

57 % à l'export : le dirigeant d'une maison de champagne est désormais un dirigeant international
57 % à l'export : le dirigeant d'une maison de champagne est désormais un dirigeant international
57 % à l'export : le dirigeant d'une maison de champagne est désormais un dirigeant international
Partager
En bref. En 2025, l'export a représenté 57,1 % des expéditions de champagne en volume (près de 152 millions de bouteilles sur 266 millions), contre 35,8 % en 1990. Cette part n'a rien de conjoncturel : elle dépasse 57 % depuis 2022. Au premier semestre 2026, l'export progresse de 3,8 % pendant que la France recule de 3 %. Quatre marchés (États-Unis, Royaume-Uni, Japon, Allemagne) absorbent 47,4 % de l'export. Pour le dirigeant d'une maison, trois décisions se déplacent : où va chaque bouteille, avec quel distributeur, et qui, dans la direction, porte l'international. Chiffres arrêtés début octobre 2026.
Le 17 janvier 2026, le Comité Champagne a publié le bilan de 2025 : 266 millions de bouteilles expédiées, en léger retrait par rapport à 2024, dont près de 152 millions hors de France et environ 114 millions sur le marché français. Le calcul est simple : 57 % des bouteilles partent à l'étranger.
Ce chiffre n'est pas une nouveauté. L'export représentait 35,8 % des expéditions en 1990, 40,9 % en 2000, 42,1 % en 2010, et il dépasse 57 % depuis 2022. Ce qui est plus récent, c'est ce qui l'entoure. La France, qui absorbait 185 millions de bouteilles en 2010, en absorbe 114 millions en 2025, un niveau proche de celui de 1979 selon le Crédit Agricole du Nord Est. Et au premier semestre 2026, c'est l'export qui porte la hausse des expéditions.
Dans beaucoup de maisons, pourtant, l'international reste une fonction : un directeur export, un réseau d'importateurs. Quand plus de la moitié des bouteilles se vend hors de France, c'est un sujet de direction générale et de composition de l'équipe dirigeante. Le recrutement n'en est que la conséquence, lorsqu'une maison constate que sa direction ne porte pas le centre de gravité de son marché.
Les chiffres à connaître
Indicateur | Valeur | Source (média, date) |
|---|---|---|
Expéditions de champagne en 2025 | 266 millions de bouteilles, en léger retrait par rapport à 2024 | Comité Champagne, communiqué du 17 janvier 2026 |
Export en 2025 | Près de 152 millions de bouteilles, soit 57,1 % des expéditions (calcul) | Comité Champagne, 17 janvier 2026 |
Marché français en 2025 | Environ 114 millions de bouteilles, soit 42,9 % (calcul) | Comité Champagne, 17 janvier 2026 |
Part de l'export en 1990 et en 2010 | 35,8 % en 1990, 42,1 % en 2010 (calcul) | Union des Maisons de Champagne, tableau des expéditions d'après sources CIVC |
Part de l'export en 2022 | 57,5 % (187,5 millions de bouteilles sur 326 millions, calcul) | Comité Champagne, 18 janvier 2023, relayé par La Champagne Viticole |
Valeur de l'export en 2025 | 3,6 milliards d'euros pour 152 millions de bouteilles | Union des Maisons de Champagne, d'après CIVC, mars 2026 |
Quatre premiers marchés en 2025 | 72,1 millions de bouteilles, soit 47,4 % de l'export (calcul) | Union des Maisons de Champagne, d'après CIVC, mars 2026 |
Premier semestre 2026 | 107,1 millions de bouteilles (+1,2 %) ; France -3 % à 39,8 millions ; export +3,8 % à 67,2 millions | Comité Champagne, 22 juillet 2026 (total) ; La Champagne de Sophie Claeys, 16 juillet 2026, d'après le Comité (détail) |
Maisons, premier semestre 2026 | 80,4 millions de bouteilles (+2,7 %), dont un export en hausse de 4,7 % | La Champagne de Sophie Claeys, 16 juillet 2026, d'après le Comité |
Pourquoi ce sujet s'impose maintenant
Deux dates donnent à ce sujet son urgence. Le 17 janvier 2026, le Comité Champagne publie 266 millions de bouteilles pour 2025, contre 326 millions en 2022, soit un recul de 18 % en trois ans (calcul sur les chiffres du Comité). Le 22 juillet, il indique que les expéditions du premier semestre 2026 atteignent 107,1 millions de bouteilles, en hausse de 1,2 %, le marché français restant en retrait.
Trois lectures circulent, et aucune ne résiste aux chiffres.
« L'export a remplacé la France. » Entre 2022 et 2025, l'export a perdu 35,5 millions de bouteilles (de 187,5 à près de 152 millions, soit -18,9 %), la France 24,4 millions (de 138,4 à 114 millions, soit -17,6 %). Les deux ont reculé du même pas, et la part de l'export n'a pas bougé : 57,5 % en 2022, 57,1 % en 2025.
« Un bon semestre à l'export règle la question. » Les douze mois glissants à fin juin 2026 s'établissent à 267,4 millions de bouteilles, en recul de 1,3 % sur les douze mois précédents.
« L'export est l'affaire du directeur export. » C'est la lecture la plus répandue et la plus coûteuse. Allocation des volumes, relation avec les distributeurs, positionnement de prix, calendrier de lancement : ces décisions engagent toute la maison et se prennent là où se décident la stratégie et le financement.
Trente-cinq ans pour passer d'un tiers à plus de la moitié
Le tableau reprend les expéditions de champagne en France et à l'étranger à six dates. La part de l'export est passée de 35,8 % à 57,1 %, et c'est le marché français qui a perdu du terrain.
Année | France (millions de bouteilles) | Export (millions de bouteilles) | Part de l'export |
|---|---|---|---|
1990 | 152,3 | 84,8 | 35,8 % |
2000 | 149,6 | 103,6 | 40,9 % |
2010 | 185,1 | 134,5 | 42,1 % |
2020 | 113,3 | 130,8 | 53,6 % |
2022 | 138,4 | 187,5 | 57,5 % |
2025 | environ 114 | près de 152 | 57,1 % |
Sources : Union des Maisons de Champagne, tableau des expéditions d'après sources CIVC (1990 à 2020) ; Comité Champagne, communiqués du 18 janvier 2023 et du 17 janvier 2026 (2022 et 2025). Parts calculées par nos soins.
Le tableau dit quelque chose du métier. En 1990, le dirigeant d'une maison avait la France pour premier marché. En 2025, il dirige une maison dont la majorité des bouteilles part par des importateurs et des distributeurs, dans des pays où il ne vit pas, avec des règles de prix, de fiscalité et de calendrier qu'il ne maîtrise pas.
Cela ne rend pas la France secondaire. Le Comité la présente comme « une priorité absolue pour la filière », et son co-président Maxime Toubart comme « une vitrine pour notre appellation » qu'il faut renforcer. Le dirigeant tient donc ensemble un marché d'origine qui reste la vitrine et des marchés étrangers qui font le volume : cette tension définit le poste.
Quatre marchés, près de la moitié de l'export
Selon l'Union des Maisons de Champagne, qui reprend les chiffres du CIVC de mars 2026, quatre pays concentrent près de la moitié des bouteilles expédiées hors de France.
Marché | 2025 (millions de bouteilles) | Part de l'export (calcul) |
|---|---|---|
États-Unis | 26,46 | 17,4 % |
Royaume-Uni | 22,73 | 15,0 % |
Japon | 13,28 | 8,7 % |
Allemagne | 9,62 | 6,3 % |
Total des quatre marchés | 72,09 | 47,4 % |
Source : Union des Maisons de Champagne, « Exports 2025 », d'après CIVC, mars 2026. Parts calculées par nos soins sur 152 millions de bouteilles.
Les États-Unis sont le premier marché : le bureau américain du Comité Champagne a communiqué en avril 2026 plus de 26,4 millions de bouteilles pour 2025. En 2024, ils représentaient environ 10 % du volume et 14 % de la valeur des expéditions, selon Pleinchamp. Depuis le 7 août 2025, les vins et spiritueux français y entrent avec une taxe de 15 %, selon Réussir. Nous nous en tenons à ce fait : le reste relève de la négociation entre États, pas de la décision d'un dirigeant de maison.
Pour le dirigeant, la leçon est ailleurs : un marché qui pèse 17 % de l'export n'est pas un marché parmi d'autres, et le Royaume-Uni ou le Japon, à 15 % et 9 %, n'ont ni les mêmes distributeurs ni les mêmes cycles. La Champagne Viticole relève en mars 2026 que la concurrence s'intensifie au Royaume-Uni, notamment du fait d'une production locale plus dynamique. La concentration est un fait, et elle se pilote.
