M$ (2023) | 11,8 M$ (2024) | 28,0 M$ (2025) |
DT, C3.ai (Abbo) | 29,9 M$ (exercice 2023) | 1,1 M$ (exercice 2024) | 4,1 M$ (exercice 2025) |
DF, C3.ai (Lath) | 5,4 M$ (exercice 2024) | 10,0 M$ (exercice 2025) | 5,5 M$ (exercice 2026) |
Ces séries appellent une remarque de méthode. Le directeur général de ServiceNow affiche 8,6 millions de dollars sur le second semestre 2011, dont 8,5 millions d'options, puis 0,57 million sur 2012, sans nouvelle attribution. Son directeur produit fait l'inverse : 0,27 million sur le second semestre 2011, puis 10,96 millions en 2012, dont une attribution de rétention de 10,35 millions en actions, à acquisition sur quatre ans. La ligne 2011 de ce document couvre six mois, la société ayant changé de date de clôture en février 2012.
Comparer une année à une autre, ou un dirigeant à un autre, sur un seul exercice, revient à comparer des décisions de conseil. Le directeur technique de C3.ai passe de 29,9 millions de dollars à 1,1 million, sans que son rôle change. Ce qui a changé, c'est l'année où le conseil a décidé d'attribuer. Toute comparaison de "niveaux" de rémunération dans la tech qui ne regarde qu'un exercice est fragile, et l'est dans les deux ères.
L'equity est une valeur d'attribution, pas un gain. Les documents le précisent eux-mêmes : les montants reportés sont des valeurs comptables à la date d'octroi, qui ne correspondent pas à ce que le dirigeant encaisse. Ce qu'il touche dépend du cours de l'action des années plus tard, et rien dans ces tableaux ne permet de le savoir.
Ce que le conseil achète : une arrivée, une rétention, un résultat
Ce que ces chiffres disent le mieux, c'est la logique de chaque attribution. Les documents ne l'énoncent pas toujours, mais ils la laissent lire.
Ce que la rémunération achetait en 2012 à 2014 | Ce qu'elle achète en 2025 et 2026 |
|---|---|
Un fixe modeste et un variable annuel limité : 1,53 M$ pour le directeur général de Salesforce, 273 548 $ pour celui de ServiceNow | Un fixe qui peut tomber à zéro à la demande du dirigeant (Siebel), et un variable versé en actions plutôt qu'en cash chez C3.ai |
Des attributions d'options au moment de l'introduction en Bourse, ou de la première année du dirigeant | Des attributions d'actions et d'options à l'arrivée, qui peuvent atteindre 35 M$ (Ehikian, exercice 2026) |
Une rétention dans un rôle technique ou produit (Luddy, 10,35 M$ d'actions en 2012) | Une rétention plus large, qui touche le directeur financier et le directeur commercial et juridique (Palantir, 21,2 M$ d'actions chacun en 2025) |
Un directeur financier entre 20 % et 65 % de la rémunération du directeur général | Un directeur financier à 39 % du directeur général (C3.ai), ou à trois fois son niveau (Palantir) |
Un conseil payé environ 1 M$ constants, pour l'essentiel en actions | Un conseil payé environ 350 000 $ en options seulement (C3.ai) |
Trois enseignements se dégagent. Ils relèvent de notre lecture, pas d'une donnée publiée.
Une arrivée se paie d'abord en actions, à un prix qui exprime l'incertitude du conseil. Le document de C3.ai montre 35,0 millions de dollars d'attributions sur 36,2 pour un dirigeant dont l'offre est datée du 29 août 2025, sur une partie seulement de l'exercice. Un conseil qui accepte ce prix ne paie pas seulement un dirigeant : il paie la réduction d'un risque qu'il ne sait pas réduire autrement.
Une rétention se paie par à-coups, au moment où le conseil craint un départ. Les attributions de 10,35 millions chez ServiceNow en 2012, de 21,2 millions chez Palantir en 2025, de 28,8 millions chez C3.ai à l'exercice 2023 ont la même forme : un montant unique, attribué une fois, à acquisition pluriannuelle. Elles disent plus sur la crainte du conseil que sur la valeur du poste.
Un résultat se paie rarement en cash. Le variable annuel est resté limité dans les deux périodes, et il est versé en actions chez C3.ai. Les rémunérations les plus élevées sont celles qui paient un pari sur la valeur future, pas une performance de l'année écoulée.
