

Champagne : cinq successions en 2026, quatre chemins pour choisir le dirigeant d'une maison
Champagne : cinq successions en 2026, quatre chemins pour choisir le dirigeant d'une maison
Champagne : cinq successions en 2026, quatre chemins pour choisir le dirigeant d'une maison
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En bref. Le dirigeant d'une maison de champagne se choisit d'abord à partir de ce que l'actionnaire veut protéger : l'indépendance d'une famille, la continuité d'un groupe, l'ouverture de marchés lointains ou le modèle coopératif. Les cinq successions rendues publiques en 2026 empruntent quatre chemins : un pair venu d'une autre maison (Pol Roger), une promotion au sein d'un groupe (Ayala, Telmont), un dirigeant formé aux marchés internationaux dans un groupe de spiritueux (Piper-Heidsieck, Charles Heidsieck, Rare Champagne), un dirigeant venu de l'agroalimentaire coopératif (Terroirs & Vignerons de Champagne). Dans les trois cas où les deux dates sont publiques, il s'est écoulé de 15 à 53 jours entre l'annonce et la prise de fonction.
Le 23 septembre 2026, Champagne Pol Roger publie un communiqué : son conseil de surveillance, réuni la veille, a nommé Hadrien Mouflard président du directoire de Champagne Pol Roger & Cie. Il succède à Laurent d'Harcourt, plus de vingt ans dans la maison, dont treize à la présidence du directoire. Le communiqué rappelle ce qui fait la singularité de la maison : son indépendance familiale.
Hadrien Mouflard dirigeait jusque-là Champagne Ayala, à Aÿ, dans le groupe Bollinger. Ayala avait annoncé son successeur dès le 23 juillet : Cédric Roblet, entré dans le groupe en 2009, directeur général depuis le 14 septembre. Une nomination en a ouvert une autre, et la seconde s'est faite à l'intérieur.
Ces deux dossiers ne sont pas isolés. Trois autres maisons ou groupes ont changé de tête depuis janvier : le pôle champagnes d'EPI (Piper-Heidsieck, Charles Heidsieck, Rare Champagne), où un dirigeant venu de Rémy Cointreau a pris la présidence le 10 mars ; le groupe coopératif Terroirs & Vignerons de Champagne, qui a confié sa direction générale le 3 mars à un dirigeant venu d'une autre coopérative agricole ; Telmont, où le directeur exécutif est devenu directeur général en juillet.
Ces cinq successions ne couvrent pas tout le marché : ce sont celles que nous avons pu recouper dans les communiqués et la presse spécialisée. Elles posent une question à toute famille, tout groupe et tout fonds qui possède une maison : où chercher le prochain dirigeant, et que dit ce choix de ce que l'on veut protéger ?
Les chiffres à connaître
Indicateur | Valeur | Source (média ou institution, date) |
|---|---|---|
Successions de dirigeants publiques et recoupées en 2026 | 5, sans prétention d'exhaustivité | Communiqué Pol Roger, 23 septembre 2026 ; presse spécialisée, janvier à septembre 2026 |
Expéditions de champagne en 2025 | 266 millions de bouteilles, en léger recul sur 2024 | Comité Champagne, bilan des expéditions, janvier 2026 |
Expéditions à fin juin 2026 | 107,1 millions de bouteilles, +1,2 % | Comité Champagne, 22 juillet 2026 |
Part des volumes expédiés par les maisons | Plus des deux tiers | Comité Champagne, chiffres clés, base 2023 |
Part du vignoble exploitée par les vignerons | 90 % | Comité Champagne, chiffres clés, base 2023 |
Annonce à prise de fonction, Ayala | 53 jours (23 juillet au 14 septembre 2026) | Drinks Retailing, 23 juillet 2026 ; Vitisphere, 13 août 2026 |
Annonce à prise de fonction, Terroirs & Vignerons de Champagne | 15 à 18 jours (13 ou 16 février au 3 mars 2026) | Rayon Boissons ; Vitisphere, 16 février 2026 |
Annonce à prise de fonction, pôle champagnes d'EPI | 40 jours (29 janvier au 10 mars 2026), après un intérim annoncé le 15 décembre 2025 | Shanken News Daily, 29 janvier 2026 ; La Champagne de Sophie Claeys, 15 décembre 2025 |
Choix rapporté par la presse à nomination formelle, Pol Roger | 110 à 112 jours (2 ou 4 juin au 22 septembre 2026) | La Champagne de Sophie Claeys, 2 juin 2026 ; Just Drinks, 4 juin 2026 ; communiqué Pol Roger, 23 septembre 2026 |
Terroirs & Vignerons de Champagne, 2025 | 229 millions d'euros de chiffre d'affaires, 12,1 millions de bouteilles expédiées (stable) | La Marne Agricole, 5 février 2026 |
Les délais sont calculés par nos soins à partir des dates publiées. Ils mesurent l'écart entre deux annonces, pas la durée d'une recherche : la décision précède presque toujours l'annonce.
Pourquoi ce sujet s'impose maintenant
La première raison est le calendrier. Quatre des cinq nominations se concentrent sur deux fenêtres : début mars (le 3 mars chez Terroirs & Vignerons de Champagne, le 10 mars chez EPI) et septembre (le 14 chez Ayala, le 22 chez Pol Roger). Un actionnaire qui prépare une transmission en 2027 peut déjà lire quatre manières de faire, datées et publiques.
La seconde est le contexte. Les maisons dirigent dans un marché où les expéditions ont atteint 266 millions de bouteilles en 2025, et où le premier semestre 2026 reste mesuré, à 107,1 millions de bouteilles et +1,2 % à fin juin. Nous avons traité ailleurs ce que ce cycle demande au dirigeant, entre valeur, volume et trésorerie. Ici, la question est en amont : qui choisit ce dirigeant, et à partir de quoi.
Deux lectures fausses circulent. La première veut qu'un dirigeant de champagne se trouve dans le champagne. Les cinq cas sont plus variés : un pair venu d'une autre maison, deux promotions dans un groupe, deux dirigeants venus de l'extérieur de l'appellation. La seconde veut qu'une nomination soit une affaire de ressources humaines. Dans chaque dossier, le texte public désigne l'instance qui a nommé ou à laquelle le dirigeant rend compte : le conseil de surveillance de Pol Roger, le directeur général du groupe Bollinger, le président d'EPI, le président de Terroirs & Vignerons de Champagne, le président de Telmont.
Cinq successions, quatre chemins
Maison ou groupe | Cadre | Dirigeant | Trajectoire | Date |
|---|---|---|---|---|
Pol Roger | Directoire et conseil de surveillance, indépendance familiale | Hadrien Mouflard, président du directoire | Dirigeait Ayala depuis 2012, passé par Bollinger | 22 septembre 2026 |
Ayala | Groupe Bollinger depuis 2005 | Cédric Roblet, directeur général | Bollinger (2009), puis Ayala : DAF (2016), secrétaire général | 14 septembre 2026 |
Telmont | Rémy Cointreau (rachat en 2020), président Ludovic du Plessis | Justin Meade, directeur général | Dom Pérignon, Moët & Chandon, Louis XIII, puis Telmont depuis 2020 | Juillet 2026 |
Terroirs & Vignerons de Champagne | Groupe coopératif, président Éric Potié | Philippe Dessertenne, directeur général | Dirigeait le groupe coopératif agricole Lorca depuis 2022 ; Avril, Unilever | 3 mars 2026 |
Piper-Heidsieck, Charles Heidsieck, Rare Champagne | Holding de la famille Descours (EPI) | Nicolas Beckers, président du pôle champagnes | Conseil, Carrefour, Rémy Cointreau depuis 2011 (Chine, puis Amériques) | 10 mars 2026 |
Cette grille en quatre chemins est la nôtre. Elle ne décrit pas l'intention des maisons.
Premier chemin : la maison indépendante qui va chercher un pair (Pol Roger)
Le communiqué de Pol Roger est sobre : un conseil de surveillance, un président du directoire, un prédécesseur remercié, un site de production modernisé et achevé en 2024, une phrase sur l'indépendance familiale. Le choix se porte sur un dirigeant qui connaît l'appellation de l'intérieur : Hadrien Mouflard dirigeait une autre maison de Champagne depuis 2012.
Ce chemin a une logique. Une famille attachée à son indépendance cherche quelqu'un qui n'a pas à apprendre le métier, ni les vignerons, ni la manière de défendre une maison dans une décision collective. Il a aussi un coût, lisible dans la séquence : la presse spécialisée avait rapporté ce choix dès début juin, Ayala a annoncé son propre successeur le 23 juillet, et la maison l'a formalisé le 22 septembre.
Recruter chez un pair, c'est ouvrir une succession chez lui. La discrétion, le calendrier et la qualité de la relation entre les deux actionnaires font partie du mandat.