Au premier semestre 2026, l'export ne bouge pas partout dans le même sens : l'Union européenne progresse de 8,3 % à 20 millions de bouteilles, les pays tiers de 2 % à 47,2 millions. Le Comité ne publie pas, dans les sources que nous avons pu lire, de détail par pays pour 2026, et nous ne l'inventons pas.
Les maisons tirent le semestre
Le Comité distingue trois familles d'expéditeurs : les maisons, les coopératives et les vignerons. Le premier semestre 2026 les sépare nettement.
Catégorie | Premier semestre 2026 (millions de bouteilles) | Variation |
|---|---|---|
Maisons | 80,4 | +2,7 % (export des maisons : +4,7 %) |
Coopératives | 8,4 | -2,3 % |
Vignerons | 18,2 | -3,5 % |
Ensemble de l'appellation | 107,1 | +1,2 % |
Source : La Champagne de Sophie Claeys, 16 juillet 2026, d'après le Comité Champagne.
Les maisons expédient trois bouteilles sur quatre (75,1 %, calcul), et leur export progresse plus vite que celui de l'appellation (4,7 % contre 3,8 %). Ce sont donc elles, et leurs dirigeants, qui sont en première ligne de la reprise de l'export.
Une réserve de méthode : sur le premier semestre, l'export pèse 62,7 % des expéditions (67,2 sur 107,1, calcul), contre 57,1 % sur l'année 2025. Le Crédit Agricole du Nord Est rappelle que septembre à décembre concentre environ la moitié des volumes expédiés. Un ratio semestriel ne se compare donc pas à un ratio annuel.
Le même cycle ne frappe pas tous les acteurs de la même façon. Lanson-BCC a publié pour 2025 un chiffre d'affaires consolidé de 233,3 millions d'euros (-8,7 %), avec une France à -10,7 % et un export à -6,7 %. Chez ce groupe, l'export a mieux résisté que le marché français. Nous ne tirons pas de règle d'un seul exemple : nous notons que la répartition entre marchés est une variable qu'un dirigeant doit lire dans ses propres chiffres.
Décider où va chaque bouteille
Le Comité a fixé le rendement commercialisable de la vendange 2026 à 8 800 kg/ha, et la gouvernance de ce plafond fait l'objet d'un autre de nos articles. La conséquence commerciale nous intéresse ici : quand le volume disponible est contraint, une bouteille envoyée vers un marché n'est pas envoyée vers un autre. L'export cesse d'être un débouché à conquérir et devient un arbitrage d'allocation. Quatre arbitrages reviennent, et aucun ne se délègue entièrement.
Le marché. Où la maison veut-elle être plus présente dans trois ans, et au détriment de quel autre ? Un dirigeant qui répond « partout » n'a pas répondu.
Le distributeur. Sur la plupart des marchés lointains, la maison vend par un importateur ou un distributeur qui détient la relation commerciale. Le choisir, le garder ou en changer engage la marque pour des années.
Le prix. Le prix de sortie de cave devient un prix de rayon qui dépend de la fiscalité, du change et de la marge du distributeur. Le dirigeant doit en connaître la mécanique.
Le calendrier. Les pointes de vente, les lancements et la gestion du stock par marché se préparent des mois à l'avance, avec des équipes dans plusieurs fuseaux horaires.
Trois exemples publics, une même observation
Les nominations et opérations de 2026 donnent quelques exemples publics. Nous les rapportons sans commentaire sur les personnes ni sur les maisons.
Groupe EPI. Nicolas Beckers a pris le 10 mars 2026 la présidence du pôle Champagnes du groupe (Piper-Heidsieck, Charles Heidsieck, Rare Champagne), sous l'autorité de Christofer Descours, président du groupe. Son parcours, tel que la presse spécialisée le rapporte : conseil en stratégie, Carrefour à partir de 2003 (Asie, Europe de l'Est), Rémy Cointreau à partir de 2011, où il dirige la région Grande Chine depuis Shanghai avant de devenir, en 2022, président-directeur général de Rémy Cointreau Americas.
Telmont. Justin Meade, franco-américain, chez Telmont depuis 2020 où il était directeur exécutif, a été nommé directeur général le 6 juillet 2026. Il compte plus de quinze ans dans les vins et spiritueux, chez Dom Pérignon, Moët & Chandon puis Louis XIII. Il déclare : « En cinq ans, Telmont est devenue une maison reconnue à l'international. » La maison appartient depuis octobre 2020 à Rémy Cointreau, qui en a acquis une participation majoritaire.
Maison Pommery & Associés. Le groupe allemand Henkell et la maison ont négocié en exclusivité, du début de juin au 31 juillet 2026, une prise de participation majoritaire de Henkell. Les discussions se sont achevées sans accord à ce stade, les deux parties se disant ouvertes à les reprendre. Nous ne commentons pas cette opération. Nous la citons parce qu'elle montre ce que peut être l'actionnariat d'une maison de champagne : un groupe étranger de boissons effervescentes.
Dans ces trois cas, l'international figure dans le parcours du dirigeant ou dans l'actionnariat. Aucune source lue ne dit que ces choix ont été dictés par la part de l'export, et nous ne l'affirmons pas.
Ce que cela exige des fonctions de direction
Fonction | Ce qu'elle savait faire | Ce qu'on lui demande désormais |
|---|---|---|
Dirigeant de la maison | Porter la marque, tenir la relation avec les vignerons et les familles actionnaires | Arbitrer l'allocation des volumes entre marchés, représenter la maison auprès de distributeurs étrangers, tenir un actionnaire ou une maison mère qui peut être hors de France |
Directeur export | Animer un réseau d'importateurs et suivre les ventes | Piloter un portefeuille de marchés avec des objectifs de valeur et plus seulement de volume, et participer à la direction générale |
Directeur financier | Suivre la trésorerie d'un stock long et d'un cycle de vendange | Gérer le risque de change, la fiscalité par marché et les délais de paiement de distributeurs lointains |
Directeur de la marque | Construire une image cohérente en France | Tenir une image cohérente dans des marchés aux codes différents, sans la diluer ni la figer |
Directeur des approvisionnements et de la production | Sécuriser les raisins et gérer le stock | Relier la disponibilité réelle de bouteilles aux engagements pris sur chaque marché |
Le changement se concentre moins sur le directeur export que sur le dirigeant : le plafond d'offre, le stock et le prix des raisins sont des décisions de maison, la répartition entre marchés en découle, et la direction générale ne peut plus déléguer l'international comme à l'époque où l'export était un complément.
Le cas particulier des maisons détenues par un groupe ou un actionnaire étranger
Quand la maison appartient à un groupe de boissons, la question du centre de décision se pose autrement. Telmont appartient à Rémy Cointreau depuis 2020, Piper-Heidsieck et Charles Heidsieck au groupe EPI. Un groupe peut disposer de ses propres équipes de distribution : une partie de l'international est alors portée par l'actionnaire, une autre par la maison.
Trois questions deviennent des décisions de gouvernance. Qui décide des volumes alloués à chaque marché, la maison ou le groupe ? Qui détient la relation avec le distributeur local, et qu'advient-il de cette relation si la maison change de main ? Quelle place reste-t-il à l'identité de la maison dans un portefeuille de marques ? Pour une famille qui hésite à s'adosser à un groupe, ces questions précèdent le choix du dirigeant.
Les erreurs fréquentes
Confondre part de l'export et conquête. Une part de 57 % est un état, pas un objectif. L'offre étant plafonnée, l'enjeu est l'allocation, pas la conquête.
Tout confier au directeur export. Il ne peut pas arbitrer entre la France et l'étranger, ni entre deux marchés qui se disputent les mêmes bouteilles. Cette décision appartient au dirigeant.
Miser sur un seul marché. Quatre pays font 47,4 % de l'export et un seul, les États-Unis, 17,4 %. Une maison dont la croissance dépend d'un distributeur dans un de ces marchés a une politique commerciale, pas une stratégie.
Oublier la France. Le marché français est « une vitrine » et il porte encore 114 millions de bouteilles. L'abandonner, c'est perdre le public d'origine de la marque.
Recruter un profil international sans écrire le mandat. Un dirigeant formé à l'étranger ne remplace pas la relation avec les vignerons et la famille. Le mandat doit dire ce qui vient de l'extérieur et ce qui reste ancré.
Comment évaluer un dirigeant pour une maison tournée vers l'export
Quel marché a-t-il ouvert ou redressé, et au détriment de quoi ? Demandez le point de départ, le point d'arrivée et ce qu'il a renoncé à faire ailleurs. La réponse révèle sa capacité à arbitrer, pas seulement à croître.
Comment a-t-il tenu une relation de distribution lorsque les volumes étaient limités ? Il doit raconter une période d'allocation et ce que cela lui a coûté. Un candidat qui n'a connu que la croissance n'a pas été testé.
Que fait-il quand le marché d'origine recule ? Il doit expliquer comment il a défendu une base domestique tout en développant l'étranger.