Chez Palantir, le directeur financier touche trois fois le directeur général
Le rapport de la rémunération du directeur financier à celle du directeur général a une histoire dans l'échantillon. Il est de 20 % chez Salesforce en 2012, de 65 % chez Workday en 2014, de 39 % chez C3.ai en 2025. Chez Palantir en 2025, il est de 324 % : 28,0 millions de dollars pour le directeur financier, 27,96 millions pour le directeur commercial et juridique, 8,6 millions pour le directeur général, dont 7,5 millions relèvent d'autres rémunérations.
C'est un cas unique dans notre échantillon, et nous ne l'érigeons pas en tendance. Le directeur général de Palantir n'a pas reçu d'attribution en 2025, et rien n'indique que cette situation soit durable. Mais ce cas montre une chose : la rémunération ne suit plus le rang. Elle suit la contribution que le conseil juge critique à un moment donné.
Une partie des "autres rémunérations" du directeur général de Palantir relève de la protection et de la conformité : environ 2,5 millions de dollars de sécurité personnelle, 2,4 millions de frais de dépôt réglementaire pris en charge par la société. Chez C3.ai, la sécurité personnelle de Thomas Siebel représente environ 600 000 dollars sur l'exercice 2025, soit 99 % de ses autres rémunérations. Ces montants sont légitimes, et leur publication est obligatoire. Ils font du dirigeant et de la société une seule exposition, ce qui se traite en conseil.
Le conseil de C3.ai est payé près de trois fois moins que celui de Salesforce en 2012, et uniquement en options
Les administrateurs de Salesforce ont déclaré, pour l'exercice clos en janvier 2012, entre 666 303 et 723 803 dollars chacun, dont 612 553 dollars en actions attribuées le même jour à tous et 53 750 à 111 250 dollars de cash. En dollars d'aujourd'hui, cela représente environ 950 000 à 1 030 000 dollars.
Ceux de C3.ai déclarent, pour l'exercice clos en avril 2026, entre 349 989 et 394 990 dollars, entièrement en options, sans aucun cash, avec une exception : 899 991 dollars pour l'un d'eux. Deux administrateurs n'ont aucune rémunération déclarée. En dollars d'aujourd'hui, les montants les plus courants se situent autour de 350 000 à 390 000 dollars.
Nous ne tirons pas de loi de ce seul exemple : la politique de C3.ai est atypique, et Salesforce était en 2012 une société bien plus grande. Mais l'écart pose une question que peu de comités des rémunérations se posent : que doit-on payer à un administrateur dans une entreprise dont la technologie change en douze mois ? Un administrateur payé uniquement en options, dont l'acquisition est suspendue s'il manque une réunion, est aligné sur l'action. Il n'est pas nécessairement disponible pour la gouvernance.
Un poste de dirigeant de l'IA n'a pas de prix, faute de définition
L'étude d'Equilar sur les entreprises ayant déclaré une première fonction IA donne, pour 2025, une médiane de rémunération totale de 1,6 million de dollars. La médiane du salaire est de 439 375 dollars, celle des primes annuelles de 191 307 dollars, celle des actions à acquisition dans le temps de 242 997 dollars. Ces médianes sont calculées composante par composante : elles ne s'additionnent pas pour reconstituer le total. Le 10e percentile du total est à 567 235 dollars, le 90e à 3,5 millions.
L'enquête de Heidrick & Struggles, menée à l'été 2025 auprès de 318 dirigeants de l'IA et des données, donne d'après un compte rendu de presse, pour les États-Unis, environ 380 000 dollars de cash et 498 000 dollars d'equity, soit environ 878 000 dollars. Pour le Royaume-Uni, 217 000 livres de cash et 249 000 livres d'equity. Nous n'avons pas pu vérifier ces chiffres dans le rapport lui-même, et le compte rendu ne précise pas s'il s'agit de moyennes ou de médianes.
Ces deux séries ne se contredisent pas. Elles ne mesurent probablement pas la même chose : l'une porte sur la première fonction IA d'entreprises qui la déclarent parmi leurs dirigeants les mieux payés, l'autre sur un ensemble plus large de dirigeants de l'IA et des données. Le titre est le même, la fonction ne l'est pas. Nous n'avons trouvé aucune donnée publique comparable en Europe continentale.
C'est le vrai sujet. Un poste dont personne n'a écrit la définition ne se paie pas, ne se mesure pas et ne se défend pas devant un conseil. Payer 1,6 million ou 878 000 dollars un dirigeant qui n'a pas de périmètre reconnu revient à payer un titre.