Deuxième chemin : la promotion au sein d'un groupe (Ayala, Telmont)
À Ayala, Cédric Roblet est entré chez Bollinger en 2009, à Ayala en 2016 comme responsable administratif et financier, puis comme secrétaire général : direction financière, marché français, relations avec les livreurs de raisins. Il a participé à la reconstitution du vignoble, à la structuration des approvisionnements et aux investissements dans l'outil de production. Le directeur général du groupe Bollinger, Gonzague Villedey, l'a présenté comme bien placé pour conduire la maison dans sa prochaine phase de développement.
À Telmont, Justin Meade, directeur exécutif depuis cinq ans, devient directeur général. Il est rattaché à Ludovic du Plessis, président de la maison, nommé en mars 2026 à la tête de la nouvelle division Prestige de Rémy Cointreau (Louis XIII, Telmont, Maison Psyché) et entré au comité exécutif du groupe. L'annuaire de l'Union des Maisons de Champagne affiche cette structure à deux têtes, président et directeur général.
Ce chemin répond à un souci de continuité. Il suppose, en amont, des années de préparation : un dirigeant qui connaît la maison et les règles du groupe ne se désigne pas le jour du départ. Dans les deux cas, le parcours passe par la finance, les approvisionnements ou le commercial avant la direction générale.
Troisième chemin : le dirigeant venu des spiritueux et des marchés lointains (EPI)
EPI, holding d'investissement de la famille Descours, possède Piper-Heidsieck et Charles Heidsieck depuis 2011, année où elle les a acquises auprès de Rémy Cointreau. En décembre 2025, Bertrand Steip, ancien cadre de Moët Hennessy, est nommé président par intérim des deux maisons, après le départ de Damien Lafaurie, arrivé en 2015 et devenu directeur général du groupe Reybier. Fin janvier 2026, EPI annonce que Nicolas Beckers présidera le pôle champagnes à partir du 10 mars, en rendant compte au président du groupe, Christofer Descours.
Sa trajectoire est celle d'un dirigeant de distribution et de marchés : conseil en stratégie dès 1999, Carrefour à partir de 2003 avec des postes à Hong Kong, en Thaïlande et en Russie, puis Rémy Cointreau à partir de 2011, d'abord à la tête de la région Chine, puis, en 2022, de Rémy Cointreau Americas (États-Unis, Canada, Amérique latine).
Ce chemin répond à une question d'ouverture. Un actionnaire qui nomme un dirigeant formé à la Chine et aux Amériques dit où il situe la prochaine étape de la maison. En contrepartie, le dirigeant doit apprendre vite le vignoble, la cave et le rythme de l'appellation. Le rattachement direct à l'actionnaire sert de pont.
Quatrième chemin : le dirigeant venu de l'agroalimentaire coopératif (Terroirs & Vignerons de Champagne)
Le groupe réunit Nicolas Feuillatte, Castelnau, Abelé 1757 et Henriot. En 2025, il a réalisé 229 millions d'euros de chiffre d'affaires, en hausse de 1 %, pour 12,1 millions de bouteilles expédiées. Son directeur général depuis mai 2017, Christophe Juarez, prend sa retraite. Son successeur, Philippe Dessertenne, 56 ans, dirigeait depuis 2022 le groupe coopératif agricole Lorca, après plus de vingt-cinq ans dans l'agroalimentaire et les services aux agriculteurs, notamment chez Avril et Unilever.
Le président du groupe, Éric Potié, a mis en avant sa connaissance profonde du modèle coopératif. Le critère n'est donc ni la marque ni l'appellation : c'est la compréhension d'un actionnariat de vignerons, dont la décision ne se prend pas comme celle d'une famille ou d'un groupe. Ce chemin est le plus éloigné du champagne au sens strict. Il rappelle que le dirigeant d'une coopérative répond d'abord à ceux qui lui apportent leur raisin.
Ce que ces choix disent de l'actionnaire
Ce tableau est une lecture de notre part, pas une description des intentions des maisons citées.
Actionnaire | Ce qu'il protège | La question à trancher avant de chercher |
|---|---|---|
Famille indépendante | L'indépendance et la continuité de la maison | Quelle part de la décision la famille garde-t-elle, et dans quel organe ? |
Groupe | La cohérence avec le portefeuille, la continuité des équipes | Le dirigeant doit-il connaître le groupe avant la maison, ou l'inverse ? |
Holding familiale | Le développement de plusieurs maisons sous une même direction | Le dirigeant pilote-t-il une maison, un pôle, ou les deux ? Qui assure l'intérim ? |
Coopérative | Le revenu des vignerons adhérents, le modèle collectif | Quelle expérience du modèle coopératif est requise ? |
Dans les cinq cas, la nomination s'accompagne d'un rattachement clair. C'est lui qui donne au successeur sa légitimité, bien plus que son curriculum.
Ce que cela exige des fonctions de direction
Fonction | Ce qu'elle savait faire | Ce qu'on lui demande désormais |
|---|---|---|
Président de maison ou du directoire | Incarner la marque et la famille | Porter la maison dans une décision collective d'appellation et rendre compte à l'actionnaire |
Directeur général | Conduire l'exploitation d'une marque | Travailler avec un président qui peut monter au niveau du groupe, comme à Telmont |
Directeur administratif et financier, secrétaire général | Tenir les comptes et les approvisionnements | Être candidat naturel à la direction générale, comme à Ayala |
Directeur export | Allouer des volumes entre pays | Préparer la direction d'un pôle, comme le parcours de Chine puis des Amériques le montre chez EPI |
Président du conseil de surveillance ou du groupe | Nommer et attendre | Écrire le mandat, fixer le rattachement, organiser l'intérim et le calendrier de transmission |
La dernière fonction change le plus. Un conseil qui nomme un dirigeant sans avoir écrit ce qu'il attend de lui laisse au successeur le soin de le deviner.
Cas particulier : la maison détenue par un groupe ou une holding
Trois des cinq cas concernent des maisons qui appartiennent à un ensemble : le groupe Bollinger pour Ayala, Rémy Cointreau pour Telmont, la holding de la famille Descours pour les maisons Heidsieck et Piper. Deux questions s'y posent, moins visibles dans une maison familiale indépendante.
La première est la double lecture du dirigeant : il rend compte d'un cycle de vieillissement de plusieurs années à un actionnaire qui peut avoir un autre calendrier. Le rattachement, au président d'EPI pour Nicolas Beckers, au président de Telmont pour Justin Meade, est un choix de gouvernance, pas un détail d'organigramme.
La seconde est l'origine du dirigeant. Nicolas Beckers a fait carrière chez Rémy Cointreau depuis 2011, sur la Chine puis sur les Amériques. Un dirigeant formé à des marchés éloignés n'est pas obligatoirement un dirigeant de champagne, et c'est parfois ce que l'actionnaire cherche. Nous traitons la dimension internationale du métier dans un article dédié.
Les cinq décisions à prendre avant de lancer la recherche
Écrire ce que l'on protège. Indépendance, continuité, ouverture, modèle collectif : une seule réponse, rédigée, partagée par le conseil et l'actionnaire.
Choisir le chemin. Pair d'une maison voisine, promotion interne, dirigeant d'un autre univers du vin et des spiritueux, dirigeant d'un autre secteur : chacun exige une préparation différente.
Fixer le rattachement. À qui le dirigeant rend-il compte, et à quelle fréquence : conseil de surveillance, groupe, holding, coopérative.
Prévoir l'intérim. Bertrand Steip a assuré celui des maisons Heidsieck et Piper de décembre 2025 à mars 2026, soit environ trois mois. L'important est qu'il ait un périmètre et une date de fin.
Anticiper l'effet de chaîne. Le calendrier de départ et d'arrivée se prépare avec les deux actionnaires quand on recrute chez un pair.
Les erreurs fréquentes
Chercher un profil avant d'avoir écrit le mandat. Un conseil qui demande « un directeur général de maison de champagne » sans dire ce qu'il protège recevra des candidatures sans rapport avec son besoin.
Croire que le champagne suffit à qualifier un candidat. Connaître l'appellation est un atout, pas une preuve. Le critère est la capacité à conduire la phase que la maison ouvre.
Sous-estimer l'intérim. Une transition sans périmètre devient un mode de gouvernance par défaut. Elle se décide, elle ne se subit pas.
Oublier les vignerons. Les maisons expédient plus des deux tiers des volumes, les vignerons exploitent 90 % du vignoble. Un successeur sans relation de confiance avec ceux qui fournissent le raisin part avec un handicap, quelle que soit sa carrière.
Annoncer avant d'avoir aligné les actionnaires. Quand une maison recrute chez un pair, l'annonce déclenche une succession chez lui. Elle se prépare avec lui.
Comment évaluer un dirigeant appelé à diriger une maison de champagne
A-t-il déjà conduit une maison, un groupe ou une coopérative dont l'actionnaire restait présent ? Demandez des désaccords précis et la manière dont ils ont été arbitrés. La réponse révèle sa capacité à partager l'autorité sans la perdre.