Comment a-t-il travaillé avec un actionnaire ou une maison mère située à l'étranger ? La réponse dit s'il sait partager l'autorité, et si sa légitimité vient de ses résultats ou de sa proximité avec l'actionnaire.
Comment présente-t-il l'identité de la maison à un importateur et à un caviste de quartier ? Les deux récits doivent être cohérents sans être identiques. S'ils diffèrent sur le fond, la marque n'est pas tenue.
Questions fréquentes
Quelle part du champagne est exportée ?
En 2025, près de 152 millions de bouteilles sur 266 millions ont été expédiées hors de France, soit 57,1 % (Comité Champagne, 17 janvier 2026), contre 35,8 % en 1990 et 57,5 % en 2022. Au premier semestre 2026, la part atteint 62,7 % (calcul), un ratio semestriel qui ne se compare pas à un ratio annuel.
Quels sont les premiers marchés d'exportation du champagne ?
En 2025, les États-Unis (26,46 millions de bouteilles), le Royaume-Uni (22,73), le Japon (13,28) et l'Allemagne (9,62), selon l'Union des Maisons de Champagne d'après le CIVC. Ensemble, ils représentent 47,4 % de l'export.
L'export de champagne progresse-t-il en 2026 ?
Oui, au premier semestre : +3,8 % à 67,2 millions de bouteilles, l'Union européenne gagnant 8,3 % et les pays tiers 2 %, quand la France recule de 3 %. Sur douze mois glissants à fin juin, le total reste en recul de 1,3 %.
Combien vaut l'export de champagne ?
Selon l'Union des Maisons de Champagne, qui cite le CIVC de mars 2026, l'export a représenté 3,6 milliards d'euros en 2025 pour 152 millions de bouteilles.
Un dirigeant de maison de champagne doit-il avoir une expérience internationale ?
Cela dépend du mandat et de l'actionnariat. Dans les cas publics de 2026 (Groupe EPI, Telmont), le parcours du dirigeant comporte une expérience de marchés lointains ou d'un groupe international. Ce n'est pas une règle : une maison peut choisir un parcours plus local, à condition que quelqu'un, dans la direction, tienne l'international.
Comment recruter un directeur général ou un directeur export pour une maison de champagne ?
Passer par un cabinet n'est pas obligatoire, mais la recherche concerne des dirigeants en poste, dont l'approche exige de la discrétion. On commence par écrire le mandat : quels marchés, quelle place pour la France, quel rôle pour la famille ou le groupe. Un cabinet d'executive search qui connaît le luxe, les vins et spiritueux mène cette approche de façon confidentielle.
Ce qu'il faut retenir
57,1 % des bouteilles de champagne sont parties hors de France en 2025, contre 35,8 % en 1990, et cette part dépasse 57 % depuis 2022.
Entre 2022 et 2025, la France et l'export ont reculé de 18 % environ chacun : l'export n'a pas remplacé la France, il s'est installé.
Quatre marchés font 47,4 % de l'export, et les États-Unis seuls 17,4 % : la concentration se pilote.
Au premier semestre 2026, l'export progresse de 3,8 % et les maisons de 4,7 % à l'export, alors que la France recule de 3 %.
L'international n'est plus une fonction, c'est une décision de direction générale : allocation des volumes, distributeurs, prix, calendrier.
Le point de vue de Laroze Partners
Une maison de champagne qui exporte 57 % de ses bouteilles ne peut plus traiter l'international comme un complément de la France. C'est une question de décision : où va chaque bouteille quand l'offre est limitée, avec quel partenaire, et qui, dans la direction, répond de ce choix. Les maisons qui l'ont compris ont fait entrer l'international au comité de direction. Les autres le découvrent quand un distributeur change ou quand un actionnaire arrive.
Nous accompagnons des familles actionnaires, des groupes et des fonds sur ces choix dans les vins, les spiritueux et le luxe. Notre travail commence avant la recherche d'un dirigeant, par l'écriture du mandat : ce qui vient de l'extérieur, ce qui reste ancré dans la maison, la place que l'actionnaire entend tenir. Nous ne portons aucun jugement sur les maisons citées, que nous ne connaissons pas de l'intérieur : nous lisons ce qu'elles ont rendu public.
Le Laroze Pattern®, notre méthode de lecture stratégique des trajectoires, des comportements de leadership et des dynamiques de performance, permet de distinguer, dans le parcours d'un dirigeant, ce qui prouve qu'il a déjà arbitré entre des marchés de ce qui laisse seulement le supposer. Une maison de champagne tournée vers l'étranger a besoin d'un dirigeant qui garde sa maison à Épernay et sa lecture des marchés partout ailleurs.
Sources
Comité Champagne, bilan des expéditions 2025, 17 janvier 2026, et communiqué du 22 juillet 2026 · Union des Maisons de Champagne, « Exports 2025 » (d'après CIVC, mars 2026) et tableau des expéditions 1844 à 2020 · La Champagne Viticole, 18 janvier 2023 et 3 mars 2026 · La Champagne de Sophie Claeys, 16 juillet 2026 (expéditions), 6 juillet 2026 (Telmont), Groupe EPI · Wine Industry Advisor, 7 avril 2026 (États-Unis) · Pleinchamp, 22 janvier et 8 octobre 2026 · Réussir, 30 septembre 2025 · Rayon Boissons, 30 janvier 2026 (Lanson-BCC) · Shanken News Daily, 29 janvier 2026 (Beckers) · ESM Magazine, octobre 2020 (Telmont) · AFP via Boursorama, 6 août 2026 (Pommery et Henkell).
En bref. En 2025, l'export a représenté 57,1 % des expéditions de champagne en volume (près de 152 millions de bouteilles sur 266 millions), contre 35,8 % en 1990. Cette part n'a rien de conjoncturel : elle dépasse 57 % depuis 2022. Au premier semestre 2026, l'export progresse de 3,8 % pendant que la France recule de 3 %. Quatre marchés (États-Unis, Royaume-Uni, Japon, Allemagne) absorbent 47,4 % de l'export. Pour le dirigeant d'une maison, trois décisions se déplacent : où va chaque bouteille, avec quel distributeur, et qui, dans la direction, porte l'international. Chiffres arrêtés début octobre 2026.
Le 17 janvier 2026, le Comité Champagne a publié le bilan de 2025 : 266 millions de bouteilles expédiées, en léger retrait par rapport à 2024, dont près de 152 millions hors de France et environ 114 millions sur le marché français. Le calcul est simple : 57 % des bouteilles partent à l'étranger.
Ce chiffre n'est pas une nouveauté. L'export représentait 35,8 % des expéditions en 1990, 40,9 % en 2000, 42,1 % en 2010, et il dépasse 57 % depuis 2022. Ce qui est plus récent, c'est ce qui l'entoure. La France, qui absorbait 185 millions de bouteilles en 2010, en absorbe 114 millions en 2025, un niveau proche de celui de 1979 selon le Crédit Agricole du Nord Est. Et au premier semestre 2026, c'est l'export qui porte la hausse des expéditions.
Dans beaucoup de maisons, pourtant, l'international reste une fonction : un directeur export, un réseau d'importateurs. Quand plus de la moitié des bouteilles se vend hors de France, c'est un sujet de direction générale et de composition de l'équipe dirigeante. Le recrutement n'en est que la conséquence, lorsqu'une maison constate que sa direction ne porte pas le centre de gravité de son marché.
Les chiffres à connaître
Indicateur | Valeur | Source (média, date) |
|---|---|---|
Expéditions de champagne en 2025 | 266 millions de bouteilles, en léger retrait par rapport à 2024 | Comité Champagne, communiqué du 17 janvier 2026 |
Export en 2025 | Près de 152 millions de bouteilles, soit 57,1 % des expéditions (calcul) | Comité Champagne, 17 janvier 2026 |
Marché français en 2025 | Environ 114 millions de bouteilles, soit 42,9 % (calcul) | Comité Champagne, 17 janvier 2026 |
Part de l'export en 1990 et en 2010 | 35,8 % en 1990, 42,1 % en 2010 (calcul) | Union des Maisons de Champagne, tableau des expéditions d'après sources CIVC |
Part de l'export en 2022 | 57,5 % (187,5 millions de bouteilles sur 326 millions, calcul) | Comité Champagne, 18 janvier 2023, relayé par La Champagne Viticole |
Valeur de l'export en 2025 | 3,6 milliards d'euros pour 152 millions de bouteilles | Union des Maisons de Champagne, d'après CIVC, mars 2026 |
Quatre premiers marchés en 2025 | 72,1 millions de bouteilles, soit 47,4 % de l'export (calcul) | Union des Maisons de Champagne, d'après CIVC, mars 2026 |
Premier semestre 2026 | 107,1 millions de bouteilles (+1,2 %) ; France -3 % à 39,8 millions ; export +3,8 % à 67,2 millions | Comité Champagne, 22 juillet 2026 (total) ; La Champagne de Sophie Claeys, 16 juillet 2026, d'après le Comité (détail) |
Maisons, premier semestre 2026 | 80,4 millions de bouteilles (+2,7 %), dont un export en hausse de 4,7 % | La Champagne de Sophie Claeys, 16 juillet 2026, d'après le Comité |
Pourquoi ce sujet s'impose maintenant
Deux dates donnent à ce sujet son urgence. Le 17 janvier 2026, le Comité Champagne publie 266 millions de bouteilles pour 2025, contre 326 millions en 2022, soit un recul de 18 % en trois ans (calcul sur les chiffres du Comité). Le 22 juillet, il indique que les expéditions du premier semestre 2026 atteignent 107,1 millions de bouteilles, en hausse de 1,2 %, le marché français restant en retrait.