Ce que cela exige des fonctions de direction
Un fixe stable, une equity qui arrive par à-coups, un conseil payé autrement et un poste d'IA sans définition déplacent le contenu de six fonctions.
Fonction | Ce qu'elle savait faire | Ce qu'on lui demande désormais |
|---|---|---|
Directeur général | Négocier un package d'arrivée et un plan d'attribution périodique | Justifier devant le conseil ce que son equity vise (cap, rétention ou résultat), et accepter que son fixe soit un signal autant qu'un prix |
Directeur financier | Piloter la trésorerie, la levée et le reporting | Être lui-même l'objet d'une attribution massive possible, et modéliser le coût de l'equity comme un coût de personnel à long terme |
Direction technique et produit | Livrer une feuille de route | Se positionner sur un marché où l'attribution de rétention peut dépasser dix millions de dollars sur une année |
Direction de l'IA | Cadrer des usages et des risques | Obtenir un périmètre écrit, avant de discuter d'un prix qui, sans lui, varie presque du simple au double selon l'étude |
Comité des rémunérations et conseil d'administration | Valider des barèmes de marché | Décider ce qu'il achète (arrivée, rétention ou résultat) avant de comparer, et réviser la rémunération des administrateurs à la lumière de la vitesse du secteur |
Direction des ressources humaines | Documenter les grilles | Construire la lisibilité entre les fonctions, notamment les écarts entre le directeur général, le directeur financier et le directeur commercial |
Deux de ces fonctions méritent un développement.
Le comité des rémunérations devient un organe de stratégie. Dans les deux périodes, l'essentiel de la rémunération est de l'equity attribuée à des moments choisis. Ces moments sont des décisions de gouvernance : une arrivée, un risque de départ, un pari sur la croissance. Un comité qui compare seulement le niveau aux barèmes ne voit pas ce qu'il finance. La lecture utile est celle du calendrier : quand a-t-on attribué, à qui, pour quel horizon, et quel risque cette attribution vient-elle couvrir ?
La direction financière est devenue une fonction qui se négocie autant qu'elle négocie. Chez Palantir et C3.ai, elle est rémunérée dans des ordres de grandeur que le rang seul n'explique pas : 28,0 millions de dollars en 2025 pour l'une, 10,0 puis 5,5 millions sur deux exercices pour l'autre. Le directeur financier qui modélise le coût de l'equity du comité exécutif modélise aussi le sien. Le conseil a intérêt à rendre cette position lisible.
Le cas de C3.ai : un exercice, trois rémunérations, 66 millions de dollars
Le document de C3.ai pour l'exercice clos en avril 2026 réunit, dans un même tableau, trois configurations. Thomas Siebel, fondateur, présenté comme directeur général et président du conseil, déclare 24,3 millions de dollars, dont 23,0 millions d'actions et d'options, et un salaire qui tombe à zéro à sa demande le 1er février 2026. Hitesh Lath, directeur financier et directeur administratif, déclare 5,5 millions, contre 10,0 millions l'exercice précédent. Stephen Ehikian, dont l'offre est datée du 29 août 2025, déclare 36,2 millions, dont un salaire de 666 667 dollars, un bonus de 500 000 dollars, 20,0 millions d'actions et 15,0 millions d'options. Au total, 65,9 millions de dollars nominaux pour trois dirigeants.
Nous ne connaissons de cette situation que ce que le document en dit, et nous ne portons aucun jugement sur les personnes. Deux faits sont utiles à un conseil.
Le premier : les trois rémunérations ne relèvent pas de la même logique. Un fondateur qui se retire du fixe pour s'aligner sur le cours, un directeur financier dont l'attribution retombe après un exercice de rétention, un dirigeant dont l'arrivée est payée pour l'essentiel en actions. Comparer ces trois montants comme des niveaux de marché n'a pas de sens.
Le deuxième : ce que l'on ne sait pas. Aucune donnée publique fiable ne permet de refaire cet exercice pour la France ni pour l'Europe continentale. Nous n'avons pas retrouvé de documents comparables pour les premières sociétés françaises de SaaS de 2008 à 2015 ni pour les acteurs français de l'IA, et les grands laboratoires d'IA non cotés ne publient pas la rémunération de leurs dirigeants. Pour un fonds européen, cela signifie que le prix d'un dirigeant se construit sans comparaison publique, et qu'il faut savoir dire à son conseil ce que l'on ne mesure pas.