Comment décrit-il sa relation avec ceux qui fournissent le raisin ? Il doit parler de contrats, de calendriers et de confiance avec précision. Celui qui réduit les vignerons à un poste d'achats n'a pas compris la maison.
Quelle phase a-t-il déjà conduite ? Croissance, réorganisation, transmission, ouverture de marchés : il doit décrire une décision difficile dans la phase visée, et ce qu'elle lui a coûté.
Comment compte-t-il travailler avec l'actionnaire ? Un conseil de surveillance, un groupe ou une coopérative n'attendent pas la même chose. La bonne réponse dit quand il décide seul et quand il rend compte.
Que fera-t-il pendant les cent premiers jours ? Un pair connaît la maison voisine, pas celle-ci. Un dirigeant d'un autre univers doit apprendre le métier. Il doit dire ce qu'il apprendra d'abord, et auprès de qui.
Questions fréquentes
Comment choisit-on le dirigeant d'une maison de champagne ?
Par une décision d'actionnaire avant d'être une recherche : conseil de surveillance chez Pol Roger, groupe chez Ayala et Telmont, holding chez EPI, président de coopérative chez Terroirs & Vignerons de Champagne. Le chemin (pair, promotion, autre univers, autre secteur) découle de ce que l'actionnaire veut protéger.
Faut-il recruter un dirigeant de champagne dans le champagne ?
Pas nécessairement. Sur les cinq successions de 2026, trois viennent de l'appellation ou de son groupe (Pol Roger, Ayala, Telmont), deux de l'extérieur : un dirigeant formé chez Rémy Cointreau sur la Chine et les Amériques, un dirigeant de l'agroalimentaire coopératif. L'échantillon est restreint et ne constitue pas une statistique de marché.
Combien de temps entre l'annonce et la prise de fonction ?
Dans les trois cas où les deux dates sont publiques, de 15 à 53 jours : 53 à Ayala, 40 pour le pôle champagnes d'EPI, 15 à 18 à Terroirs & Vignerons de Champagne. Ces écarts mesurent le temps entre deux annonces, pas la durée de la recherche, qui précède l'annonce.
Qui nomme le dirigeant d'une maison de champagne familiale ?
Cela dépend de la structure. Chez Pol Roger, société à directoire et conseil de surveillance, c'est le conseil de surveillance qui a nommé le président du directoire, le 22 septembre 2026. Dans une maison de groupe, c'est le groupe. À Terroirs & Vignerons de Champagne, c'est son président, Éric Potié, qui a présenté la nomination.
Un dirigeant de spiritueux peut-il diriger une maison de champagne ?
Les faits publics de 2026 en donnent un exemple : Nicolas Beckers, ancien dirigeant de Rémy Cointreau Americas, préside le pôle champagnes d'EPI depuis mars. Ce n'est pas une règle, c'est un chemin, qui suppose un rattachement direct à l'actionnaire et un apprentissage rapide de l'appellation.
À quoi sert un cabinet d'executive search pour recruter un dirigeant de maison de champagne ?
À approcher avec discrétion des dirigeants déjà en poste, dans des maisons voisines comme dans d'autres univers du vin, des spiritueux ou du luxe, qui ne répondent pas à une annonce. Chez Laroze Partners, Thomas Rozier, fort de plus de dix ans dans la chasse de têtes, intervient comme business partner du conseil et de l'actionnaire, comme ambassadeur de la maison auprès des dirigeants approchés, avec une garantie sur l'ensemble de la période d'essai du dirigeant placé.
Ce qu'il faut retenir
Cinq successions publiques en 2026, quatre chemins : un pair, une promotion de groupe, un dirigeant formé à l'international, un dirigeant du monde coopératif.
Le choix du dirigeant dit ce que l'actionnaire protège : indépendance, continuité, ouverture, modèle collectif.
De 15 à 53 jours séparent l'annonce de la prise de fonction quand les deux dates sont publiques : la décision précède l'annonce.
Recruter chez un pair ouvre une succession chez lui, comme l'enchaînement Ayala, Pol Roger l'illustre.
Avant de chercher un profil, il faut écrire le mandat, le rattachement et l'intérim.
Le point de vue de Laroze Partners
Une succession dans une maison de champagne est une décision d'actionnaire avant d'être une recherche de personne. Les cinq cas de 2026 sont lisibles parce que chacun dit, par le choix qu'il a fait, ce que son actionnaire cherche à protéger. Le conseil qui traite la succession comme une recherche de profil découvre trop tard que le vrai travail était ailleurs : écrire ce que l'on protège, choisir le chemin, fixer le rattachement.
Nous accompagnons des familles, des groupes et des actionnaires dans les vins, les spiritueux et le champagne, avant la recherche pour définir le mandat, et après la prise de fonction. Nous ne portons aucun jugement sur les maisons citées, que nous ne connaissons pas de l'intérieur : nous lisons ce qu'elles ont rendu public.
Le Laroze Pattern®, notre méthode de lecture stratégique des trajectoires, des comportements de leadership et des dynamiques de performance, permet de distinguer, dans le parcours d'un dirigeant, ce qui prouve qu'il a déjà conduit la phase visée de ce qui le laisse seulement supposer. Les maisons qui réussissent leur transmission sont celles qui ont écrit leur mandat avant d'écrire une liste.
Sources
Communiqué de presse de Champagne Pol Roger, 23 septembre 2026 · Union des Maisons de Champagne, annuaire · Just Drinks, 4 juin 2026 · La Champagne de Sophie Claeys, 2 juin 2026 · Drinks Retailing, 23 juillet 2026 · Vitisphere, 13 août, 13 juillet, 19 février et 16 février 2026 · La Champagne de Sophie Claeys, 23 septembre, 6 juillet, 13 mars 2026 et 15 décembre 2025 · Rayon Boissons, février 2026 · Au cœur du CHR, février et octobre 2026 · La Marne Agricole, 5 février 2026 · Shanken News Daily, 29 janvier 2026 · FashionNetwork France, 31 mai 2011 · Comité Champagne, bilan des expéditions 2025, communiqué du 22 juillet 2026, chiffres clés base 2023. Sources vérifiées le 14 octobre 2026.
En bref. Le dirigeant d'une maison de champagne se choisit d'abord à partir de ce que l'actionnaire veut protéger : l'indépendance d'une famille, la continuité d'un groupe, l'ouverture de marchés lointains ou le modèle coopératif. Les cinq successions rendues publiques en 2026 empruntent quatre chemins : un pair venu d'une autre maison (Pol Roger), une promotion au sein d'un groupe (Ayala, Telmont), un dirigeant formé aux marchés internationaux dans un groupe de spiritueux (Piper-Heidsieck, Charles Heidsieck, Rare Champagne), un dirigeant venu de l'agroalimentaire coopératif (Terroirs & Vignerons de Champagne). Dans les trois cas où les deux dates sont publiques, il s'est écoulé de 15 à 53 jours entre l'annonce et la prise de fonction.
Le 23 septembre 2026, Champagne Pol Roger publie un communiqué : son conseil de surveillance, réuni la veille, a nommé Hadrien Mouflard président du directoire de Champagne Pol Roger & Cie. Il succède à Laurent d'Harcourt, plus de vingt ans dans la maison, dont treize à la présidence du directoire. Le communiqué rappelle ce qui fait la singularité de la maison : son indépendance familiale.
Hadrien Mouflard dirigeait jusque-là Champagne Ayala, à Aÿ, dans le groupe Bollinger. Ayala avait annoncé son successeur dès le 23 juillet : Cédric Roblet, entré dans le groupe en 2009, directeur général depuis le 14 septembre. Une nomination en a ouvert une autre, et la seconde s'est faite à l'intérieur.
Ces deux dossiers ne sont pas isolés. Trois autres maisons ou groupes ont changé de tête depuis janvier : le pôle champagnes d'EPI (Piper-Heidsieck, Charles Heidsieck, Rare Champagne), où un dirigeant venu de Rémy Cointreau a pris la présidence le 10 mars ; le groupe coopératif Terroirs & Vignerons de Champagne, qui a confié sa direction générale le 3 mars à un dirigeant venu d'une autre coopérative agricole ; Telmont, où le directeur exécutif est devenu directeur général en juillet.
Ces cinq successions ne couvrent pas tout le marché : ce sont celles que nous avons pu recouper dans les communiqués et la presse spécialisée. Elles posent une question à toute famille, tout groupe et tout fonds qui possède une maison : où chercher le prochain dirigeant, et que dit ce choix de ce que l'on veut protéger ?