Trois lectures circulent, et aucune ne résiste aux chiffres.
« L'export a remplacé la France. » Entre 2022 et 2025, l'export a perdu 35,5 millions de bouteilles (de 187,5 à près de 152 millions, soit -18,9 %), la France 24,4 millions (de 138,4 à 114 millions, soit -17,6 %). Les deux ont reculé du même pas, et la part de l'export n'a pas bougé : 57,5 % en 2022, 57,1 % en 2025.
« Un bon semestre à l'export règle la question. » Les douze mois glissants à fin juin 2026 s'établissent à 267,4 millions de bouteilles, en recul de 1,3 % sur les douze mois précédents.
« L'export est l'affaire du directeur export. » C'est la lecture la plus répandue et la plus coûteuse. Allocation des volumes, relation avec les distributeurs, positionnement de prix, calendrier de lancement : ces décisions engagent toute la maison et se prennent là où se décident la stratégie et le financement.
Trente-cinq ans pour passer d'un tiers à plus de la moitié
Le tableau reprend les expéditions de champagne en France et à l'étranger à six dates. La part de l'export est passée de 35,8 % à 57,1 %, et c'est le marché français qui a perdu du terrain.
Année | France (millions de bouteilles) | Export (millions de bouteilles) | Part de l'export |
|---|---|---|---|
1990 | 152,3 | 84,8 | 35,8 % |
2000 | 149,6 | 103,6 | 40,9 % |
2010 | 185,1 | 134,5 | 42,1 % |
2020 | 113,3 | 130,8 | 53,6 % |
2022 | 138,4 | 187,5 | 57,5 % |
2025 | environ 114 | près de 152 | 57,1 % |
Sources : Union des Maisons de Champagne, tableau des expéditions d'après sources CIVC (1990 à 2020) ; Comité Champagne, communiqués du 18 janvier 2023 et du 17 janvier 2026 (2022 et 2025). Parts calculées par nos soins.
Le tableau dit quelque chose du métier. En 1990, le dirigeant d'une maison avait la France pour premier marché. En 2025, il dirige une maison dont la majorité des bouteilles part par des importateurs et des distributeurs, dans des pays où il ne vit pas, avec des règles de prix, de fiscalité et de calendrier qu'il ne maîtrise pas.
Cela ne rend pas la France secondaire. Le Comité la présente comme « une priorité absolue pour la filière », et son co-président Maxime Toubart comme « une vitrine pour notre appellation » qu'il faut renforcer. Le dirigeant tient donc ensemble un marché d'origine qui reste la vitrine et des marchés étrangers qui font le volume : cette tension définit le poste.
Quatre marchés, près de la moitié de l'export
Selon l'Union des Maisons de Champagne, qui reprend les chiffres du CIVC de mars 2026, quatre pays concentrent près de la moitié des bouteilles expédiées hors de France.
Marché | 2025 (millions de bouteilles) | Part de l'export (calcul) |
|---|---|---|
États-Unis | 26,46 | 17,4 % |
Royaume-Uni | 22,73 | 15,0 % |
Japon | 13,28 | 8,7 % |
Allemagne | 9,62 | 6,3 % |
Total des quatre marchés | 72,09 | 47,4 % |
Source : Union des Maisons de Champagne, « Exports 2025 », d'après CIVC, mars 2026. Parts calculées par nos soins sur 152 millions de bouteilles.
Les États-Unis sont le premier marché : le bureau américain du Comité Champagne a communiqué en avril 2026 plus de 26,4 millions de bouteilles pour 2025. En 2024, ils représentaient environ 10 % du volume et 14 % de la valeur des expéditions, selon Pleinchamp. Depuis le 7 août 2025, les vins et spiritueux français y entrent avec une taxe de 15 %, selon Réussir. Nous nous en tenons à ce fait : le reste relève de la négociation entre États, pas de la décision d'un dirigeant de maison.
Pour le dirigeant, la leçon est ailleurs : un marché qui pèse 17 % de l'export n'est pas un marché parmi d'autres, et le Royaume-Uni ou le Japon, à 15 % et 9 %, n'ont ni les mêmes distributeurs ni les mêmes cycles. La Champagne Viticole relève en mars 2026 que la concurrence s'intensifie au Royaume-Uni, notamment du fait d'une production locale plus dynamique. La concentration est un fait, et elle se pilote.
Au premier semestre 2026, l'export ne bouge pas partout dans le même sens : l'Union européenne progresse de 8,3 % à 20 millions de bouteilles, les pays tiers de 2 % à 47,2 millions. Le Comité ne publie pas, dans les sources que nous avons pu lire, de détail par pays pour 2026, et nous ne l'inventons pas.
Les maisons tirent le semestre
Le Comité distingue trois familles d'expéditeurs : les maisons, les coopératives et les vignerons. Le premier semestre 2026 les sépare nettement.
Catégorie | Premier semestre 2026 (millions de bouteilles) | Variation |
|---|---|---|
Maisons | 80,4 | +2,7 % (export des maisons : +4,7 %) |
Coopératives | 8,4 | -2,3 % |
Vignerons | 18,2 | -3,5 % |
Ensemble de l'appellation | 107,1 | +1,2 % |
Source : La Champagne de Sophie Claeys, 16 juillet 2026, d'après le Comité Champagne.
Les maisons expédient trois bouteilles sur quatre (75,1 %, calcul), et leur export progresse plus vite que celui de l'appellation (4,7 % contre 3,8 %). Ce sont donc elles, et leurs dirigeants, qui sont en première ligne de la reprise de l'export.
Une réserve de méthode : sur le premier semestre, l'export pèse 62,7 % des expéditions (67,2 sur 107,1, calcul), contre 57,1 % sur l'année 2025. Le Crédit Agricole du Nord Est rappelle que septembre à décembre concentre environ la moitié des volumes expédiés. Un ratio semestriel ne se compare donc pas à un ratio annuel.
Le même cycle ne frappe pas tous les acteurs de la même façon. Lanson-BCC a publié pour 2025 un chiffre d'affaires consolidé de 233,3 millions d'euros (-8,7 %), avec une France à -10,7 % et un export à -6,7 %. Chez ce groupe, l'export a mieux résisté que le marché français. Nous ne tirons pas de règle d'un seul exemple : nous notons que la répartition entre marchés est une variable qu'un dirigeant doit lire dans ses propres chiffres.
Décider où va chaque bouteille
Le Comité a fixé le rendement commercialisable de la vendange 2026 à 8 800 kg/ha, et la gouvernance de ce plafond fait l'objet d'un autre de nos articles. La conséquence commerciale nous intéresse ici : quand le volume disponible est contraint, une bouteille envoyée vers un marché n'est pas envoyée vers un autre. L'export cesse d'être un débouché à conquérir et devient un arbitrage d'allocation. Quatre arbitrages reviennent, et aucun ne se délègue entièrement.
Le marché. Où la maison veut-elle être plus présente dans trois ans, et au détriment de quel autre ? Un dirigeant qui répond « partout » n'a pas répondu.
Le distributeur. Sur la plupart des marchés lointains, la maison vend par un importateur ou un distributeur qui détient la relation commerciale. Le choisir, le garder ou en changer engage la marque pour des années.
Le prix. Le prix de sortie de cave devient un prix de rayon qui dépend de la fiscalité, du change et de la marge du distributeur. Le dirigeant doit en connaître la mécanique.
Le calendrier. Les pointes de vente, les lancements et la gestion du stock par marché se préparent des mois à l'avance, avec des équipes dans plusieurs fuseaux horaires.
Trois exemples publics, une même observation
Les nominations et opérations de 2026 donnent quelques exemples publics. Nous les rapportons sans commentaire sur les personnes ni sur les maisons.
Groupe EPI. Nicolas Beckers a pris le 10 mars 2026 la présidence du pôle Champagnes du groupe (Piper-Heidsieck, Charles Heidsieck, Rare Champagne), sous l'autorité de Christofer Descours, président du groupe. Son parcours, tel que la presse spécialisée le rapporte : conseil en stratégie, Carrefour à partir de 2003 (Asie, Europe de l'Est), Rémy Cointreau à partir de 2011, où il dirige la région Grande Chine depuis Shanghai avant de devenir, en 2022, président-directeur général de Rémy Cointreau Americas.