Les erreurs fréquentes
Comparer un exercice à un autre. L'equity arrive par à-coups. Le directeur financier de Palantir passe de 0,47 à 28,0 millions de dollars en deux ans, sans que son rôle ait été multiplié par soixante. Il faut regarder trois exercices au minimum.
Lire une valeur d'attribution comme un gain. Les documents précisent que les montants ne reflètent pas ce que le dirigeant encaisse. Le gain dépend du cours, plusieurs années plus tard.
Comparer en dollars courants. L'inflation américaine entre 2011 et 2025 représente environ 43 %. Un million de dollars de Salesforce en 2012 vaut environ 1,43 million aujourd'hui. Sans cette correction, on croit à une envolée qui n'existe pas.
Aligner un dirigeant sur le cours de l'action quand on attend de lui un cap de cinq ans. Une attribution massive à l'arrivée paie le risque du conseil, pas la performance du dirigeant. Elle ne dit rien de la durée que l'on attend de lui.
Payer un poste dont on n'a pas écrit la définition. Entre 878 000 dollars et 1,6 million, selon l'étude, le poste de dirigeant de l'IA n'a pas de prix parce qu'il n'a pas de périmètre. Le conseil doit écrire ce que ce dirigeant décide, pas seulement ce qu'il coûte.
Traiter les avantages personnels comme un détail. Sécurité, frais réglementaires, assurances : 7,5 millions de dollars pour un dirigeant de Palantir, 600 000 pour un autre chez C3.ai. La ligne est publiée, et le régulateur, les actionnaires et les salariés la lisent.
Comment évaluer un dirigeant de la tech et de l'IA pour ce cycle
Sait-il distinguer, sur sa propre rémunération, ce qui est attribué de ce qui est acquis, puis de ce qui est encaissé ? La réponse dit s'il a déjà porté un plan d'equity sur plusieurs années, ou seulement reçu une offre.
Qu'a-t-il demandé, et qu'a-t-il refusé, à son arrivée ? Un dirigeant qui a négocié un fixe plus bas contre une exposition plus forte à la valeur, ou l'inverse, sait ce qu'il veut signifier. Celui qui a tout accepté n'a peut-être pas mesuré ce qu'il engageait.
À quel horizon accepte-t-il que son equity soit acquise ? Une acquisition sur quatre ans, comme l'attribution de rétention chez ServiceNow en 2012, ne dit pas la même chose qu'une attribution sans horizon précis. Ce qu'il en dit révèle sa vision de la durée de sa mission.
Comment décrit-il les écarts de rémunération au sein de son comité exécutif ? Un dirigeant qui présente ces écarts comme une contrainte subie ne les maîtrise pas. Celui qui sait les expliquer par des choix de conseil sait les défendre.
A-t-il déjà décidé du périmètre d'un poste avant de discuter de son prix ? Sur un poste comme celui de dirigeant de l'IA, dont le prix varie presque du simple au double selon l'étude, la réponse distingue celui qui a écrit un mandat de celui qui a hérité d'un titre.
Questions fréquentes
Un directeur général d'IA est-il mieux payé qu'un directeur général de SaaS ?
Pas sur cet échantillon. En dollars constants 2025, le directeur général de Salesforce (exercice clos en janvier 2012) déclare 25,3 millions et celui de C3.ai (exercice clos en avril 2025) 26,0 millions, à 2,7 % d'écart. Celui de Palantir déclare 8,6 millions en 2025, sans attribution d'actions cette année-là. L'échantillon est de quatre sociétés cotées américaines, et il ne prouve rien en dehors d'elles.
Combien gagne un directeur financier d'une société d'IA cotée ?
Chez C3.ai, 10,0 millions de dollars sur l'exercice clos en avril 2025 puis 5,5 millions sur l'exercice suivant. Chez Palantir, 27,97 millions en 2025, contre 11,8 millions en 2024 et 0,47 million en 2023. Le salaire de base reste entre 397 500 et 500 000 dollars. Tout le reste est de l'equity, attribuée par à-coups.
Combien gagne un Chief AI Officer ?
Cela dépend de la définition du poste. Selon Equilar, la médiane du total est de 1,6 million de dollars pour la première fonction IA des entreprises qui la déclarent, avec un salaire médian de 439 375 dollars. Selon un compte rendu de presse de l'enquête Heidrick & Struggles, environ 878 000 dollars aux États-Unis. Les deux ne mesurent probablement pas la même population, et nous n'avons pas pu vérifier la seconde dans le rapport source.