Les chiffres à connaître
Indicateur | Valeur | Source (média ou institution, date) |
|---|---|---|
Successions de dirigeants publiques et recoupées en 2026 | 5, sans prétention d'exhaustivité | Communiqué Pol Roger, 23 septembre 2026 ; presse spécialisée, janvier à septembre 2026 |
Expéditions de champagne en 2025 | 266 millions de bouteilles, en léger recul sur 2024 | Comité Champagne, bilan des expéditions, janvier 2026 |
Expéditions à fin juin 2026 | 107,1 millions de bouteilles, +1,2 % | Comité Champagne, 22 juillet 2026 |
Part des volumes expédiés par les maisons | Plus des deux tiers | Comité Champagne, chiffres clés, base 2023 |
Part du vignoble exploitée par les vignerons | 90 % | Comité Champagne, chiffres clés, base 2023 |
Annonce à prise de fonction, Ayala | 53 jours (23 juillet au 14 septembre 2026) | Drinks Retailing, 23 juillet 2026 ; Vitisphere, 13 août 2026 |
Annonce à prise de fonction, Terroirs & Vignerons de Champagne | 15 à 18 jours (13 ou 16 février au 3 mars 2026) | Rayon Boissons ; Vitisphere, 16 février 2026 |
Annonce à prise de fonction, pôle champagnes d'EPI | 40 jours (29 janvier au 10 mars 2026), après un intérim annoncé le 15 décembre 2025 | Shanken News Daily, 29 janvier 2026 ; La Champagne de Sophie Claeys, 15 décembre 2025 |
Choix rapporté par la presse à nomination formelle, Pol Roger | 110 à 112 jours (2 ou 4 juin au 22 septembre 2026) | La Champagne de Sophie Claeys, 2 juin 2026 ; Just Drinks, 4 juin 2026 ; communiqué Pol Roger, 23 septembre 2026 |
Terroirs & Vignerons de Champagne, 2025 | 229 millions d'euros de chiffre d'affaires, 12,1 millions de bouteilles expédiées (stable) | La Marne Agricole, 5 février 2026 |
Les délais sont calculés par nos soins à partir des dates publiées. Ils mesurent l'écart entre deux annonces, pas la durée d'une recherche : la décision précède presque toujours l'annonce.
Pourquoi ce sujet s'impose maintenant
La première raison est le calendrier. Quatre des cinq nominations se concentrent sur deux fenêtres : début mars (le 3 mars chez Terroirs & Vignerons de Champagne, le 10 mars chez EPI) et septembre (le 14 chez Ayala, le 22 chez Pol Roger). Un actionnaire qui prépare une transmission en 2027 peut déjà lire quatre manières de faire, datées et publiques.
La seconde est le contexte. Les maisons dirigent dans un marché où les expéditions ont atteint 266 millions de bouteilles en 2025, et où le premier semestre 2026 reste mesuré, à 107,1 millions de bouteilles et +1,2 % à fin juin. Nous avons traité ailleurs ce que ce cycle demande au dirigeant, entre valeur, volume et trésorerie. Ici, la question est en amont : qui choisit ce dirigeant, et à partir de quoi.
Deux lectures fausses circulent. La première veut qu'un dirigeant de champagne se trouve dans le champagne. Les cinq cas sont plus variés : un pair venu d'une autre maison, deux promotions dans un groupe, deux dirigeants venus de l'extérieur de l'appellation. La seconde veut qu'une nomination soit une affaire de ressources humaines. Dans chaque dossier, le texte public désigne l'instance qui a nommé ou à laquelle le dirigeant rend compte : le conseil de surveillance de Pol Roger, le directeur général du groupe Bollinger, le président d'EPI, le président de Terroirs & Vignerons de Champagne, le président de Telmont.
Cinq successions, quatre chemins
Maison ou groupe | Cadre | Dirigeant | Trajectoire | Date |
|---|---|---|---|---|
Pol Roger | Directoire et conseil de surveillance, indépendance familiale | Hadrien Mouflard, président du directoire | Dirigeait Ayala depuis 2012, passé par Bollinger | 22 septembre 2026 |
Ayala | Groupe Bollinger depuis 2005 | Cédric Roblet, directeur général | Bollinger (2009), puis Ayala : DAF (2016), secrétaire général | 14 septembre 2026 |
Telmont | Rémy Cointreau (rachat en 2020), président Ludovic du Plessis | Justin Meade, directeur général | Dom Pérignon, Moët & Chandon, Louis XIII, puis Telmont depuis 2020 | Juillet 2026 |
Terroirs & Vignerons de Champagne | Groupe coopératif, président Éric Potié | Philippe Dessertenne, directeur général | Dirigeait le groupe coopératif agricole Lorca depuis 2022 ; Avril, Unilever | 3 mars 2026 |
Piper-Heidsieck, Charles Heidsieck, Rare Champagne | Holding de la famille Descours (EPI) | Nicolas Beckers, président du pôle champagnes | Conseil, Carrefour, Rémy Cointreau depuis 2011 (Chine, puis Amériques) | 10 mars 2026 |
Cette grille en quatre chemins est la nôtre. Elle ne décrit pas l'intention des maisons.
Premier chemin : la maison indépendante qui va chercher un pair (Pol Roger)
Le communiqué de Pol Roger est sobre : un conseil de surveillance, un président du directoire, un prédécesseur remercié, un site de production modernisé et achevé en 2024, une phrase sur l'indépendance familiale. Le choix se porte sur un dirigeant qui connaît l'appellation de l'intérieur : Hadrien Mouflard dirigeait une autre maison de Champagne depuis 2012.
Ce chemin a une logique. Une famille attachée à son indépendance cherche quelqu'un qui n'a pas à apprendre le métier, ni les vignerons, ni la manière de défendre une maison dans une décision collective. Il a aussi un coût, lisible dans la séquence : la presse spécialisée avait rapporté ce choix dès début juin, Ayala a annoncé son propre successeur le 23 juillet, et la maison l'a formalisé le 22 septembre.
Recruter chez un pair, c'est ouvrir une succession chez lui. La discrétion, le calendrier et la qualité de la relation entre les deux actionnaires font partie du mandat.
Deuxième chemin : la promotion au sein d'un groupe (Ayala, Telmont)
À Ayala, Cédric Roblet est entré chez Bollinger en 2009, à Ayala en 2016 comme responsable administratif et financier, puis comme secrétaire général : direction financière, marché français, relations avec les livreurs de raisins. Il a participé à la reconstitution du vignoble, à la structuration des approvisionnements et aux investissements dans l'outil de production. Le directeur général du groupe Bollinger, Gonzague Villedey, l'a présenté comme bien placé pour conduire la maison dans sa prochaine phase de développement.
À Telmont, Justin Meade, directeur exécutif depuis cinq ans, devient directeur général. Il est rattaché à Ludovic du Plessis, président de la maison, nommé en mars 2026 à la tête de la nouvelle division Prestige de Rémy Cointreau (Louis XIII, Telmont, Maison Psyché) et entré au comité exécutif du groupe. L'annuaire de l'Union des Maisons de Champagne affiche cette structure à deux têtes, président et directeur général.
Ce chemin répond à un souci de continuité. Il suppose, en amont, des années de préparation : un dirigeant qui connaît la maison et les règles du groupe ne se désigne pas le jour du départ. Dans les deux cas, le parcours passe par la finance, les approvisionnements ou le commercial avant la direction générale.
Troisième chemin : le dirigeant venu des spiritueux et des marchés lointains (EPI)
EPI, holding d'investissement de la famille Descours, possède Piper-Heidsieck et Charles Heidsieck depuis 2011, année où elle les a acquises auprès de Rémy Cointreau. En décembre 2025, Bertrand Steip, ancien cadre de Moët Hennessy, est nommé président par intérim des deux maisons, après le départ de Damien Lafaurie, arrivé en 2015 et devenu directeur général du groupe Reybier. Fin janvier 2026, EPI annonce que Nicolas Beckers présidera le pôle champagnes à partir du 10 mars, en rendant compte au président du groupe, Christofer Descours.
Sa trajectoire est celle d'un dirigeant de distribution et de marchés : conseil en stratégie dès 1999, Carrefour à partir de 2003 avec des postes à Hong Kong, en Thaïlande et en Russie, puis Rémy Cointreau à partir de 2011, d'abord à la tête de la région Chine, puis, en 2022, de Rémy Cointreau Americas (États-Unis, Canada, Amérique latine).
Ce chemin répond à une question d'ouverture. Un actionnaire qui nomme un dirigeant formé à la Chine et aux Amériques dit où il situe la prochaine étape de la maison. En contrepartie, le dirigeant doit apprendre vite le vignoble, la cave et le rythme de l'appellation. Le rattachement direct à l'actionnaire sert de pont.
Quatrième chemin : le dirigeant venu de l'agroalimentaire coopératif (Terroirs & Vignerons de Champagne)
Le groupe réunit Nicolas Feuillatte, Castelnau, Abelé 1757 et Henriot. En 2025, il a réalisé 229 millions d'euros de chiffre d'affaires, en hausse de 1 %, pour 12,1 millions de bouteilles expédiées. Son directeur général depuis mai 2017, Christophe Juarez, prend sa retraite. Son successeur, Philippe Dessertenne, 56 ans, dirigeait depuis 2022 le groupe coopératif agricole Lorca, après plus de vingt-cinq ans dans l'agroalimentaire et les services aux agriculteurs, notamment chez Avril et Unilever.