Telmont. Justin Meade, franco-américain, chez Telmont depuis 2020 où il était directeur exécutif, a été nommé directeur général le 6 juillet 2026. Il compte plus de quinze ans dans les vins et spiritueux, chez Dom Pérignon, Moët & Chandon puis Louis XIII. Il déclare : « En cinq ans, Telmont est devenue une maison reconnue à l'international. » La maison appartient depuis octobre 2020 à Rémy Cointreau, qui en a acquis une participation majoritaire.
Maison Pommery & Associés. Le groupe allemand Henkell et la maison ont négocié en exclusivité, du début de juin au 31 juillet 2026, une prise de participation majoritaire de Henkell. Les discussions se sont achevées sans accord à ce stade, les deux parties se disant ouvertes à les reprendre. Nous ne commentons pas cette opération. Nous la citons parce qu'elle montre ce que peut être l'actionnariat d'une maison de champagne : un groupe étranger de boissons effervescentes.
Dans ces trois cas, l'international figure dans le parcours du dirigeant ou dans l'actionnariat. Aucune source lue ne dit que ces choix ont été dictés par la part de l'export, et nous ne l'affirmons pas.
Ce que cela exige des fonctions de direction
Fonction | Ce qu'elle savait faire | Ce qu'on lui demande désormais |
|---|---|---|
Dirigeant de la maison | Porter la marque, tenir la relation avec les vignerons et les familles actionnaires | Arbitrer l'allocation des volumes entre marchés, représenter la maison auprès de distributeurs étrangers, tenir un actionnaire ou une maison mère qui peut être hors de France |
Directeur export | Animer un réseau d'importateurs et suivre les ventes | Piloter un portefeuille de marchés avec des objectifs de valeur et plus seulement de volume, et participer à la direction générale |
Directeur financier | Suivre la trésorerie d'un stock long et d'un cycle de vendange | Gérer le risque de change, la fiscalité par marché et les délais de paiement de distributeurs lointains |
Directeur de la marque | Construire une image cohérente en France | Tenir une image cohérente dans des marchés aux codes différents, sans la diluer ni la figer |
Directeur des approvisionnements et de la production | Sécuriser les raisins et gérer le stock | Relier la disponibilité réelle de bouteilles aux engagements pris sur chaque marché |
Le changement se concentre moins sur le directeur export que sur le dirigeant : le plafond d'offre, le stock et le prix des raisins sont des décisions de maison, la répartition entre marchés en découle, et la direction générale ne peut plus déléguer l'international comme à l'époque où l'export était un complément.
Le cas particulier des maisons détenues par un groupe ou un actionnaire étranger
Quand la maison appartient à un groupe de boissons, la question du centre de décision se pose autrement. Telmont appartient à Rémy Cointreau depuis 2020, Piper-Heidsieck et Charles Heidsieck au groupe EPI. Un groupe peut disposer de ses propres équipes de distribution : une partie de l'international est alors portée par l'actionnaire, une autre par la maison.
Trois questions deviennent des décisions de gouvernance. Qui décide des volumes alloués à chaque marché, la maison ou le groupe ? Qui détient la relation avec le distributeur local, et qu'advient-il de cette relation si la maison change de main ? Quelle place reste-t-il à l'identité de la maison dans un portefeuille de marques ? Pour une famille qui hésite à s'adosser à un groupe, ces questions précèdent le choix du dirigeant.
Les erreurs fréquentes
Confondre part de l'export et conquête. Une part de 57 % est un état, pas un objectif. L'offre étant plafonnée, l'enjeu est l'allocation, pas la conquête.
Tout confier au directeur export. Il ne peut pas arbitrer entre la France et l'étranger, ni entre deux marchés qui se disputent les mêmes bouteilles. Cette décision appartient au dirigeant.
Miser sur un seul marché. Quatre pays font 47,4 % de l'export et un seul, les États-Unis, 17,4 %. Une maison dont la croissance dépend d'un distributeur dans un de ces marchés a une politique commerciale, pas une stratégie.
Oublier la France. Le marché français est « une vitrine » et il porte encore 114 millions de bouteilles. L'abandonner, c'est perdre le public d'origine de la marque.
Recruter un profil international sans écrire le mandat. Un dirigeant formé à l'étranger ne remplace pas la relation avec les vignerons et la famille. Le mandat doit dire ce qui vient de l'extérieur et ce qui reste ancré.
Comment évaluer un dirigeant pour une maison tournée vers l'export
Quel marché a-t-il ouvert ou redressé, et au détriment de quoi ? Demandez le point de départ, le point d'arrivée et ce qu'il a renoncé à faire ailleurs. La réponse révèle sa capacité à arbitrer, pas seulement à croître.
Comment a-t-il tenu une relation de distribution lorsque les volumes étaient limités ? Il doit raconter une période d'allocation et ce que cela lui a coûté. Un candidat qui n'a connu que la croissance n'a pas été testé.
Que fait-il quand le marché d'origine recule ? Il doit expliquer comment il a défendu une base domestique tout en développant l'étranger.
Comment a-t-il travaillé avec un actionnaire ou une maison mère située à l'étranger ? La réponse dit s'il sait partager l'autorité, et si sa légitimité vient de ses résultats ou de sa proximité avec l'actionnaire.
Comment présente-t-il l'identité de la maison à un importateur et à un caviste de quartier ? Les deux récits doivent être cohérents sans être identiques. S'ils diffèrent sur le fond, la marque n'est pas tenue.
Questions fréquentes
Quelle part du champagne est exportée ?
En 2025, près de 152 millions de bouteilles sur 266 millions ont été expédiées hors de France, soit 57,1 % (Comité Champagne, 17 janvier 2026), contre 35,8 % en 1990 et 57,5 % en 2022. Au premier semestre 2026, la part atteint 62,7 % (calcul), un ratio semestriel qui ne se compare pas à un ratio annuel.
Quels sont les premiers marchés d'exportation du champagne ?
En 2025, les États-Unis (26,46 millions de bouteilles), le Royaume-Uni (22,73), le Japon (13,28) et l'Allemagne (9,62), selon l'Union des Maisons de Champagne d'après le CIVC. Ensemble, ils représentent 47,4 % de l'export.
L'export de champagne progresse-t-il en 2026 ?
Oui, au premier semestre : +3,8 % à 67,2 millions de bouteilles, l'Union européenne gagnant 8,3 % et les pays tiers 2 %, quand la France recule de 3 %. Sur douze mois glissants à fin juin, le total reste en recul de 1,3 %.
Combien vaut l'export de champagne ?
Selon l'Union des Maisons de Champagne, qui cite le CIVC de mars 2026, l'export a représenté 3,6 milliards d'euros en 2025 pour 152 millions de bouteilles.
Un dirigeant de maison de champagne doit-il avoir une expérience internationale ?
Cela dépend du mandat et de l'actionnariat. Dans les cas publics de 2026 (Groupe EPI, Telmont), le parcours du dirigeant comporte une expérience de marchés lointains ou d'un groupe international. Ce n'est pas une règle : une maison peut choisir un parcours plus local, à condition que quelqu'un, dans la direction, tienne l'international.
Comment recruter un directeur général ou un directeur export pour une maison de champagne ?
Passer par un cabinet n'est pas obligatoire, mais la recherche concerne des dirigeants en poste, dont l'approche exige de la discrétion. On commence par écrire le mandat : quels marchés, quelle place pour la France, quel rôle pour la famille ou le groupe. Un cabinet d'executive search qui connaît le luxe, les vins et spiritueux mène cette approche de façon confidentielle.
Ce qu'il faut retenir
57,1 % des bouteilles de champagne sont parties hors de France en 2025, contre 35,8 % en 1990, et cette part dépasse 57 % depuis 2022.
Entre 2022 et 2025, la France et l'export ont reculé de 18 % environ chacun : l'export n'a pas remplacé la France, il s'est installé.
Quatre marchés font 47,4 % de l'export, et les États-Unis seuls 17,4 % : la concentration se pilote.
Au premier semestre 2026, l'export progresse de 3,8 % et les maisons de 4,7 % à l'export, alors que la France recule de 3 %.
L'international n'est plus une fonction, c'est une décision de direction générale : allocation des volumes, distributeurs, prix, calendrier.
Le point de vue de Laroze Partners
Une maison de champagne qui exporte 57 % de ses bouteilles ne peut plus traiter l'international comme un complément de la France. C'est une question de décision : où va chaque bouteille quand l'offre est limitée, avec quel partenaire, et qui, dans la direction, répond de ce choix. Les maisons qui l'ont compris ont fait entrer l'international au comité de direction. Les autres le découvrent quand un distributeur change ou quand un actionnaire arrive.