Pourquoi convertir les montants en dollars constants ?
L'inflation américaine entre 2011 et 2025 représente environ 43 %. Sans conversion, 17,7 millions de dollars en 2012 paraissent très inférieurs à 25,5 millions en 2025. En dollars constants, ils valent 25,3 millions.
Combien sont payés les administrateurs d'une société tech cotée ?
Chez Salesforce, 666 303 à 723 803 dollars pour l'exercice clos en janvier 2012, soit environ un million de dollars constants, dont l'essentiel en actions. Chez C3.ai, 349 989 à 394 990 dollars pour l'exercice clos en avril 2026, en options seulement, sans cash. Deux sociétés ne font pas un marché, et la politique de C3.ai est atypique.
Existe-t-il des données publiques pour la France ?
Nous n'en avons pas trouvé de fiables, ni pour les premières sociétés françaises de SaaS de 2008 à 2015, ni pour les acteurs français de l'IA. Les principaux ne sont pas cotés et ne publient pas la rémunération de leurs dirigeants. Toute estimation serait une hypothèse, et cet article n'en formule aucune.
Ce qu'il faut retenir
En dollars constants, la rémunération d'un directeur général d'IA cotée (26,0 M$, C3.ai 2025) est à 2,7 % de celle d'un directeur général de logiciel de l'ère SaaS (25,3 M$, Salesforce 2012).
Le salaire de base est stable dans les deux périodes : un directeur financier entre 368 000 et 685 000 dollars constants, un directeur général autour d'un million.
L'equity représente 76 % à 100 % du total pour sept dirigeants sur huit, et elle arrive par à-coups : le directeur financier de Palantir passe de 0,47 à 28,0 millions de dollars en deux ans.
Le conseil de C3.ai est payé près de trois fois moins que celui de Salesforce en 2012, et en options seulement : environ 350 000 dollars contre environ un million constants.
Le poste de dirigeant de l'IA n'a pas de prix (1,6 million de dollars ou 878 000 selon l'étude) parce qu'il n'a pas de définition. Écrire le mandat précède la discussion du prix.
Le point de vue de Laroze Partners
La rémunération des dirigeants de l'IA fait l'objet de beaucoup de commentaires sur le niveau. Les documents publics montrent que le niveau n'est pas le sujet. Un directeur général de logiciel coté valait 25 millions de dollars en 2012, un directeur général d'IA cotée en vaut 26 millions en 2025, en dollars constants. Le fixe n'a pas bougé. Ce qui bouge, c'est le moment où le conseil décide d'attribuer, et la raison pour laquelle il le fait.
Un conseil qui verse 36 millions de dollars à l'arrivée d'un dirigeant, ou 28 millions à son directeur financier l'année où le directeur général ne reçoit rien, dit ce qu'il pense acheter avant de dire ce que vaut le marché : une arrivée, une rétention ou un résultat. Ces trois logiques n'appellent ni la même structure, ni le même horizon, ni les mêmes garde-fous. La difficulté n'est pas de trouver le montant. C'est de savoir, avant de chercher un dirigeant, ce que l'on attend de lui à cinq ans, et de le traduire dans une rémunération que l'on saura défendre devant son propre conseil. Le Laroze Pattern®, notre méthode de lecture stratégique des trajectoires, des comportements de leadership et des dynamiques de performance, sert précisément à distinguer, dans un parcours, ce qui prouve la capacité à tenir un cap de ce qui la laisse seulement supposer.
Les entreprises qui traverseront la décennie ne seront pas celles qui auront payé le plus. Ce seront celles dont le conseil aura su dire, avant de fixer un montant, ce qu'il achetait.
Sources
Salesforce, Definitive Proxy Statement (DEF 14A), 2012 · ServiceNow, Definitive Proxy Statement (DEF 14A), 2013 · Workday, Definitive Proxy Statement (DEF 14A), 18 avril 2014 · C3.ai, Definitive Proxy Statements (DEF 14A), 21 août 2025 et 28 août 2026 · Palantir Technologies, Definitive Proxy Statement (DEF 14A), 24 avril 2026 · Equilar, "Compensation for AI Executives Nears $2 Million", 11 septembre 2025 (2025 Top 50 Survey) · Heidrick & Struggles, 2025 Data, Analytics, and Artificial Intelligence Officers Compensation Survey, et AI Magazine · U.S. Bureau of Labor Statistics, CPI-U (série CPIAUCNS), via FRED, Federal Reserve Bank of St. Louis.
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