Le président du groupe, Éric Potié, a mis en avant sa connaissance profonde du modèle coopératif. Le critère n'est donc ni la marque ni l'appellation : c'est la compréhension d'un actionnariat de vignerons, dont la décision ne se prend pas comme celle d'une famille ou d'un groupe. Ce chemin est le plus éloigné du champagne au sens strict. Il rappelle que le dirigeant d'une coopérative répond d'abord à ceux qui lui apportent leur raisin.
Ce que ces choix disent de l'actionnaire
Ce tableau est une lecture de notre part, pas une description des intentions des maisons citées.
Actionnaire | Ce qu'il protège | La question à trancher avant de chercher |
|---|---|---|
Famille indépendante | L'indépendance et la continuité de la maison | Quelle part de la décision la famille garde-t-elle, et dans quel organe ? |
Groupe | La cohérence avec le portefeuille, la continuité des équipes | Le dirigeant doit-il connaître le groupe avant la maison, ou l'inverse ? |
Holding familiale | Le développement de plusieurs maisons sous une même direction | Le dirigeant pilote-t-il une maison, un pôle, ou les deux ? Qui assure l'intérim ? |
Coopérative | Le revenu des vignerons adhérents, le modèle collectif | Quelle expérience du modèle coopératif est requise ? |
Dans les cinq cas, la nomination s'accompagne d'un rattachement clair. C'est lui qui donne au successeur sa légitimité, bien plus que son curriculum.
Ce que cela exige des fonctions de direction
Fonction | Ce qu'elle savait faire | Ce qu'on lui demande désormais |
|---|---|---|
Président de maison ou du directoire | Incarner la marque et la famille | Porter la maison dans une décision collective d'appellation et rendre compte à l'actionnaire |
Directeur général | Conduire l'exploitation d'une marque | Travailler avec un président qui peut monter au niveau du groupe, comme à Telmont |
Directeur administratif et financier, secrétaire général | Tenir les comptes et les approvisionnements | Être candidat naturel à la direction générale, comme à Ayala |
Directeur export | Allouer des volumes entre pays | Préparer la direction d'un pôle, comme le parcours de Chine puis des Amériques le montre chez EPI |
Président du conseil de surveillance ou du groupe | Nommer et attendre | Écrire le mandat, fixer le rattachement, organiser l'intérim et le calendrier de transmission |
La dernière fonction change le plus. Un conseil qui nomme un dirigeant sans avoir écrit ce qu'il attend de lui laisse au successeur le soin de le deviner.
Cas particulier : la maison détenue par un groupe ou une holding
Trois des cinq cas concernent des maisons qui appartiennent à un ensemble : le groupe Bollinger pour Ayala, Rémy Cointreau pour Telmont, la holding de la famille Descours pour les maisons Heidsieck et Piper. Deux questions s'y posent, moins visibles dans une maison familiale indépendante.
La première est la double lecture du dirigeant : il rend compte d'un cycle de vieillissement de plusieurs années à un actionnaire qui peut avoir un autre calendrier. Le rattachement, au président d'EPI pour Nicolas Beckers, au président de Telmont pour Justin Meade, est un choix de gouvernance, pas un détail d'organigramme.
La seconde est l'origine du dirigeant. Nicolas Beckers a fait carrière chez Rémy Cointreau depuis 2011, sur la Chine puis sur les Amériques. Un dirigeant formé à des marchés éloignés n'est pas obligatoirement un dirigeant de champagne, et c'est parfois ce que l'actionnaire cherche. Nous traitons la dimension internationale du métier dans un article dédié.
Les cinq décisions à prendre avant de lancer la recherche
Écrire ce que l'on protège. Indépendance, continuité, ouverture, modèle collectif : une seule réponse, rédigée, partagée par le conseil et l'actionnaire.
Choisir le chemin. Pair d'une maison voisine, promotion interne, dirigeant d'un autre univers du vin et des spiritueux, dirigeant d'un autre secteur : chacun exige une préparation différente.
Fixer le rattachement. À qui le dirigeant rend-il compte, et à quelle fréquence : conseil de surveillance, groupe, holding, coopérative.
Prévoir l'intérim. Bertrand Steip a assuré celui des maisons Heidsieck et Piper de décembre 2025 à mars 2026, soit environ trois mois. L'important est qu'il ait un périmètre et une date de fin.
Anticiper l'effet de chaîne. Le calendrier de départ et d'arrivée se prépare avec les deux actionnaires quand on recrute chez un pair.
Les erreurs fréquentes
Chercher un profil avant d'avoir écrit le mandat. Un conseil qui demande « un directeur général de maison de champagne » sans dire ce qu'il protège recevra des candidatures sans rapport avec son besoin.
Croire que le champagne suffit à qualifier un candidat. Connaître l'appellation est un atout, pas une preuve. Le critère est la capacité à conduire la phase que la maison ouvre.
Sous-estimer l'intérim. Une transition sans périmètre devient un mode de gouvernance par défaut. Elle se décide, elle ne se subit pas.
Oublier les vignerons. Les maisons expédient plus des deux tiers des volumes, les vignerons exploitent 90 % du vignoble. Un successeur sans relation de confiance avec ceux qui fournissent le raisin part avec un handicap, quelle que soit sa carrière.
Annoncer avant d'avoir aligné les actionnaires. Quand une maison recrute chez un pair, l'annonce déclenche une succession chez lui. Elle se prépare avec lui.
Comment évaluer un dirigeant appelé à diriger une maison de champagne
A-t-il déjà conduit une maison, un groupe ou une coopérative dont l'actionnaire restait présent ? Demandez des désaccords précis et la manière dont ils ont été arbitrés. La réponse révèle sa capacité à partager l'autorité sans la perdre.
Comment décrit-il sa relation avec ceux qui fournissent le raisin ? Il doit parler de contrats, de calendriers et de confiance avec précision. Celui qui réduit les vignerons à un poste d'achats n'a pas compris la maison.
Quelle phase a-t-il déjà conduite ? Croissance, réorganisation, transmission, ouverture de marchés : il doit décrire une décision difficile dans la phase visée, et ce qu'elle lui a coûté.
Comment compte-t-il travailler avec l'actionnaire ? Un conseil de surveillance, un groupe ou une coopérative n'attendent pas la même chose. La bonne réponse dit quand il décide seul et quand il rend compte.
Que fera-t-il pendant les cent premiers jours ? Un pair connaît la maison voisine, pas celle-ci. Un dirigeant d'un autre univers doit apprendre le métier. Il doit dire ce qu'il apprendra d'abord, et auprès de qui.
Questions fréquentes
Comment choisit-on le dirigeant d'une maison de champagne ?
Par une décision d'actionnaire avant d'être une recherche : conseil de surveillance chez Pol Roger, groupe chez Ayala et Telmont, holding chez EPI, président de coopérative chez Terroirs & Vignerons de Champagne. Le chemin (pair, promotion, autre univers, autre secteur) découle de ce que l'actionnaire veut protéger.
Faut-il recruter un dirigeant de champagne dans le champagne ?
Pas nécessairement. Sur les cinq successions de 2026, trois viennent de l'appellation ou de son groupe (Pol Roger, Ayala, Telmont), deux de l'extérieur : un dirigeant formé chez Rémy Cointreau sur la Chine et les Amériques, un dirigeant de l'agroalimentaire coopératif. L'échantillon est restreint et ne constitue pas une statistique de marché.
Combien de temps entre l'annonce et la prise de fonction ?
Dans les trois cas où les deux dates sont publiques, de 15 à 53 jours : 53 à Ayala, 40 pour le pôle champagnes d'EPI, 15 à 18 à Terroirs & Vignerons de Champagne. Ces écarts mesurent le temps entre deux annonces, pas la durée de la recherche, qui précède l'annonce.
Qui nomme le dirigeant d'une maison de champagne familiale ?
Cela dépend de la structure. Chez Pol Roger, société à directoire et conseil de surveillance, c'est le conseil de surveillance qui a nommé le président du directoire, le 22 septembre 2026. Dans une maison de groupe, c'est le groupe. À Terroirs & Vignerons de Champagne, c'est son président, Éric Potié, qui a présenté la nomination.
Un dirigeant de spiritueux peut-il diriger une maison de champagne ?
Les faits publics de 2026 en donnent un exemple : Nicolas Beckers, ancien dirigeant de Rémy Cointreau Americas, préside le pôle champagnes d'EPI depuis mars. Ce n'est pas une règle, c'est un chemin, qui suppose un rattachement direct à l'actionnaire et un apprentissage rapide de l'appellation.
À quoi sert un cabinet d'executive search pour recruter un dirigeant de maison de champagne ?