Nous accompagnons des familles actionnaires, des groupes et des fonds sur ces choix dans les vins, les spiritueux et le luxe. Notre travail commence avant la recherche d'un dirigeant, par l'écriture du mandat : ce qui vient de l'extérieur, ce qui reste ancré dans la maison, la place que l'actionnaire entend tenir. Nous ne portons aucun jugement sur les maisons citées, que nous ne connaissons pas de l'intérieur : nous lisons ce qu'elles ont rendu public.
Le Laroze Pattern®, notre méthode de lecture stratégique des trajectoires, des comportements de leadership et des dynamiques de performance, permet de distinguer, dans le parcours d'un dirigeant, ce qui prouve qu'il a déjà arbitré entre des marchés de ce qui laisse seulement le supposer. Une maison de champagne tournée vers l'étranger a besoin d'un dirigeant qui garde sa maison à Épernay et sa lecture des marchés partout ailleurs.
Sources
Comité Champagne, bilan des expéditions 2025, 17 janvier 2026, et communiqué du 22 juillet 2026 · Union des Maisons de Champagne, « Exports 2025 » (d'après CIVC, mars 2026) et tableau des expéditions 1844 à 2020 · La Champagne Viticole, 18 janvier 2023 et 3 mars 2026 · La Champagne de Sophie Claeys, 16 juillet 2026 (expéditions), 6 juillet 2026 (Telmont), Groupe EPI · Wine Industry Advisor, 7 avril 2026 (États-Unis) · Pleinchamp, 22 janvier et 8 octobre 2026 · Réussir, 30 septembre 2025 · Rayon Boissons, 30 janvier 2026 (Lanson-BCC) · Shanken News Daily, 29 janvier 2026 (Beckers) · ESM Magazine, octobre 2020 (Telmont) · AFP via Boursorama, 6 août 2026 (Pommery et Henkell).
En bref. En 2025, l'export a représenté 57,1 % des expéditions de champagne en volume (près de 152 millions de bouteilles sur 266 millions), contre 35,8 % en 1990. Cette part n'a rien de conjoncturel : elle dépasse 57 % depuis 2022. Au premier semestre 2026, l'export progresse de 3,8 % pendant que la France recule de 3 %. Quatre marchés (États-Unis, Royaume-Uni, Japon, Allemagne) absorbent 47,4 % de l'export. Pour le dirigeant d'une maison, trois décisions se déplacent : où va chaque bouteille, avec quel distributeur, et qui, dans la direction, porte l'international. Chiffres arrêtés début octobre 2026.
Le 17 janvier 2026, le Comité Champagne a publié le bilan de 2025 : 266 millions de bouteilles expédiées, en léger retrait par rapport à 2024, dont près de 152 millions hors de France et environ 114 millions sur le marché français. Le calcul est simple : 57 % des bouteilles partent à l'étranger.
Ce chiffre n'est pas une nouveauté. L'export représentait 35,8 % des expéditions en 1990, 40,9 % en 2000, 42,1 % en 2010, et il dépasse 57 % depuis 2022. Ce qui est plus récent, c'est ce qui l'entoure. La France, qui absorbait 185 millions de bouteilles en 2010, en absorbe 114 millions en 2025, un niveau proche de celui de 1979 selon le Crédit Agricole du Nord Est. Et au premier semestre 2026, c'est l'export qui porte la hausse des expéditions.
Dans beaucoup de maisons, pourtant, l'international reste une fonction : un directeur export, un réseau d'importateurs. Quand plus de la moitié des bouteilles se vend hors de France, c'est un sujet de direction générale et de composition de l'équipe dirigeante. Le recrutement n'en est que la conséquence, lorsqu'une maison constate que sa direction ne porte pas le centre de gravité de son marché.
Les chiffres à connaître
Indicateur | Valeur | Source (média, date) |
|---|---|---|
Expéditions de champagne en 2025 | 266 millions de bouteilles, en léger retrait par rapport à 2024 | Comité Champagne, communiqué du 17 janvier 2026 |
Export en 2025 | Près de 152 millions de bouteilles, soit 57,1 % des expéditions (calcul) | Comité Champagne, 17 janvier 2026 |
Marché français en 2025 | Environ 114 millions de bouteilles, soit 42,9 % (calcul) | Comité Champagne, 17 janvier 2026 |
Part de l'export en 1990 et en 2010 | 35,8 % en 1990, 42,1 % en 2010 (calcul) | Union des Maisons de Champagne, tableau des expéditions d'après sources CIVC |
Part de l'export en 2022 | 57,5 % (187,5 millions de bouteilles sur 326 millions, calcul) | Comité Champagne, 18 janvier 2023, relayé par La Champagne Viticole |
Valeur de l'export en 2025 | 3,6 milliards d'euros pour 152 millions de bouteilles | Union des Maisons de Champagne, d'après CIVC, mars 2026 |
Quatre premiers marchés en 2025 | 72,1 millions de bouteilles, soit 47,4 % de l'export (calcul) | Union des Maisons de Champagne, d'après CIVC, mars 2026 |
Premier semestre 2026 | 107,1 millions de bouteilles (+1,2 %) ; France -3 % à 39,8 millions ; export +3,8 % à 67,2 millions | Comité Champagne, 22 juillet 2026 (total) ; La Champagne de Sophie Claeys, 16 juillet 2026, d'après le Comité (détail) |
Maisons, premier semestre 2026 | 80,4 millions de bouteilles (+2,7 %), dont un export en hausse de 4,7 % | La Champagne de Sophie Claeys, 16 juillet 2026, d'après le Comité |
Pourquoi ce sujet s'impose maintenant
Deux dates donnent à ce sujet son urgence. Le 17 janvier 2026, le Comité Champagne publie 266 millions de bouteilles pour 2025, contre 326 millions en 2022, soit un recul de 18 % en trois ans (calcul sur les chiffres du Comité). Le 22 juillet, il indique que les expéditions du premier semestre 2026 atteignent 107,1 millions de bouteilles, en hausse de 1,2 %, le marché français restant en retrait.
Trois lectures circulent, et aucune ne résiste aux chiffres.
« L'export a remplacé la France. » Entre 2022 et 2025, l'export a perdu 35,5 millions de bouteilles (de 187,5 à près de 152 millions, soit -18,9 %), la France 24,4 millions (de 138,4 à 114 millions, soit -17,6 %). Les deux ont reculé du même pas, et la part de l'export n'a pas bougé : 57,5 % en 2022, 57,1 % en 2025.
« Un bon semestre à l'export règle la question. » Les douze mois glissants à fin juin 2026 s'établissent à 267,4 millions de bouteilles, en recul de 1,3 % sur les douze mois précédents.
« L'export est l'affaire du directeur export. » C'est la lecture la plus répandue et la plus coûteuse. Allocation des volumes, relation avec les distributeurs, positionnement de prix, calendrier de lancement : ces décisions engagent toute la maison et se prennent là où se décident la stratégie et le financement.
Trente-cinq ans pour passer d'un tiers à plus de la moitié
Le tableau reprend les expéditions de champagne en France et à l'étranger à six dates. La part de l'export est passée de 35,8 % à 57,1 %, et c'est le marché français qui a perdu du terrain.
Année | France (millions de bouteilles) | Export (millions de bouteilles) | Part de l'export |
|---|---|---|---|
1990 | 152,3 | 84,8 | 35,8 % |
2000 | 149,6 | 103,6 | 40,9 % |
2010 | 185,1 | 134,5 | 42,1 % |
2020 | 113,3 | 130,8 | 53,6 % |
2022 | 138,4 | 187,5 | 57,5 % |
2025 | environ 114 | près de 152 | 57,1 % |
Sources : Union des Maisons de Champagne, tableau des expéditions d'après sources CIVC (1990 à 2020) ; Comité Champagne, communiqués du 18 janvier 2023 et du 17 janvier 2026 (2022 et 2025). Parts calculées par nos soins.
Le tableau dit quelque chose du métier. En 1990, le dirigeant d'une maison avait la France pour premier marché. En 2025, il dirige une maison dont la majorité des bouteilles part par des importateurs et des distributeurs, dans des pays où il ne vit pas, avec des règles de prix, de fiscalité et de calendrier qu'il ne maîtrise pas.
Cela ne rend pas la France secondaire. Le Comité la présente comme « une priorité absolue pour la filière », et son co-président Maxime Toubart comme « une vitrine pour notre appellation » qu'il faut renforcer. Le dirigeant tient donc ensemble un marché d'origine qui reste la vitrine et des marchés étrangers qui font le volume : cette tension définit le poste.
Quatre marchés, près de la moitié de l'export
Selon l'Union des Maisons de Champagne, qui reprend les chiffres du CIVC de mars 2026, quatre pays concentrent près de la moitié des bouteilles expédiées hors de France.