À approcher avec discrétion des dirigeants déjà en poste, dans des maisons voisines comme dans d'autres univers du vin, des spiritueux ou du luxe, qui ne répondent pas à une annonce. Chez Laroze Partners, Thomas Rozier, fort de plus de dix ans dans la chasse de têtes, intervient comme business partner du conseil et de l'actionnaire, comme ambassadeur de la maison auprès des dirigeants approchés, avec une garantie sur l'ensemble de la période d'essai du dirigeant placé.
Ce qu'il faut retenir
Cinq successions publiques en 2026, quatre chemins : un pair, une promotion de groupe, un dirigeant formé à l'international, un dirigeant du monde coopératif.
Le choix du dirigeant dit ce que l'actionnaire protège : indépendance, continuité, ouverture, modèle collectif.
De 15 à 53 jours séparent l'annonce de la prise de fonction quand les deux dates sont publiques : la décision précède l'annonce.
Recruter chez un pair ouvre une succession chez lui, comme l'enchaînement Ayala, Pol Roger l'illustre.
Avant de chercher un profil, il faut écrire le mandat, le rattachement et l'intérim.
Le point de vue de Laroze Partners
Une succession dans une maison de champagne est une décision d'actionnaire avant d'être une recherche de personne. Les cinq cas de 2026 sont lisibles parce que chacun dit, par le choix qu'il a fait, ce que son actionnaire cherche à protéger. Le conseil qui traite la succession comme une recherche de profil découvre trop tard que le vrai travail était ailleurs : écrire ce que l'on protège, choisir le chemin, fixer le rattachement.
Nous accompagnons des familles, des groupes et des actionnaires dans les vins, les spiritueux et le champagne, avant la recherche pour définir le mandat, et après la prise de fonction. Nous ne portons aucun jugement sur les maisons citées, que nous ne connaissons pas de l'intérieur : nous lisons ce qu'elles ont rendu public.
Le Laroze Pattern®, notre méthode de lecture stratégique des trajectoires, des comportements de leadership et des dynamiques de performance, permet de distinguer, dans le parcours d'un dirigeant, ce qui prouve qu'il a déjà conduit la phase visée de ce qui le laisse seulement supposer. Les maisons qui réussissent leur transmission sont celles qui ont écrit leur mandat avant d'écrire une liste.
Sources
Communiqué de presse de Champagne Pol Roger, 23 septembre 2026 · Union des Maisons de Champagne, annuaire · Just Drinks, 4 juin 2026 · La Champagne de Sophie Claeys, 2 juin 2026 · Drinks Retailing, 23 juillet 2026 · Vitisphere, 13 août, 13 juillet, 19 février et 16 février 2026 · La Champagne de Sophie Claeys, 23 septembre, 6 juillet, 13 mars 2026 et 15 décembre 2025 · Rayon Boissons, février 2026 · Au cœur du CHR, février et octobre 2026 · La Marne Agricole, 5 février 2026 · Shanken News Daily, 29 janvier 2026 · FashionNetwork France, 31 mai 2011 · Comité Champagne, bilan des expéditions 2025, communiqué du 22 juillet 2026, chiffres clés base 2023. Sources vérifiées le 14 octobre 2026.
En bref. Le dirigeant d'une maison de champagne se choisit d'abord à partir de ce que l'actionnaire veut protéger : l'indépendance d'une famille, la continuité d'un groupe, l'ouverture de marchés lointains ou le modèle coopératif. Les cinq successions rendues publiques en 2026 empruntent quatre chemins : un pair venu d'une autre maison (Pol Roger), une promotion au sein d'un groupe (Ayala, Telmont), un dirigeant formé aux marchés internationaux dans un groupe de spiritueux (Piper-Heidsieck, Charles Heidsieck, Rare Champagne), un dirigeant venu de l'agroalimentaire coopératif (Terroirs & Vignerons de Champagne). Dans les trois cas où les deux dates sont publiques, il s'est écoulé de 15 à 53 jours entre l'annonce et la prise de fonction.
Le 23 septembre 2026, Champagne Pol Roger publie un communiqué : son conseil de surveillance, réuni la veille, a nommé Hadrien Mouflard président du directoire de Champagne Pol Roger & Cie. Il succède à Laurent d'Harcourt, plus de vingt ans dans la maison, dont treize à la présidence du directoire. Le communiqué rappelle ce qui fait la singularité de la maison : son indépendance familiale.
Hadrien Mouflard dirigeait jusque-là Champagne Ayala, à Aÿ, dans le groupe Bollinger. Ayala avait annoncé son successeur dès le 23 juillet : Cédric Roblet, entré dans le groupe en 2009, directeur général depuis le 14 septembre. Une nomination en a ouvert une autre, et la seconde s'est faite à l'intérieur.
Ces deux dossiers ne sont pas isolés. Trois autres maisons ou groupes ont changé de tête depuis janvier : le pôle champagnes d'EPI (Piper-Heidsieck, Charles Heidsieck, Rare Champagne), où un dirigeant venu de Rémy Cointreau a pris la présidence le 10 mars ; le groupe coopératif Terroirs & Vignerons de Champagne, qui a confié sa direction générale le 3 mars à un dirigeant venu d'une autre coopérative agricole ; Telmont, où le directeur exécutif est devenu directeur général en juillet.
Ces cinq successions ne couvrent pas tout le marché : ce sont celles que nous avons pu recouper dans les communiqués et la presse spécialisée. Elles posent une question à toute famille, tout groupe et tout fonds qui possède une maison : où chercher le prochain dirigeant, et que dit ce choix de ce que l'on veut protéger ?
Les chiffres à connaître
Indicateur | Valeur | Source (média ou institution, date) |
|---|---|---|
Successions de dirigeants publiques et recoupées en 2026 | 5, sans prétention d'exhaustivité | Communiqué Pol Roger, 23 septembre 2026 ; presse spécialisée, janvier à septembre 2026 |
Expéditions de champagne en 2025 | 266 millions de bouteilles, en léger recul sur 2024 | Comité Champagne, bilan des expéditions, janvier 2026 |
Expéditions à fin juin 2026 | 107,1 millions de bouteilles, +1,2 % | Comité Champagne, 22 juillet 2026 |
Part des volumes expédiés par les maisons | Plus des deux tiers | Comité Champagne, chiffres clés, base 2023 |
Part du vignoble exploitée par les vignerons | 90 % | Comité Champagne, chiffres clés, base 2023 |
Annonce à prise de fonction, Ayala | 53 jours (23 juillet au 14 septembre 2026) | Drinks Retailing, 23 juillet 2026 ; Vitisphere, 13 août 2026 |
Annonce à prise de fonction, Terroirs & Vignerons de Champagne | 15 à 18 jours (13 ou 16 février au 3 mars 2026) | Rayon Boissons ; Vitisphere, 16 février 2026 |
Annonce à prise de fonction, pôle champagnes d'EPI | 40 jours (29 janvier au 10 mars 2026), après un intérim annoncé le 15 décembre 2025 | Shanken News Daily, 29 janvier 2026 ; La Champagne de Sophie Claeys, 15 décembre 2025 |
Choix rapporté par la presse à nomination formelle, Pol Roger | 110 à 112 jours (2 ou 4 juin au 22 septembre 2026) | La Champagne de Sophie Claeys, 2 juin 2026 ; Just Drinks, 4 juin 2026 ; communiqué Pol Roger, 23 septembre 2026 |
Terroirs & Vignerons de Champagne, 2025 | 229 millions d'euros de chiffre d'affaires, 12,1 millions de bouteilles expédiées (stable) | La Marne Agricole, 5 février 2026 |
Les délais sont calculés par nos soins à partir des dates publiées. Ils mesurent l'écart entre deux annonces, pas la durée d'une recherche : la décision précède presque toujours l'annonce.
Pourquoi ce sujet s'impose maintenant
La première raison est le calendrier. Quatre des cinq nominations se concentrent sur deux fenêtres : début mars (le 3 mars chez Terroirs & Vignerons de Champagne, le 10 mars chez EPI) et septembre (le 14 chez Ayala, le 22 chez Pol Roger). Un actionnaire qui prépare une transmission en 2027 peut déjà lire quatre manières de faire, datées et publiques.
La seconde est le contexte. Les maisons dirigent dans un marché où les expéditions ont atteint 266 millions de bouteilles en 2025, et où le premier semestre 2026 reste mesuré, à 107,1 millions de bouteilles et +1,2 % à fin juin. Nous avons traité ailleurs ce que ce cycle demande au dirigeant, entre valeur, volume et trésorerie. Ici, la question est en amont : qui choisit ce dirigeant, et à partir de quoi.
Deux lectures fausses circulent. La première veut qu'un dirigeant de champagne se trouve dans le champagne. Les cinq cas sont plus variés : un pair venu d'une autre maison, deux promotions dans un groupe, deux dirigeants venus de l'extérieur de l'appellation. La seconde veut qu'une nomination soit une affaire de ressources humaines. Dans chaque dossier, le texte public désigne l'instance qui a nommé ou à laquelle le dirigeant rend compte : le conseil de surveillance de Pol Roger, le directeur général du groupe Bollinger, le président d'EPI, le président de Terroirs & Vignerons de Champagne, le président de Telmont.