Marché | 2025 (millions de bouteilles) | Part de l'export (calcul) |
|---|---|---|
États-Unis | 26,46 | 17,4 % |
Royaume-Uni | 22,73 | 15,0 % |
Japon | 13,28 | 8,7 % |
Allemagne | 9,62 | 6,3 % |
Total des quatre marchés | 72,09 | 47,4 % |
Source : Union des Maisons de Champagne, « Exports 2025 », d'après CIVC, mars 2026. Parts calculées par nos soins sur 152 millions de bouteilles.
Les États-Unis sont le premier marché : le bureau américain du Comité Champagne a communiqué en avril 2026 plus de 26,4 millions de bouteilles pour 2025. En 2024, ils représentaient environ 10 % du volume et 14 % de la valeur des expéditions, selon Pleinchamp. Depuis le 7 août 2025, les vins et spiritueux français y entrent avec une taxe de 15 %, selon Réussir. Nous nous en tenons à ce fait : le reste relève de la négociation entre États, pas de la décision d'un dirigeant de maison.
Pour le dirigeant, la leçon est ailleurs : un marché qui pèse 17 % de l'export n'est pas un marché parmi d'autres, et le Royaume-Uni ou le Japon, à 15 % et 9 %, n'ont ni les mêmes distributeurs ni les mêmes cycles. La Champagne Viticole relève en mars 2026 que la concurrence s'intensifie au Royaume-Uni, notamment du fait d'une production locale plus dynamique. La concentration est un fait, et elle se pilote.
Au premier semestre 2026, l'export ne bouge pas partout dans le même sens : l'Union européenne progresse de 8,3 % à 20 millions de bouteilles, les pays tiers de 2 % à 47,2 millions. Le Comité ne publie pas, dans les sources que nous avons pu lire, de détail par pays pour 2026, et nous ne l'inventons pas.
Les maisons tirent le semestre
Le Comité distingue trois familles d'expéditeurs : les maisons, les coopératives et les vignerons. Le premier semestre 2026 les sépare nettement.
Catégorie | Premier semestre 2026 (millions de bouteilles) | Variation |
|---|---|---|
Maisons | 80,4 | +2,7 % (export des maisons : +4,7 %) |
Coopératives | 8,4 | -2,3 % |
Vignerons | 18,2 | -3,5 % |
Ensemble de l'appellation | 107,1 | +1,2 % |
Source : La Champagne de Sophie Claeys, 16 juillet 2026, d'après le Comité Champagne.
Les maisons expédient trois bouteilles sur quatre (75,1 %, calcul), et leur export progresse plus vite que celui de l'appellation (4,7 % contre 3,8 %). Ce sont donc elles, et leurs dirigeants, qui sont en première ligne de la reprise de l'export.
Une réserve de méthode : sur le premier semestre, l'export pèse 62,7 % des expéditions (67,2 sur 107,1, calcul), contre 57,1 % sur l'année 2025. Le Crédit Agricole du Nord Est rappelle que septembre à décembre concentre environ la moitié des volumes expédiés. Un ratio semestriel ne se compare donc pas à un ratio annuel.
Le même cycle ne frappe pas tous les acteurs de la même façon. Lanson-BCC a publié pour 2025 un chiffre d'affaires consolidé de 233,3 millions d'euros (-8,7 %), avec une France à -10,7 % et un export à -6,7 %. Chez ce groupe, l'export a mieux résisté que le marché français. Nous ne tirons pas de règle d'un seul exemple : nous notons que la répartition entre marchés est une variable qu'un dirigeant doit lire dans ses propres chiffres.
Décider où va chaque bouteille
Le Comité a fixé le rendement commercialisable de la vendange 2026 à 8 800 kg/ha, et la gouvernance de ce plafond fait l'objet d'un autre de nos articles. La conséquence commerciale nous intéresse ici : quand le volume disponible est contraint, une bouteille envoyée vers un marché n'est pas envoyée vers un autre. L'export cesse d'être un débouché à conquérir et devient un arbitrage d'allocation. Quatre arbitrages reviennent, et aucun ne se délègue entièrement.
Le marché. Où la maison veut-elle être plus présente dans trois ans, et au détriment de quel autre ? Un dirigeant qui répond « partout » n'a pas répondu.
Le distributeur. Sur la plupart des marchés lointains, la maison vend par un importateur ou un distributeur qui détient la relation commerciale. Le choisir, le garder ou en changer engage la marque pour des années.
Le prix. Le prix de sortie de cave devient un prix de rayon qui dépend de la fiscalité, du change et de la marge du distributeur. Le dirigeant doit en connaître la mécanique.
Le calendrier. Les pointes de vente, les lancements et la gestion du stock par marché se préparent des mois à l'avance, avec des équipes dans plusieurs fuseaux horaires.
Trois exemples publics, une même observation
Les nominations et opérations de 2026 donnent quelques exemples publics. Nous les rapportons sans commentaire sur les personnes ni sur les maisons.
Groupe EPI. Nicolas Beckers a pris le 10 mars 2026 la présidence du pôle Champagnes du groupe (Piper-Heidsieck, Charles Heidsieck, Rare Champagne), sous l'autorité de Christofer Descours, président du groupe. Son parcours, tel que la presse spécialisée le rapporte : conseil en stratégie, Carrefour à partir de 2003 (Asie, Europe de l'Est), Rémy Cointreau à partir de 2011, où il dirige la région Grande Chine depuis Shanghai avant de devenir, en 2022, président-directeur général de Rémy Cointreau Americas.
Telmont. Justin Meade, franco-américain, chez Telmont depuis 2020 où il était directeur exécutif, a été nommé directeur général le 6 juillet 2026. Il compte plus de quinze ans dans les vins et spiritueux, chez Dom Pérignon, Moët & Chandon puis Louis XIII. Il déclare : « En cinq ans, Telmont est devenue une maison reconnue à l'international. » La maison appartient depuis octobre 2020 à Rémy Cointreau, qui en a acquis une participation majoritaire.
Maison Pommery & Associés. Le groupe allemand Henkell et la maison ont négocié en exclusivité, du début de juin au 31 juillet 2026, une prise de participation majoritaire de Henkell. Les discussions se sont achevées sans accord à ce stade, les deux parties se disant ouvertes à les reprendre. Nous ne commentons pas cette opération. Nous la citons parce qu'elle montre ce que peut être l'actionnariat d'une maison de champagne : un groupe étranger de boissons effervescentes.
Dans ces trois cas, l'international figure dans le parcours du dirigeant ou dans l'actionnariat. Aucune source lue ne dit que ces choix ont été dictés par la part de l'export, et nous ne l'affirmons pas.
Ce que cela exige des fonctions de direction
Fonction | Ce qu'elle savait faire | Ce qu'on lui demande désormais |
|---|---|---|
Dirigeant de la maison | Porter la marque, tenir la relation avec les vignerons et les familles actionnaires | Arbitrer l'allocation des volumes entre marchés, représenter la maison auprès de distributeurs étrangers, tenir un actionnaire ou une maison mère qui peut être hors de France |
Directeur export | Animer un réseau d'importateurs et suivre les ventes | Piloter un portefeuille de marchés avec des objectifs de valeur et plus seulement de volume, et participer à la direction générale |
Directeur financier | Suivre la trésorerie d'un stock long et d'un cycle de vendange | Gérer le risque de change, la fiscalité par marché et les délais de paiement de distributeurs lointains |
Directeur de la marque | Construire une image cohérente en France | Tenir une image cohérente dans des marchés aux codes différents, sans la diluer ni la figer |
Directeur des approvisionnements et de la production | Sécuriser les raisins et gérer le stock | Relier la disponibilité réelle de bouteilles aux engagements pris sur chaque marché |
Le changement se concentre moins sur le directeur export que sur le dirigeant : le plafond d'offre, le stock et le prix des raisins sont des décisions de maison, la répartition entre marchés en découle, et la direction générale ne peut plus déléguer l'international comme à l'époque où l'export était un complément.
Le cas particulier des maisons détenues par un groupe ou un actionnaire étranger
Quand la maison appartient à un groupe de boissons, la question du centre de décision se pose autrement. Telmont appartient à Rémy Cointreau depuis 2020, Piper-Heidsieck et Charles Heidsieck au groupe EPI. Un groupe peut disposer de ses propres équipes de distribution : une partie de l'international est alors portée par l'actionnaire, une autre par la maison.
Trois questions deviennent des décisions de gouvernance. Qui décide des volumes alloués à chaque marché, la maison ou le groupe ? Qui détient la relation avec le distributeur local, et qu'advient-il de cette relation si la maison change de main ? Quelle place reste-t-il à l'identité de la maison dans un portefeuille de marques ? Pour une famille qui hésite à s'adosser à un groupe, ces questions précèdent le choix du dirigeant.
Les erreurs fréquentes
Confondre part de l'export et conquête. Une part de 57 % est un état, pas un objectif. L'offre étant plafonnée, l'enjeu est l'allocation, pas la conquête.
Tout confier au directeur export. Il ne peut pas arbitrer entre la France et l'étranger, ni entre deux marchés qui se disputent les mêmes bouteilles. Cette décision appartient au dirigeant.
Miser sur un seul marché. Quatre pays font 47,4 % de l'export et un seul, les États-Unis, 17,4 %. Une maison dont la croissance dépend d'un distributeur dans un de ces marchés a une politique commerciale, pas une stratégie.
Oublier la France. Le marché français est « une vitrine » et il porte encore 114 millions de bouteilles. L'abandonner, c'est perdre le public d'origine de la marque.
Recruter un profil international sans écrire le mandat. Un dirigeant formé à l'étranger ne remplace pas la relation avec les vignerons et la famille. Le mandat doit dire ce qui vient de l'extérieur et ce qui reste ancré.
Comment évaluer un dirigeant pour une maison tournée vers l'export
Quel marché a-t-il ouvert ou redressé, et au détriment de quoi ? Demandez le point de départ, le point d'arrivée et ce qu'il a renoncé à faire ailleurs. La réponse révèle sa capacité à arbitrer, pas seulement à croître.
Comment a-t-il tenu une relation de distribution lorsque les volumes étaient limités ? Il doit raconter une période d'allocation et ce que cela lui a coûté. Un candidat qui n'a connu que la croissance n'a pas été testé.
Que fait-il quand le marché d'origine recule ? Il doit expliquer comment il a défendu une base domestique tout en développant l'étranger.
Comment a-t-il travaillé avec un actionnaire ou une maison mère située à l'étranger ? La réponse dit s'il sait partager l'autorité, et si sa légitimité vient de ses résultats ou de sa proximité avec l'actionnaire.
Comment présente-t-il l'identité de la maison à un importateur et à un caviste de quartier ? Les deux récits doivent être cohérents sans être identiques. S'ils diffèrent sur le fond, la marque n'est pas tenue.
Questions fréquentes
Quelle part du champagne est exportée ?
En 2025, près de 152 millions de bouteilles sur 266 millions ont été expédiées hors de France, soit 57,1 % (Comité Champagne, 17 janvier 2026), contre 35,8 % en 1990 et 57,5 % en 2022. Au premier semestre 2026, la part atteint 62,7 % (calcul), un ratio semestriel qui ne se compare pas à un ratio annuel.
Quels sont les premiers marchés d'exportation du champagne ?
En 2025, les États-Unis (26,46 millions de bouteilles), le Royaume-Uni (22,73), le Japon (13,28) et l'Allemagne (9,62), selon l'Union des Maisons de Champagne d'après le CIVC. Ensemble, ils représentent 47,4 % de l'export.
L'export de champagne progresse-t-il en 2026 ?
Oui, au premier semestre : +3,8 % à 67,2 millions de bouteilles, l'Union européenne gagnant 8,3 % et les pays tiers 2 %, quand la France recule de 3 %. Sur douze mois glissants à fin juin, le total reste en recul de 1,3 %.
Combien vaut l'export de champagne ?
Selon l'Union des Maisons de Champagne, qui cite le CIVC de mars 2026, l'export a représenté 3,6 milliards d'euros en 2025 pour 152 millions de bouteilles.
Un dirigeant de maison de champagne doit-il avoir une expérience internationale ?
Cela dépend du mandat et de l'actionnariat. Dans les cas publics de 2026 (Groupe EPI, Telmont), le parcours du dirigeant comporte une expérience de marchés lointains ou d'un groupe international. Ce n'est pas une règle : une maison peut choisir un parcours plus local, à condition que quelqu'un, dans la direction, tienne l'international.
Comment recruter un directeur général ou un directeur export pour une maison de champagne ?
Passer par un cabinet n'est pas obligatoire, mais la recherche concerne des dirigeants en poste, dont l'approche exige de la discrétion. On commence par écrire le mandat : quels marchés, quelle place pour la France, quel rôle pour la famille ou le groupe. Un cabinet d'executive search qui connaît le luxe, les vins et spiritueux mène cette approche de façon confidentielle.
Ce qu'il faut retenir
57,1 % des bouteilles de champagne sont parties hors de France en 2025, contre 35,8 % en 1990, et cette part dépasse 57 % depuis 2022.
Entre 2022 et 2025, la France et l'export ont reculé de 18 % environ chacun : l'export n'a pas remplacé la France, il s'est installé.
Quatre marchés font 47,4 % de l'export, et les États-Unis seuls 17,4 % : la concentration se pilote.
Au premier semestre 2026, l'export progresse de 3,8 % et les maisons de 4,7 % à l'export, alors que la France recule de 3 %.
L'international n'est plus une fonction, c'est une décision de direction générale : allocation des volumes, distributeurs, prix, calendrier.
Le point de vue de Laroze Partners
Une maison de champagne qui exporte 57 % de ses bouteilles ne peut plus traiter l'international comme un complément de la France. C'est une question de décision : où va chaque bouteille quand l'offre est limitée, avec quel partenaire, et qui, dans la direction, répond de ce choix. Les maisons qui l'ont compris ont fait entrer l'international au comité de direction. Les autres le découvrent quand un distributeur change ou quand un actionnaire arrive.
Nous accompagnons des familles actionnaires, des groupes et des fonds sur ces choix dans les vins, les spiritueux et le luxe. Notre travail commence avant la recherche d'un dirigeant, par l'écriture du mandat : ce qui vient de l'extérieur, ce qui reste ancré dans la maison, la place que l'actionnaire entend tenir. Nous ne portons aucun jugement sur les maisons citées, que nous ne connaissons pas de l'intérieur : nous lisons ce qu'elles ont rendu public.
Le Laroze Pattern®, notre méthode de lecture stratégique des trajectoires, des comportements de leadership et des dynamiques de performance, permet de distinguer, dans le parcours d'un dirigeant, ce qui prouve qu'il a déjà arbitré entre des marchés de ce qui laisse seulement le supposer. Une maison de champagne tournée vers l'étranger a besoin d'un dirigeant qui garde sa maison à Épernay et sa lecture des marchés partout ailleurs.
Sources
Comité Champagne, bilan des expéditions 2025, 17 janvier 2026, et communiqué du 22 juillet 2026 · Union des Maisons de Champagne, « Exports 2025 » (d'après CIVC, mars 2026) et tableau des expéditions 1844 à 2020 · La Champagne Viticole, 18 janvier 2023 et 3 mars 2026 · La Champagne de Sophie Claeys, 16 juillet 2026 (expéditions), 6 juillet 2026 (Telmont), Groupe EPI · Wine Industry Advisor, 7 avril 2026 (États-Unis) · Pleinchamp, 22 janvier et 8 octobre 2026 · Réussir, 30 septembre 2025 · Rayon Boissons, 30 janvier 2026 (Lanson-BCC) · Shanken News Daily, 29 janvier 2026 (Beckers) · ESM Magazine, octobre 2020 (Telmont) · AFP via Boursorama, 6 août 2026 (Pommery et Henkell).
À lire aussi
À lire aussi

Champagne : quatre baisses de rendement d'affilée, ce que cela demande aux dirigeants de maisons

Champagne : quatre baisses de rendement d'affilée, ce que cela demande aux dirigeants de maisons

Champagne : cinq successions en 2026, quatre chemins pour choisir le dirigeant d'une maison

Champagne : cinq successions en 2026, quatre chemins pour choisir le dirigeant d'une maison

Racheter une maison de champagne : ce qui se joue après la signature

Racheter une maison de champagne : ce qui se joue après la signature

Quand les objectifs de croissance sont révisés : ce que Diageo, Pernod Ricard et Rémy Cointreau demandent à leurs dirigeants

Quand les objectifs de croissance sont révisés : ce que Diageo, Pernod Ricard et Rémy Cointreau demandent à leurs dirigeants

Recruter un dirigeant en Chine : pourquoi le hukou décide avant le package ?

Recruter un dirigeant en Chine : pourquoi le hukou décide avant le package ?
CONTACT
Parlons de votre prochain recrutement
Présentez votre besoin en quelques lignes. Votre demande sera traitée dans la plus stricte confidentialité.
CONTACT
Parlons de votre prochain recrutement
Présentez votre besoin en quelques lignes. Votre demande sera traitée dans la plus stricte confidentialité.
CONTACT
Parlons de votre prochain recrutement
Présentez votre besoin en quelques lignes. Votre demande sera traitée dans la plus stricte confidentialité.

© 2026 Laroze Partners. Tous droits réservés.
•
•
•

© 2026 Laroze Partners. Tous droits réservés.
•
•

© 2026 Laroze Partners. Tous droits réservés.
•
•
•