Cinq successions, quatre chemins
Maison ou groupe | Cadre | Dirigeant | Trajectoire | Date |
|---|---|---|---|---|
Pol Roger | Directoire et conseil de surveillance, indépendance familiale | Hadrien Mouflard, président du directoire | Dirigeait Ayala depuis 2012, passé par Bollinger | 22 septembre 2026 |
Ayala | Groupe Bollinger depuis 2005 | Cédric Roblet, directeur général | Bollinger (2009), puis Ayala : DAF (2016), secrétaire général | 14 septembre 2026 |
Telmont | Rémy Cointreau (rachat en 2020), président Ludovic du Plessis | Justin Meade, directeur général | Dom Pérignon, Moët & Chandon, Louis XIII, puis Telmont depuis 2020 | Juillet 2026 |
Terroirs & Vignerons de Champagne | Groupe coopératif, président Éric Potié | Philippe Dessertenne, directeur général | Dirigeait le groupe coopératif agricole Lorca depuis 2022 ; Avril, Unilever | 3 mars 2026 |
Piper-Heidsieck, Charles Heidsieck, Rare Champagne | Holding de la famille Descours (EPI) | Nicolas Beckers, président du pôle champagnes | Conseil, Carrefour, Rémy Cointreau depuis 2011 (Chine, puis Amériques) | 10 mars 2026 |
Cette grille en quatre chemins est la nôtre. Elle ne décrit pas l'intention des maisons.
Premier chemin : la maison indépendante qui va chercher un pair (Pol Roger)
Le communiqué de Pol Roger est sobre : un conseil de surveillance, un président du directoire, un prédécesseur remercié, un site de production modernisé et achevé en 2024, une phrase sur l'indépendance familiale. Le choix se porte sur un dirigeant qui connaît l'appellation de l'intérieur : Hadrien Mouflard dirigeait une autre maison de Champagne depuis 2012.
Ce chemin a une logique. Une famille attachée à son indépendance cherche quelqu'un qui n'a pas à apprendre le métier, ni les vignerons, ni la manière de défendre une maison dans une décision collective. Il a aussi un coût, lisible dans la séquence : la presse spécialisée avait rapporté ce choix dès début juin, Ayala a annoncé son propre successeur le 23 juillet, et la maison l'a formalisé le 22 septembre.
Recruter chez un pair, c'est ouvrir une succession chez lui. La discrétion, le calendrier et la qualité de la relation entre les deux actionnaires font partie du mandat.
Deuxième chemin : la promotion au sein d'un groupe (Ayala, Telmont)
À Ayala, Cédric Roblet est entré chez Bollinger en 2009, à Ayala en 2016 comme responsable administratif et financier, puis comme secrétaire général : direction financière, marché français, relations avec les livreurs de raisins. Il a participé à la reconstitution du vignoble, à la structuration des approvisionnements et aux investissements dans l'outil de production. Le directeur général du groupe Bollinger, Gonzague Villedey, l'a présenté comme bien placé pour conduire la maison dans sa prochaine phase de développement.
À Telmont, Justin Meade, directeur exécutif depuis cinq ans, devient directeur général. Il est rattaché à Ludovic du Plessis, président de la maison, nommé en mars 2026 à la tête de la nouvelle division Prestige de Rémy Cointreau (Louis XIII, Telmont, Maison Psyché) et entré au comité exécutif du groupe. L'annuaire de l'Union des Maisons de Champagne affiche cette structure à deux têtes, président et directeur général.
Ce chemin répond à un souci de continuité. Il suppose, en amont, des années de préparation : un dirigeant qui connaît la maison et les règles du groupe ne se désigne pas le jour du départ. Dans les deux cas, le parcours passe par la finance, les approvisionnements ou le commercial avant la direction générale.
Troisième chemin : le dirigeant venu des spiritueux et des marchés lointains (EPI)
EPI, holding d'investissement de la famille Descours, possède Piper-Heidsieck et Charles Heidsieck depuis 2011, année où elle les a acquises auprès de Rémy Cointreau. En décembre 2025, Bertrand Steip, ancien cadre de Moët Hennessy, est nommé président par intérim des deux maisons, après le départ de Damien Lafaurie, arrivé en 2015 et devenu directeur général du groupe Reybier. Fin janvier 2026, EPI annonce que Nicolas Beckers présidera le pôle champagnes à partir du 10 mars, en rendant compte au président du groupe, Christofer Descours.
Sa trajectoire est celle d'un dirigeant de distribution et de marchés : conseil en stratégie dès 1999, Carrefour à partir de 2003 avec des postes à Hong Kong, en Thaïlande et en Russie, puis Rémy Cointreau à partir de 2011, d'abord à la tête de la région Chine, puis, en 2022, de Rémy Cointreau Americas (États-Unis, Canada, Amérique latine).
Ce chemin répond à une question d'ouverture. Un actionnaire qui nomme un dirigeant formé à la Chine et aux Amériques dit où il situe la prochaine étape de la maison. En contrepartie, le dirigeant doit apprendre vite le vignoble, la cave et le rythme de l'appellation. Le rattachement direct à l'actionnaire sert de pont.
Quatrième chemin : le dirigeant venu de l'agroalimentaire coopératif (Terroirs & Vignerons de Champagne)
Le groupe réunit Nicolas Feuillatte, Castelnau, Abelé 1757 et Henriot. En 2025, il a réalisé 229 millions d'euros de chiffre d'affaires, en hausse de 1 %, pour 12,1 millions de bouteilles expédiées. Son directeur général depuis mai 2017, Christophe Juarez, prend sa retraite. Son successeur, Philippe Dessertenne, 56 ans, dirigeait depuis 2022 le groupe coopératif agricole Lorca, après plus de vingt-cinq ans dans l'agroalimentaire et les services aux agriculteurs, notamment chez Avril et Unilever.
Le président du groupe, Éric Potié, a mis en avant sa connaissance profonde du modèle coopératif. Le critère n'est donc ni la marque ni l'appellation : c'est la compréhension d'un actionnariat de vignerons, dont la décision ne se prend pas comme celle d'une famille ou d'un groupe. Ce chemin est le plus éloigné du champagne au sens strict. Il rappelle que le dirigeant d'une coopérative répond d'abord à ceux qui lui apportent leur raisin.
Ce que ces choix disent de l'actionnaire
Ce tableau est une lecture de notre part, pas une description des intentions des maisons citées.
Actionnaire | Ce qu'il protège | La question à trancher avant de chercher |
|---|---|---|
Famille indépendante | L'indépendance et la continuité de la maison | Quelle part de la décision la famille garde-t-elle, et dans quel organe ? |
Groupe | La cohérence avec le portefeuille, la continuité des équipes | Le dirigeant doit-il connaître le groupe avant la maison, ou l'inverse ? |
Holding familiale | Le développement de plusieurs maisons sous une même direction | Le dirigeant pilote-t-il une maison, un pôle, ou les deux ? Qui assure l'intérim ? |
Coopérative | Le revenu des vignerons adhérents, le modèle collectif | Quelle expérience du modèle coopératif est requise ? |
Dans les cinq cas, la nomination s'accompagne d'un rattachement clair. C'est lui qui donne au successeur sa légitimité, bien plus que son curriculum.
Ce que cela exige des fonctions de direction
Fonction | Ce qu'elle savait faire | Ce qu'on lui demande désormais |
|---|---|---|
Président de maison ou du directoire | Incarner la marque et la famille | Porter la maison dans une décision collective d'appellation et rendre compte à l'actionnaire |
Directeur général | Conduire l'exploitation d'une marque | Travailler avec un président qui peut monter au niveau du groupe, comme à Telmont |
Directeur administratif et financier, secrétaire général | Tenir les comptes et les approvisionnements | Être candidat naturel à la direction générale, comme à Ayala |
Directeur export | Allouer des volumes entre pays | Préparer la direction d'un pôle, comme le parcours de Chine puis des Amériques le montre chez EPI |
Président du conseil de surveillance ou du groupe | Nommer et attendre | Écrire le mandat, fixer le rattachement, organiser l'intérim et le calendrier de transmission |
La dernière fonction change le plus. Un conseil qui nomme un dirigeant sans avoir écrit ce qu'il attend de lui laisse au successeur le soin de le deviner.
Cas particulier : la maison détenue par un groupe ou une holding
Trois des cinq cas concernent des maisons qui appartiennent à un ensemble : le groupe Bollinger pour Ayala, Rémy Cointreau pour Telmont, la holding de la famille Descours pour les maisons Heidsieck et Piper. Deux questions s'y posent, moins visibles dans une maison familiale indépendante.
La première est la double lecture du dirigeant : il rend compte d'un cycle de vieillissement de plusieurs années à un actionnaire qui peut avoir un autre calendrier. Le rattachement, au président d'EPI pour Nicolas Beckers, au président de Telmont pour Justin Meade, est un choix de gouvernance, pas un détail d'organigramme.
La seconde est l'origine du dirigeant. Nicolas Beckers a fait carrière chez Rémy Cointreau depuis 2011, sur la Chine puis sur les Amériques. Un dirigeant formé à des marchés éloignés n'est pas obligatoirement un dirigeant de champagne, et c'est parfois ce que l'actionnaire cherche. Nous traitons la dimension internationale du métier dans un article dédié.
Les cinq décisions à prendre avant de lancer la recherche
Écrire ce que l'on protège. Indépendance, continuité, ouverture, modèle collectif : une seule réponse, rédigée, partagée par le conseil et l'actionnaire.
Choisir le chemin. Pair d'une maison voisine, promotion interne, dirigeant d'un autre univers du vin et des spiritueux, dirigeant d'un autre secteur : chacun exige une préparation différente.
Fixer le rattachement. À qui le dirigeant rend-il compte, et à quelle fréquence : conseil de surveillance, groupe, holding, coopérative.
Prévoir l'intérim. Bertrand Steip a assuré celui des maisons Heidsieck et Piper de décembre 2025 à mars 2026, soit environ trois mois. L'important est qu'il ait un périmètre et une date de fin.
Anticiper l'effet de chaîne. Le calendrier de départ et d'arrivée se prépare avec les deux actionnaires quand on recrute chez un pair.
Les erreurs fréquentes
Chercher un profil avant d'avoir écrit le mandat. Un conseil qui demande « un directeur général de maison de champagne » sans dire ce qu'il protège recevra des candidatures sans rapport avec son besoin.
Croire que le champagne suffit à qualifier un candidat. Connaître l'appellation est un atout, pas une preuve. Le critère est la capacité à conduire la phase que la maison ouvre.
Sous-estimer l'intérim. Une transition sans périmètre devient un mode de gouvernance par défaut. Elle se décide, elle ne se subit pas.
Oublier les vignerons. Les maisons expédient plus des deux tiers des volumes, les vignerons exploitent 90 % du vignoble. Un successeur sans relation de confiance avec ceux qui fournissent le raisin part avec un handicap, quelle que soit sa carrière.
Annoncer avant d'avoir aligné les actionnaires. Quand une maison recrute chez un pair, l'annonce déclenche une succession chez lui. Elle se prépare avec lui.
Comment évaluer un dirigeant appelé à diriger une maison de champagne
A-t-il déjà conduit une maison, un groupe ou une coopérative dont l'actionnaire restait présent ? Demandez des désaccords précis et la manière dont ils ont été arbitrés. La réponse révèle sa capacité à partager l'autorité sans la perdre.
Comment décrit-il sa relation avec ceux qui fournissent le raisin ? Il doit parler de contrats, de calendriers et de confiance avec précision. Celui qui réduit les vignerons à un poste d'achats n'a pas compris la maison.
Quelle phase a-t-il déjà conduite ? Croissance, réorganisation, transmission, ouverture de marchés : il doit décrire une décision difficile dans la phase visée, et ce qu'elle lui a coûté.
Comment compte-t-il travailler avec l'actionnaire ? Un conseil de surveillance, un groupe ou une coopérative n'attendent pas la même chose. La bonne réponse dit quand il décide seul et quand il rend compte.
Que fera-t-il pendant les cent premiers jours ? Un pair connaît la maison voisine, pas celle-ci. Un dirigeant d'un autre univers doit apprendre le métier. Il doit dire ce qu'il apprendra d'abord, et auprès de qui.
Questions fréquentes
Comment choisit-on le dirigeant d'une maison de champagne ?
Par une décision d'actionnaire avant d'être une recherche : conseil de surveillance chez Pol Roger, groupe chez Ayala et Telmont, holding chez EPI, président de coopérative chez Terroirs & Vignerons de Champagne. Le chemin (pair, promotion, autre univers, autre secteur) découle de ce que l'actionnaire veut protéger.
Faut-il recruter un dirigeant de champagne dans le champagne ?
Pas nécessairement. Sur les cinq successions de 2026, trois viennent de l'appellation ou de son groupe (Pol Roger, Ayala, Telmont), deux de l'extérieur : un dirigeant formé chez Rémy Cointreau sur la Chine et les Amériques, un dirigeant de l'agroalimentaire coopératif. L'échantillon est restreint et ne constitue pas une statistique de marché.
Combien de temps entre l'annonce et la prise de fonction ?
Dans les trois cas où les deux dates sont publiques, de 15 à 53 jours : 53 à Ayala, 40 pour le pôle champagnes d'EPI, 15 à 18 à Terroirs & Vignerons de Champagne. Ces écarts mesurent le temps entre deux annonces, pas la durée de la recherche, qui précède l'annonce.
Qui nomme le dirigeant d'une maison de champagne familiale ?
Cela dépend de la structure. Chez Pol Roger, société à directoire et conseil de surveillance, c'est le conseil de surveillance qui a nommé le président du directoire, le 22 septembre 2026. Dans une maison de groupe, c'est le groupe. À Terroirs & Vignerons de Champagne, c'est son président, Éric Potié, qui a présenté la nomination.
Un dirigeant de spiritueux peut-il diriger une maison de champagne ?
Les faits publics de 2026 en donnent un exemple : Nicolas Beckers, ancien dirigeant de Rémy Cointreau Americas, préside le pôle champagnes d'EPI depuis mars. Ce n'est pas une règle, c'est un chemin, qui suppose un rattachement direct à l'actionnaire et un apprentissage rapide de l'appellation.
À quoi sert un cabinet d'executive search pour recruter un dirigeant de maison de champagne ?
À approcher avec discrétion des dirigeants déjà en poste, dans des maisons voisines comme dans d'autres univers du vin, des spiritueux ou du luxe, qui ne répondent pas à une annonce. Chez Laroze Partners, Thomas Rozier, fort de plus de dix ans dans la chasse de têtes, intervient comme business partner du conseil et de l'actionnaire, comme ambassadeur de la maison auprès des dirigeants approchés, avec une garantie sur l'ensemble de la période d'essai du dirigeant placé.
Ce qu'il faut retenir
Cinq successions publiques en 2026, quatre chemins : un pair, une promotion de groupe, un dirigeant formé à l'international, un dirigeant du monde coopératif.
Le choix du dirigeant dit ce que l'actionnaire protège : indépendance, continuité, ouverture, modèle collectif.
De 15 à 53 jours séparent l'annonce de la prise de fonction quand les deux dates sont publiques : la décision précède l'annonce.
Recruter chez un pair ouvre une succession chez lui, comme l'enchaînement Ayala, Pol Roger l'illustre.
Avant de chercher un profil, il faut écrire le mandat, le rattachement et l'intérim.
Le point de vue de Laroze Partners
Une succession dans une maison de champagne est une décision d'actionnaire avant d'être une recherche de personne. Les cinq cas de 2026 sont lisibles parce que chacun dit, par le choix qu'il a fait, ce que son actionnaire cherche à protéger. Le conseil qui traite la succession comme une recherche de profil découvre trop tard que le vrai travail était ailleurs : écrire ce que l'on protège, choisir le chemin, fixer le rattachement.
Nous accompagnons des familles, des groupes et des actionnaires dans les vins, les spiritueux et le champagne, avant la recherche pour définir le mandat, et après la prise de fonction. Nous ne portons aucun jugement sur les maisons citées, que nous ne connaissons pas de l'intérieur : nous lisons ce qu'elles ont rendu public.
Le Laroze Pattern®, notre méthode de lecture stratégique des trajectoires, des comportements de leadership et des dynamiques de performance, permet de distinguer, dans le parcours d'un dirigeant, ce qui prouve qu'il a déjà conduit la phase visée de ce qui le laisse seulement supposer. Les maisons qui réussissent leur transmission sont celles qui ont écrit leur mandat avant d'écrire une liste.
Sources
Communiqué de presse de Champagne Pol Roger, 23 septembre 2026 · Union des Maisons de Champagne, annuaire · Just Drinks, 4 juin 2026 · La Champagne de Sophie Claeys, 2 juin 2026 · Drinks Retailing, 23 juillet 2026 · Vitisphere, 13 août, 13 juillet, 19 février et 16 février 2026 · La Champagne de Sophie Claeys, 23 septembre, 6 juillet, 13 mars 2026 et 15 décembre 2025 · Rayon Boissons, février 2026 · Au cœur du CHR, février et octobre 2026 · La Marne Agricole, 5 février 2026 · Shanken News Daily, 29 janvier 2026 · FashionNetwork France, 31 mai 2011 · Comité Champagne, bilan des expéditions 2025, communiqué du 22 juillet 2026, chiffres clés base 2023. Sources vérifiées le 14 octobre 2026.
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